Catégorie : Europe

  • La France cherche à résoudre le « paradoxe de la vache qui broute »

    La France cherche à résoudre le « paradoxe de la vache qui broute »

    Sur les terres du camembert de Normandie, des chercheurs élaborent la recette de la vache de demain: nourrie principalement à l’herbe, plus petite et moins polluante.

    Dans des vallons de l’Orne (ouest de la France) évoquant une carte postale normande entre haies, prés et vaches mâchonnant l’herbe verte, s’étend sur 340 hectares une unité expérimentale de l’institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

    Une vingtaine de personnes, principalement des techniciens et ingénieurs, veillent sur le troupeau de 600 bovins, assurent la traite d’une partie d’entre eux et relèvent un tas de données pour nourrir les travaux chapeautés par les chercheurs.

    Quantité de nourriture ingérée, état d’engraissement, composition du lait… Tout est évalué, y compris les rots chargés de méthane, au pouvoir très réchauffant.

    Les bovins sont les plus gros contributeurs à l’empreinte carbone de l’élevage, lui-même à l’origine de 12% des émissions de gaz à effet de serre attribuées à l’activité humaine, selon l’organisation des Nations unies pour l’agriculture FAO.

    Or ces émissions risquent de s’accroître avec l’augmentation de la population mondiale et de la demande de viande et de lait.

     L’ « art » du pâturage

    La Cour des comptes a recommandé en 2023 de « définir une stratégie de réduction » du nombre de vaches (17 millions de têtes) pour atteindre les objectifs climatiques de la France.

    Ce rapport a fait hoqueter les professionnels de l’élevage et inspiré au chercheur Luc Delaby une formule: « Le paradoxe de la vache qui broute. »

    « L’image des ruminants, souligne-t-il, s’est dégradée et on ne cesse en parallèle d’encenser les prairies » pour leur rôle dans le stockage de carbone, la préservation de la biodiversité et de la qualité des eaux.

    « Or on ne sait pas garder des prairies sans ruminants dessus. Il faut qu’on résolve ce paradoxe », poursuit Luc Delaby, à l’occasion d’une visite de presse organisée par l’Inrae.

    Sur une étendue d’herbe presque uniformément tondue, indifférent à la bouse dans laquelle une de ses bottes est plantée, le chercheur décrit une expérience.

    Les vaches laitières restent en moyenne dix jours dans une (vaste) parcelle, un régime « sévère » quand les éleveurs les font traditionnellement tourner beaucoup plus souvent.

    L’idée est de « dire aux vaches +Tu finis ton assiette avant d’avoir du dessert+ », image Luc Delaby car « plus la pâture est rase, meilleure est la repousse ».

    Pour un éleveur, mieux gérer son stock d’herbe permet de diminuer sa dépendance aux achats d’aliments, notamment de soja sud-américain issu de zones déforestées.

    « Faire manger de l’herbe aux vaches, c’est banal mais extrêmement complexe, parce qu’il faut se trouver dans la bonne parcelle au bon moment. L’éleveur qui réussit, c’est un artiste », dit Luc Delaby.

    Trop modeste pour se décrire ainsi, Sylvain Quellier élève 80 vaches produisant du lait pour le camembert de Normandie. Il s’inspire de travaux de ses voisins de la ferme expérimentale « pour s’améliorer ».

    L’éleveur de 45 ans utilise des outils de mesure de l’herbe, des logiciels de gestion des pâturages. « On s’est reconcentré sur ce qui était notre force, l’herbe, ça nous a permis de ramener du revenu sur la ferme » en achetant « quasiment moitié moins » d’aliments qu’une exploitation du même type.

    « Vraie révolution »

    Impliqué dans l’organisme de sélection de la race Normande, Sylvain Quellier guette aussi les avancées en matière de génétique « pour fabriquer la race de demain ».

    Dès l’an prochain, explique la chercheuse Pauline Martin, les éleveurs pourront inséminer leurs vaches en fonction d’un « index méthane ».

    Les chercheurs sont en effet parvenus à identifier les caractéristiques génétiques des bovins qui rejettent moins de méthane que leurs congénères. Ce potentiel étant inscrit dans leurs gênes, il peut être transmis à leur descendance.

    « C’est une vraie révolution qui se prépare », remarque le PDG de l’Inrae, Philippe Mauguin.

    Il rappelle qu’il faudra néanmoins activer d’autres leviers pour atteindre l’objectif « ambitieux mais pas déraisonnable » de diminuer de 30% les émissions de méthane des bovins d’ici à 2030: faire démarrer la carrière des vaches laitières plus tôt, opter pour des gabarits plus petits mécaniquement moins émetteurs…

    Ce dernier point, remarque Sylvain Quellier, achoppe pour l’heure sur l’ »ego » des éleveurs, attachés aux grands animaux.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©creativecommon

  • L’IA « accélère la crise climatique », alerte l’experte Sasha Luccioni

    L’IA « accélère la crise climatique », alerte l’experte Sasha Luccioni

    Une intelligence artificielle (IA) générative utilise « 30 fois plus d’énergie » qu’un moteur de recherche classique, alerte la chercheuse Sasha Luccioni qui veut sensibiliser la population à l’impact environnemental de cette nouvelle technologie.

    Reconnue comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du monde de l’IA par le magazine américain Time en 2024, cette Canadienne d’origine russe cherche depuis plusieurs années à quantifier les émissions de programmes comme ChatGPT ou Midjourney.

    « Je trouve ça particulièrement décevant qu’on utilise l’IA générative pour faire une recherche sur Internet », déplore la chercheuse rencontrée par l’AFP à la conférence ALL IN dédiée à l’intelligence artificielle à Montréal.

    Les modèles de langage sur lesquels ces IA se fondent exigent en effet d’énormes capacités de calcul pour s’entraîner sur des milliards de données, ce qui nécessite des serveurs puissants. A cela s’ajoute l’énergie consommée pour répondre aux requêtes d’un utilisateur.

    Au lieu d’extraire des informations, « comme le ferait un moteur de recherche pour trouver la capitale d’un pays par exemple », ces IA « génèrent de nouvelles informations », rendant le tout « beaucoup plus énergivore« , souligne-t-elle.

    Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en combinant l’IA et le secteur des cryptomonnaies, les centres de données ont consommé près de 460 TWh d’électricité en 2022, soit 2% de la production mondiale totale.

    « Efficacité énergétique »

    Précurseure dans la recherche sur l’impact de l’IA sur le climat, Sasha Luccioni a participé en 2020 à la création d’un outil destiné aux développeurs pour quantifier l’empreinte carbone de l’exécution d’un morceau de code. « CodeCarbon » a depuis été téléchargé plus d’un million de fois.

    Celle qui dirige la stratégie climatique de la startup Hugging Face, une plateforme de partage de modèles d’IA en libre accès, travaille désormais à la création d’un dispositif de certification des algorithmes.

    Similaire à celui d’ »Energy Star », qui attribue des notes selon la consommation énergétique d’un appareil aux Etats-Unis, ce programme, qu’elle compare aussi au Nutri-score français dans l’alimentaire, permettrait de connaître la consommation énergétique d’un modèle afin d’inciter les utilisateurs et développeurs à « prendre de meilleures décisions ».

    « On ne prend pas en compte l’eau ni les matériaux rares », reconnaît-elle, « mais au moins, on sait que pour une tâche spécifique, on peut mesurer l’efficacité énergétique et dire que ce modèle-là a un A+, puis ce modèle-là a un D », précise-t-elle.

    « Transparence »

    Afin de développer son outil, Sasha Luccioni l’expérimente sur des modèles d’IA générative accessibles à tous (open source) mais elle aimerait également le faire sur les modèles de Google ou encore OpenAI (le créateur de ChatGPT) qui restent pour l’instant réticents.

    Bien qu’ils se soient engagés à parvenir à la neutralité carbone d’ici à la fin de la décennie, ces géants du monde de la tech voient leurs émissions de gaz à effet de serre augmenter en 2023 à cause de l’IA: +48% pour Google par rapport à 2019 et +29% pour Microsoft par rapport à 2020.

    Si on ne fait rien pour réguler ces systèmes d’IA, « on accélère la crise climatique », soupire la trentenaire qui demande plus de transparence de la part de ces entreprises.

    Et la solution, dit-elle, pourrait venir des gouvernements qui, pour l’instant, « naviguent à l’aveugle », sans savoir ce qu’il y a « dans les jeux de données ou comment sont entraînés les algorithmes ».

    « Une fois qu’on a la transparence, on peut commencer à légiférer », soutient l’experte.

    « Expliquer aux gens »

    Pour la chercheuse montréalaise, il faut aussi « expliquer aux gens ce que l’IA générative peut faire et ne peut pas faire, et à quel coût ».

    Dans sa dernière étude, celle qui fait de nombreuses interventions à l’international a ainsi démontré que produire une image en haute définition à l’aide d’une intelligence artificielle consomme autant d’énergie que recharger entièrement la batterie de son téléphone portable.

    A l’heure où de plus en plus d’entreprises veulent démocratiser cette nouvelle technologie en l’intégrant sous plusieurs formats (robot conversationnel, appareils connectés, recherches en ligne), Sasha Luccioni prône la « sobriété énergétique ».

    L’idée ici n’est pas de s’opposer à l’IA, souligne-t-elle, mais plutôt de choisir les bons outils et les utiliser judicieusement.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©À la conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC) à Shanghai, le 4 juillet 2024 © AFP/Archives STR

  • « L’envers des mots » : Biosourcé

    « L’envers des mots » : Biosourcé

    Néologisme venant du grec bios qui signifie « vie » et de l’anglais sourcing, du verbe to source, qu’on peut traduire par « s’approvisionner en », le terme biosourcing revient souvent lorsqu’on parle d’enjeux environnementaux et renvoie au fait d’utiliser des matières premières renouvelables ou des ingrédients naturels – des matières premières issues de la biomasse, telles que les plantes, les algues ou – des déchets organiques. De plus en plus fréquent dans les industries et le débat public, le « biosourcing » vise à réduire la dépendance aux ressources fossiles non renouvelables et à minimiser l’impact environnemental des processus industriels.

    Néanmoins, attention aux confusions et aux abus de langage. Un produit biosourcé, issu entièrement ou partiellement de la biomasse, n’est pas forcément biodégradable : dans le dictionnaire Larousse, « biosourcé » se réfère ainsi à la fabrication du produit sans tenir compte de son cycle de vie. Ensuite, comme l’exprime l’ADEME, un produit biosourcé, contrairement à ce que la terminologie pourrait laisser penser, n’est pas issu de l’agriculture biologique, et n’est pas forcément sans risque pour la santé ou l’environnement. Certaines plantes sont naturellement toxiques comme le laurier rose, la digitale pourpre, l’if… Pour lever toute ambiguïté, l’AFNOR a publié la norme NF EN 16575 « Produits biosourcés – Vocabulaire », qui définit précisément les termes associés au biosourcing.

    Le mot « biosourcé » rappelle l’importance de rechercher des alternatives aux ressources fossiles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il souligne également la nécessité de faire appel aux ressources biologiques de manière durable afin de favoriser la biodiversité et la préservation des écosystèmes naturels. Les matières premières biosourcées et les ingrédients naturels offrent des cycles de production avec des émissions de CO2 réduites, plus durables. Les bioplastiques et autres matériaux biosourcés sont souvent biodégradables ou recyclables, réduisant ainsi l’impact environnemental.

    Du point de vue de la technologie, le biosourcing incite à développer la R&D dans les domaines des biotechnologies, de la chimie verte et de l’ingénierie des matériaux, afin de proposer des produits biosourcés performants et compétitifs à l’industrie.

    Du point de vue économique, les gouvernements mettent en place des mesures et réglementations pour encourager l’utilisation de ressources renouvelables et réduire leur empreinte carbone. En France, la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 et le plan climat de 2017 illustrent les initiatives de l’État en faveur de la décarbonation de l’industrie. Des normes et certifications spécifiques, comme L’EU Ecolabel, ont vu le jour pour distinguer les produits et services respectueux de l’environnement.

    Les entreprises quant à elles, poussées par les évolutions règlementaires et la demande croissante des consommateurs, favorisent de plus en plus les matériaux biosourcés et les pratiques de production durables. Ainsi, en plus d’être alignées avec les Objectifs de Développement Durables (ODD) des Nations unies, elles améliorent leur image de marque.

    D’un point de vue sociétal, les matériaux biosourcés sont souvent produits localement, ce qui peut aider à créer des emplois et dynamiser les territoires ruraux. Les écoles et universités intègrent de plus en plus les concepts de durabilité et de biosourcing dans leurs programmes afin de sensibiliser les jeunes générations. Sans oublier que l’utilisation du terme « biosourcé » dans la communication d’entreprise montre un engagement vers la responsabilité sociale et environnementale, améliorant la confiance des consommateurs et des investisseurs.


    Cet article s’intègre dans la série « L’envers des mots », consacrée à la façon dont notre vocabulaire s’étoffe, s’adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s’imposent aux sciences et technologies. Des termes qu’on croyait déjà bien connaître s’enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D’où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d’un monde qui se transforme ?

    De « validisme » à « silencier », de « bifurquer » à « dégenrer », nos chercheurs s’arrêtent sur ces néologismes pour nous aider à mieux les comprendre, et donc mieux participer au débat public. À découvrir aussi dans cette série :

    Delphine Hermouet, Déléguée à la Recherche et aux Relations Extérieures, École de Biologie Industrielle (EBI) et Selcan Tokgoz, Responsable Axe Recherche Galénique et Ecoconception, École de Biologie Industrielle (EBI)
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. ©CreativeCommonfootage
  • L’ONU prône un système de traçabilité des minerais critiques

    L’ONU prône un système de traçabilité des minerais critiques

    Des experts de l’ONU ont recommandé mercredi la création d’un système mondial de traçabilité des minerais critiques nécessaires à la transition énergétique, pour éviter que l’explosion de la demande attendue n’alimente la destruction de l’environnement et violations des droits humains.

    Le développement massif des énergies renouvelables, indispensable pour lutter contre le changement climatique, ne se fera pas sans ces minerais et métaux: cuivre, cobalt, nickel, terres rares, sélénium ou cadmium pour les batteries des véhicules électriques ou les panneaux solaires.

    L’Agence internationale de l’Energie (AIE) estime ainsi que pour limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C, la demande de minerais critiques va quadrupler d’ici 2040.

    Dans ce contexte, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a mis sur pied en avril un comité d’experts chargé d’élaborer des « garde-fous » pour cette révolution énergétique.

    C’est une « réponse aux appels des pays en développement », a-t-il commenté mercredi.

    Ces derniers s’inquiètent en effet que la transition énergétique puisse « reproduire et amplifier les inégalités du passé, reléguant au bas de la chaîne de production les pays en développement qui regardent d’autres s’enrichir en exploitant leur population et en mettant leur environnement en danger », a insisté le chef de l’ONU, appelant à des consultations avec les Etats membres pour faire avancer les recommandations d’ici la COP29 à Bakou en novembre.

    Le but est « d’éviter les erreurs du passé », a de son côté insisté Nozipho Joyce Mxakato-Diseko, coprésidente du comité. « Nous voyons déjà des conflits provoqués par la ruée vers ces ressources, mon continent saigne », a assuré la diplomate sud-africaine devant la presse.

    « La route est longue »

    Le comité -composé de représentants de ministères des mines ou de l’environnement de divers pays et de spécialistes d’organisations non gouvernementales- met ainsi en avant sept « principes directeurs ».

    Parmi eux, placer les droits humains (des enfants, femmes, peuples autochtones, travailleurs…) « au coeur » de toute la chaîne de production, à partir de l’extraction; protéger « l’intégrité de la planète » et des écosystèmes; ou encore assurer un « partage des bénéfices » entre les différents acteurs et pays, alors que souvent les pays en développement qui abritent ces richesses ne sont pas ceux qui en profitent le plus.

    Plus concrètement, les experts, évoquant des initiatives existantes disparates, recommandent la mise en place d’un système mondial « de traçabilité, de transparence et de responsabilité » sur l’ensemble de la chaîne de production.

    Ce système devrait notamment fournir une évaluation indépendante des performances environnementales et sociales des acteurs. Par exemple, données géographiques, respect des droits humains et du droit du travail, émissions de gaz à effets de serre, impacts environnementaux, corruption…

    Le comité suggère également la création d’un fonds mondial, financé par les Etats et les entreprises, pour financer l’après-mine, notamment la réhabilitation des terres et le soutien des communautés locales après la fermeture d’un site.

    Alors que l’AIE craint des « tensions » sur l’approvisionnement mondial en ces minerais critiques avec l’augmentation attendue de la demande, les experts de l’ONU appellent à investir dans l’innovation pour réduire la quantité nécessaire de ces minéraux et invitent à réduire les besoins par une consommation plus responsable ou encore le recyclage des produits qui en contiennent, comme les batteries.

    La coalition d’ONG Climate Action Network, représentée dans le comité, a salué le rapport qui trace un chemin vers « un nouveau modèle enraciné dans l’équité et la justice ».

    Mais « la route est encore longue pour que ces principes deviennent réalité », a commenté sa directrice Tasneem Essop dans un communiqué, se disant malgré tout « encouragée par la forte convergence entre gouvernements, entreprises, syndicats, peuples autochtones et ONG ».

    Alors qu’avec l’explosion annoncée de la demande de ces minerais, certains industriels se tournent vers la potentielle exploitation très controversée des fonds marins, le mandat du comité d’experts ne portait que sur les mines terrestres.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Des mineurs artisanaux transportent des sacs de minerai à la mine artisanale de Shabara, près de Kolwezi, en République démocratique du Congo, le 12 octobre 2022 © AFP/Archives Junior KANNAH
  • Teresa Ribera souhaite « verdir » la Commission européenne

    Teresa Ribera souhaite « verdir » la Commission européenne

    Fortement pressentie pour un poste de commissaire européenne, la ministre espagnole de l’Écologie Teresa Ribera s’est imposée ces dernières années comme une figure politique incontournable en Espagne et en Europe, grâce à son expertise environnementale et ses qualités de négociatrice.

     

    À 55 ans, Teresa Ribera est une proche du Premier ministre Pedro Sánchez, qui s’est félicité qu’elle apporte « une approche socialiste » à la nouvelle Commission européenne d’Ursula von der Leyen, actuellement en cours de constitution.

    Elle devrait hériter de l’un des principaux portefeuilles de cette nouvelle équipe, certains évoquant la concurrence ou la transformation économique. Avec, à la clé, l’ambition affichée d’accélérer la mise en œuvre du « Pacte vert » européen, objet d’un intense bras de fer au sein de l’Union européenne.

    Le but de Teresa Ribera, en cas de nomination, sera de « connecter le Pacte vert et la compétitivité », insiste son entourage, qui voit dans la transition écologique « le meilleur moyen de rendre l’industrie et le tissu productif de l’UE compétitifs ».

    Un objectif qui implique de la pédagogie. Cela passe par « plus de pragmatisme », pour « expliquer que les coûts » de l’inaction « seront à terme plus élevés », a assuré récemment au Financial Times cette ardente défenseure des énergies renouvelables, qui parle couramment l’anglais et le français.

    Flair politique

    Née le 19 mai 1969 d’une mère essayiste et philosophe et d’un père professeur de médecine, Teresa Ribera a grandi dans une commune huppée de la banlieue de Madrid avec ses quatre sœurs. Elle est mariée à un juriste argentin, Mariano Bacigalupo, ancien cadre de la CNMC, le gendarme de la concurrence espagnol.

    Passée par l’université Complutense de Madrid et diplômée en droit et en sciences politiques, cette fan de randonnées et de lecture a débuté sa carrière dans les années 1990 au ministère des Travaux publics et des Transports, puis au Bureau espagnol du changement climatique.

    Secrétaire d’Etat au changement climatique lors du second mandat du Premier ministre socialiste José Luis Zapatero (2008-2011), elle part s’installer en 2013 à Paris, où elle dirige l’Institut du Développement durable et des Relations internationales (Iddri), un « think tank » créé par la Française Laurence Tubiana.

    Dans ce cadre, elle participe aux discussions sur l’Accord de Paris (2015) et intègre de nombreux conseils scientifiques, notamment liés aux Nations unies. Une expertise qui pousse Pedro Sánchez à la nommer ministre de la Transition écologique lors de son arrivée au pouvoir en 2018.

    Dotée d’un bon flair politique et à l’aise dans les médias, cette mère de deux filles s’est depuis imposée comme un pilier du gouvernement de gauche espagnol et comme une interlocutrice appréciée à Bruxelles – où son profil antinucléaire crispe cependant parfois certains partenaires, selon une source diplomatique.

    Pugnacité

    « C’est une personne de dialogue, qui écoute et sait se montrer ouverte à certaines propositions », salue auprès de l’AFP la directrice de Greenpeace Espagne, Eva Saldaña: « Elle maîtrise bien ses dossiers » et a permis « des avancées importantes » sur plusieurs sujets.

    À Bruxelles, elle a joué un rôle clé pour faire aboutir l’an dernier une délicate réforme du marché de l’électricité. En Espagne, elle a favorisé l’essor de l’hydrogène vert, interdit la chasse au loup et mis en place un plan pour sauver la Mer mineure, lagune salée menacée par les nitrates agricoles.

    Une action parfois critiquée, notamment par les agriculteurs. « Ses décisions ont été marquées par un parti pris anti-agriculteurs, ce qui soulève des doutes quant au rôle qu’elle peut jouer à Bruxelles », a ainsi lancé dans un communiqué le syndicat Asaja, dénonçant son « inflexibilité ».

    Pugnace, Teresa Ribera n’a pas hésité ces dernières années à s’opposer aux grands patrons du secteur énergétique, comme Ignacio Sánchez Galán (Iberdrola) et Josu Jon Imaz (Repsol). Elle est aussi montée au créneau… contre Ursula Von der Leyen, jugée trop timorée sur le plan environnemental.

    De quoi augurer des relations délicates au sein du futur exécutif européen. « Elle va se retrouver confrontée à une arithmétique très complexe », juge Eva Saldaña. « Espérons qu’elle aura le courage de se battre pour faire avancer » les questions écologiques.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©La ministre espagnole de l’Énergie, Teresa Ribera Rodriguez, lors d’une interview à Madrid le 19 octobre 2022 © AFP/Archives OSCAR DEL POZO
  • Les toits végétalisés : une solution pour réguler les eaux de pluie

    Les toits végétalisés : une solution pour réguler les eaux de pluie

    Préserver la biodiversité, lutter contre la chaleur, dépolluer l’air… Les toits végétalisés ont de nombreux avantages face au dérèglement climatique, mais ils permettent également d’éviter les inondations et mieux réguler les eaux de pluie.

    Une propriété exploitée par le Jardin sur le toit, association qui fait pousser fruits et légumes en ville à plusieurs mètres de hauteur, sur des toits végétalisés, grâce à l’eau de pluie.

    « On l’utilise directement lorsqu’elle tombe, ou via des récupérateurs d’eau », explique Jean-Julien, 68 ans, bénévole de l’association, dont le jardin partagé sur le toit d’un gymnase permet aux particuliers de cultiver fruits et légumes en plein 20e arrondissement parisien.

    Cette oasis verte contraste avec les surfaces imperméables (goudron, béton) omniprésentes en ville, empêchant l’infiltration de l’eau dans le sol.

    Conséquences : les rues sont plus chaudes, moins humides et le risque d’inondation grandit.

    Dans une ville comme Paris, le réseau d’évacuation des eaux usées côtoie celui des eaux de pluie. En cas de fortes intempéries le système d’évacuation se retrouve saturé et risque de déborder.

    Stocker l’eau

    « Le toit végétalisé est avant tout un moyen de stocker l’eau » explique Hervé Andrieu, hydrologue retraité, « plus il est épais plus on stocke d’eau ».

    Les toits verts se décomposent en trois catégories. Les extensifs avec une très faible profondeur de 10 cm, qui accueillent des plantes grasses et qui ne demandent pas d’entretien.

    Les semi-intensifs où l’on peut faire pousser du gazon et des arbustes pouvant faire jusqu’à 30 cm d’épaisseur.

    Et les intensifs, les plus profonds, entre 30 cm et 1 m où peuvent même pousser des arbres et sur lesquels on peut se déplacer librement.

    Un toit végétalisé peut absorber « 50 à 70% de la pluie annuelle en moyenne pour des substrats de 3 à 15 cm », explique David Ramier, hydrologue au Cerema.

    Une fois stockée, l’eau va vivre un « mini-cycle ». Tombée du ciel, elle sera captée par les plantes et la terre sur le toit, puis s’évapore, retournant ainsi dans l’atmosphère. Cette dernière étape, l’évapotranspiration, permet de ressentir une sensation de fraîcheur à proximité du toit.

     Protéger le bâti

    « Le fait que l’eau soit stockée dans le système de végétalisation n’est pas un risque » pour le toit, assure Raphaël Dupont, poseur de toit végétalisé, qui a participé notamment à la construction de l’Arena Porte de la Chapelle.

    Au contraire, le toit végétalisé aide à mieux préserver l’imperméabilisation du toit, « à condition que le travail soit bien fait ».

    De matière synthétique ou bitumeuse ces protections sont généralement recouvertes de gravier ou de dalles sur plots et nécessitent d’être changées tous les 20 à 25 ans.

    « Les toits végétalisés agissent de deux manières pour mieux protéger ces surfaces, par un effet de gravité et par un effet d’isolant, ce qui va limiter les écarts de températures et mieux conserver l’intégrité de l’imperméabilisant qui pourra durer quelques années de plus », complète le couvreur.

    Mais pour pouvoir installer une végétalisation sur son toit, il faut s’assurer que le bâtiment puisse supporter son poids et posséder une imperméabilisation certifiée contre le risque d’être percé par les racines.

    « Aujourd’hui beaucoup de protections possèdent déjà cette certification, même sans végétalisation » assure Raphaël.

    Si le coût reste similaire à un toit classique en cas de construction, il est plus élevé de 20 à 38% en moyenne, selon le type de toit végétalisé choisi, lorsqu’on convertit un toit traditionnel d’après plusieurs professionnels.

    Des aides financières existent pour aider à investir et sont plus ou moins importantes suivant les départements.

    Quand bien même les toits végétalisés présentent une solution efficace pour gérer les eaux de ruissellement, « ce n’est pas la solution unique » pour répondre entièrement au problème de la gestion de l’eau en ville, tempère toutefois David Ramier.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. Photoouverture©Creativecommon.
  • Les impacts du changement climatique sur les écoles en France

    Les impacts du changement climatique sur les écoles en France

    Les 59 000 établissements scolaires de France, comme le reste de la société, sont confrontés à la réalité du changement climatique. Entre la hausse des températures, l’exposition aux catastrophes naturelles comme les inondations et les sècheresses, l’adaptation au changement climatique représente un défi. Il en va non seulement du bien-être et la santé des élèves, de leur éducation, mais aussi des conditions de travail des équipes pédagogiques.

    Des bâtiments inadaptés aux nouvelles conditions climatiques

    À l’occasion de la rentrée des classes de septembre, l’association Oxfam France souligne que le retard français dans l’adaptation des bâtiments scolaires se montre un révélateur des inégalités sociales face au réchauffement climatique. Au moins 1,3 millions d’élèves sont concernés, leur exposition varie en fonction des régions. « C’est l’augmentation en intensité des périodes de forte chaleur mais aussi l’allongement dans le temps, de mai à octobre, qui impacte l’organisation scolaire. On voit donc que nous devons d’une part adapter nos infrastructures, investir dans des écoles isolées, mais aussi notre organisation sociale, en prenant en compte les inégalités sociales qui sont renforcées par le changement climatique », affirme Elise Naccarato, responsable Climat au sein d’Oxfam France. Plus de la moitié (55 %) des écoles maternelles françaises risquent d’être confrontées à des périodes excédant 35 °C à l’intérieur des classes à l’horizon 2030, selon l’ONG. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’enseignement puisque, toujours selon Oxfam, cela entraîne des « retards dans les programmes, [une] réduction des performances cognitives des élèves (-2 % pour chaque degré supplémentaire). »

    Depuis 3 décennies, les records de chaleurs tandis que les événements climatiques extrêmes et les catastrophes naturelles sont plus fréquentes et intenses.  L’État fait face à de nouveaux enjeux. En décembre 2023, une mission d’information parlementaire a rendu un rapport sur l’adaptation de l’école au changement climatique. Ses premiers constats portent sur le parc immobilier. Ce rapport rédigé par Graziella Melchior (députée Ensemble pour la République, Finistère, réélue en 2024) et Francesca Pasquini (députée Ecolo-NUPES, Hauts-de-Seine, non réélue en 2024) comporte 109 préconisations. Selon la Mission d’information sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques, une grande partie du bâti actuel de l’Éducation Nationale n’est pas adaptée puisque la moitié du parc date d’avant 1914. Près de 10 % serait même dans un état de vétusté avancée. Il y est écrit que seulement que « 14 % du parc correspondrait aujourd’hui aux normes dites « bâtiments basse consommation ».

    Face au défi de la mise aux normes du bâti scolaire, la complexité administrative

    La mission d’information parlementaire rappelle que les compétences en matière de financement des établissements varient. Les écoles primaires dépendent des communes tandis que les collèges sont du ressort des départements et les lycées de celui des régions. Ce qui complexifie la mise en place d’une politique d’adaptation des infrastructures. D’après le rapport parlementaire, « l’’investissement annuel des collectivités dans le bâti scolaire s’élève à 8,3 milliards d’euros par an : 3,7 milliards d’euros pour les communes, 2,7 milliards d’euros pour les régions et 1,9 milliard d’euros pour les départements. », mais ses auteures soulignent que même si des plans de rénovation existent, les aides sont complexes à obtenir et peu lisibles. En effet, c’est à chacune des collectivités de s’emparer du sujet.

    Une adaptation qui va au-delà des murs

    Le changement climatique nécessite une transformation profonde et durable de la société. Au niveau de l’école, cela implique de revoir les programmes scolaires et la pédagogie afin de fournir aux élèves, et aux futurs citoyens, une meilleure connaissance des faits scientifiques et des enjeux liés à l’environnement. 4 jeunes sur 5 déclarent en 2023 accorder une grande importance aux enjeux environnementaux. Ils sont également en attente de formations aux métiers du secteur pour lesquels de nouvelles compétences doivent être développées.

    Les établissements scolaires s’efforcent d’y répondre en agissant. 10 000 d’entre eux sont labelisés pour leur implication dans l’élaboration d’une démarche de développement durable (E3D). De plus, des éco-délégués sont élus au sein des établissements afin de favoriser la mise en place de mesures de réduction de l’impact environnemental.

    L’adaptation passe également par des mesures afin de réduire l’empreinte carbone de la vie scolaire. La transition est en cours. Les rapporteurs parlementaires insistent sur l’alimentation, la mobilité et la sobriété. De plus en plus de cantines proposent ainsi des alternatives aux produits carnés ainsi que des repas sans protéines animales dans le cadre de la loi EGALIM.

    Au niveau des déplacements entre la maison et l’école, des progrès sont possibles pour réduire le bilan carbone. Seulement un tiers des enfants ont recours à des modes de mobilité dite active, comme la marche ou le vélo, pour se rendre à l’école, déplore la commission parlementaire. Les trajets s’y prêtent pourtant car courts. En effet, la distance moyenne est de 2 km. Cependant, la majorité (37 %) des élèves se rendent à l’école en voiture. Sans doute en raison du sentiment de sécurité que cette dernière procure. Viennent ensuite, « la marche à pied (28 %), le car scolaire (18 %) et le bus (15 %). Les trajets en vélo ne représentent ainsi que 2 % des trajets scolaires ». Or, on sait, d’une part, que les comportements et habitudes pris dans l’enfance se gardent en partie adulte, et, d’autre part, que les mobilités actives, comme la marche et le vélo, bénéficient autant au climat qu’à la santé. C’est d’ailleurs pourquoi, parmi les 109 recommandations formulées par les députés pour aider l’école à relever le défi climatique figure l’apprentissage de la pratique du vélo.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag. article source ici. Photo©Image pour illustration – Ecole primaire Heinz Galinshi – Berlin – Allemagne © Yann Arthus-Bertrand
  • Changement climatique : Berlin se transforme en éponge

    Changement climatique : Berlin se transforme en éponge

    Un trou béant de 20 mètres de profondeur éventre le coeur de Berlin. D’ici deux ans, ce chantier titanesque donnera naissance au plus grand réservoir de la capitale allemande, capable de recueillir des eaux devenues précieuses.

    « Avant, l’objectif était d’évacuer les eaux de pluie pour traverser la ville sans bottes de caoutchouc », plaisante le porte-parole de la gestion des eaux de Berlin, Stephan Natz, casque de chantier vissé sur la tête au bord du cratère de béton.

    Mais la métropole a changé de cap et oeuvre désormais à stocker l’eau de pluie là où elle tombe pour limiter les inondations et lutter contre la sécheresse.

    C’est le concept de la « ville-éponge », théorisé dès les années 1970 et adopté en 2018 par Berlin.

    Aux États-Unis, en Chine, en Europe, de nombreuses centres urbains se sont convertis à cette démarche qui propose d’absorber, collecter, drainer et ré-utiliser les eaux de ruissellement.

    Le changement climatique entraîne « une répartition plus discontinue des pluies, c’est-à-dire des sécheresses auxquelles succèdent de fortes pluies, et un réchauffement toujours croissant, qui augmente l’évaporation », explique M. Natz.

    Cinq piscines olympiques

    Symbole de la transformation en cours : la réserve d’eau géante en construction dans le centre de la capitale, à moins de deux kilomètres de l’emblématique Porte de Brandebourg.

    Le bassin de 40 mètres de diamètre recueillera près de 17.000 m3 d’eau –cinq fois la capacité d’une piscine olympique– la stockera puis l’enverra en station d’épuration.

    Car avec un système d’égouts vieux de 150 ans et des intempéries plus extrêmes que dans le passé, la ville n’est plus capable de gérer à la fois les eaux usées et les eaux de pluie: « en cas de fortes pluies, les eaux se mélangent et débordent jusque dans le fleuve de la Spree, provoquant la mort des poissons et une pollution visuelle », explique Stephan Natz.

    Dans le même temps, Berlin, pourtant construite sur d’anciens marais, fait face à un sévère manque d’eau depuis plusieurs années.

    Après cinq ans de sécheresse, les nappes phréatiques n’ont toujours pas retrouvé leur niveau normal, selon des données de l’Institut Leibniz pour l’écologie des eaux douces et la pêche.

    « Il y a eu une lente prise de conscience de la valeur de l’eau à Berlin. C’est l’un des endroits les plus secs d’Allemagne », souligne Darla Nickel, la directrice de l’Agence de gestion des eaux de pluie de la capitale allemande, créée pour accompagner la transformation de la ville en éponge.

    Chaque nouveau projet immobilier est désormais tenu d’appliquer cette stratégie en développant des techniques de récolte des eaux de pluie.

    Sorti de terre il y a environ 5 ans, le Quartier 52 degrés Nord, dans le sud-ouest de la ville, applique avec soin les nouveaux préceptes.

    Autour de trois grands bassins en enfilade où le vent souffle dans les roseaux, jeunes parents avec poussettes, enfants et personnes âgées se côtoient joyeusement.

    « Tout simple ! »

    L’eau de pluie « est collectée sur les toits végétalisés et dans ces bassins. L’eau s’évapore, créant ainsi un air plus agréable », explique Darla Nickel. Les trottoirs végétalisés sont également inclinés pour que l’eau s’infiltre plus facilement dans les sols.

    « Vous voyez ça peut être vraiment tout simple! » s’exclame Mme Nickel.

    Mais l’enjeu est aussi de multiplier ce type de mesures en coeur de ville — même si Berlin est deux fois moins dense que Paris.

    « Nous avons progressé beaucoup plus lentement avec le bâtiment existant qu’avec les nouvelles constructions », concède Darla Nickel.

    Dans un quartier historique de Berlin, une place est par exemple en cours de rénovation pour collecter l’eau de pluie et l’injecter dans les nappes phréatiques.

    L’agence de gestion des eaux de pluie accompagne plus d’une trentaine de projets en lien avec la « ville-éponge ».

    La municipalité incite aussi les particuliers à installer des récupérateurs d’eau ou un toit végétal en les exemptant de redevance pour la gestion et l’épuration des eaux de pluie.

    Les responsables locaux sont néanmoins conscients qu’il faudra plusieurs générations avant que Berlin ne devienne vraiment une « éponge ». « Reste à savoir si le changement climatique nous en laissera le temps », observe Stephan Natz.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Des excavateurs creusent un bassin souterrain de débordement des eaux de pluie, dans le quartier de Mitte à Berlin, le 17 mai 2024 © AFP John MACDOUGALL.
  • L’ozone, à la fois protecteur, polluant et gas à effet de serre

    L’ozone, à la fois protecteur, polluant et gas à effet de serre

    Saviez-vous qu’il existait un « bon ozone » et « un mauvais ozone » ? Et que cette molécule pouvait être, selon l’altitude où elle se situe, soit d’une absolue nécessité pour la vie sur terre, soit un gaz à effet de serre doublé d’un polluant néfaste pour la santé ? Retour sur ce que la science sait, ou ne sait pas encore de cette molécule aux facettes multiples et encore pleines de mystères.

    Une molécule identifiée en 1840

    Christian Friedrich Schönbein (1799-1868)

    Naturellement présent dans notre atmosphère, l’ozone a été identifié par le chimiste suisse allemand C.F. Schönbein en 1840 lors d’expériences en laboratoire. La composition chimique de cette molécule faite de trois atomes d’oxygène (O3) n’a été découverte que quelques années plus tard en 1865. Le mot ozone provient lui du mot latin « ozein » qui signifie « sentir » car ce gaz a une senteur caractéristique qui permet de le détecter. C’est l’odeur que produit par exemple une imprimante pendant un tirage, car la haute tension nécessaire pour imprimer peut produire une décharge électrostatique assez importante pour décomposer l’oxygène et générer cette odeur.

    Selon que l’ozone est dans la stratosphère (entre 15 et 35 kilomètres au-dessus de nous) ou dans la troposphère (à moins de 10 km d’altitude) il peut jouer un rôle radicalement différent pour la vie sur terre. C’est là peut-être son plus grand paradoxe.

    Dans la stratosphère, il conditionne la vie sur la planète. Après l’oxygène et l’azote, c’est le constituant réactif le plus abondant. C’est là qu’on trouve 90 % de l’ozone atmosphérique qui fonctionne alors comme un bouclier protecteur en absorbant la plupart des rayons ultraviolets nocifs. L’ozone empêche ainsi ces rayonnements destructeurs de l’ADN d’atteindre la surface de la Terre.

    Mais dans les années 1980, les scientifiques prennent conscience d’une réalité inquiétante : les activités humaines ont perturbé la couche d’ozone, au point qu’un trou s’y développe chaque année en printemps menaçant ainsi directement la vie sur terre. Cette situation inédite génère alors une réaction sans précédent, conduisant à mettre au point le premier protocole environnemental d’envergure internationale : le protocole de Montréal en 1987. Cet accord ratifié par 197 états a en effet permis la réduction graduelle des substances menaçant la couche d’ozone, principalement les chlorofluorocarbures et les halons, utilisés notamment pour la réfrigération et la climatisation.

    Les 10 % d’ozone restant sont distribués dans l’atmosphère plus proche de la surface (entre 0 et environ 10 km) où se trouvent les activités humaines. Il s’agit de l’ozone troposphérique qui devient, à cette altitude, un polluant atmosphérique aux effets délétères pour la végétation et la santé humaine, lorsque les 14 000 litres d’air par jour que nous respirons en moyenne sont particulièrement chargés en ozone. Cet ozone troposphérique est aussi un gaz à effet de serre important issu des activités humaines.

    L’impact de l’ozone sur la santé et la végétation

    Selon sa position dans l’atmosphère l’ozone peut être bon ou mauvais.AirParif

    La façon dont il se constitue demeure cependant encore difficile à comprendre car la chimie qui mène à la formation de l’ozone est complexe. Plusieurs centaines de réactions dans l’atmosphère peuvent de fait générer de l’ozone sous l’effet d’un ensoleillement important et de températures favorables. Ceci est dû au fait que les précurseurs de l’ozone, c’est-à-dire les composés pouvant, en réagissant entre eux, générer de l’ozone, sont très nombreux. On peut cependant en identifier quelques-uns des principaux comme les oxydes d’azotes (NOx) émis par le trafic automobile et les industries, ainsi que les composés organiques volatils (COV) générés par les activités humaines et émis par la végétation.

    L’ozone troposphérique est donc un polluant dit secondaire car il n’est pas émis directement à la surface de la Terre. Les épisodes de pollution à l’ozone sont souvent enregistrés au printemps et en été, et ce pour plusieurs raisons : la lumière solaire est plus intense et les jours sont plus longs, fournissant plus d’énergie pour les réactions photochimiques nécessaires à la formation de l’ozone. Les températures élevées augmentent elles le taux d’émissions des précurseurs (notamment les COV) et en général, une température plus élevée augmente la vitesse de réaction des précurseurs de l’ozone, conduisant à une production plus rapide et plus abondante d’ozone.

    Ce composé est nocif pour la santé humaine, il irrite les voies aériennes supérieures et il a également un effet phytotoxique, altérant les principaux processus physiologiques des plantes. En effet, de petites tâches nécrotiques sur la surface des feuilles peuvent se former, réduisant la photosynthèse et par conséquent, la productivité des cultures, les rendements agricoles. Les scientifiques estiment ainsi les pertes de rendement agricoles globales actuelles d’environ 3 % pour le maïs et le riz et de 7 % environ pour le soja et le blé.

    Les plantes ont des pores microscopiques sur leurs feuilles appelés stomates : les plantes les ouvrent et les ferment pour « respirer ». Ainsi, lorsqu’elles sont ouvertes, les gaz de l’air dont l’ozone peuvent pénétrer à l’intérieur des feuilles par les stomates et endommager certaines parties des cellules de la feuille. Gerald Holmes, NASA North Carolina State University, CC BY

    La complexité de la chimie de l’ozone ne s’arrête pas là : les NOx et les COV sont en compétition pour former ou bien détruire l’ozone. Une qualité d’air médiocre avec une concentration élevée d’oxydes d’azote peut dès lors détruire l’ozone. C’est un constat qu’on a pu déduire dans nos travaux : les concentrations d’ozone sont généralement plus élevées dans les campagnes, à 50 ou à 100 km des villes polluées. Là, l’ozone a le régime parfait pour y être formé : des concentrations ni trop élevées ni trop faibles d’oxydes d’azote et de COV. Cette réalité est un autre paradoxe de l’ozone. Mais alors que faire pour mieux surveiller cette source de pollution ?

    Surveillance et stratégies de réduction d’ozone en Europe

    La surveillance des concentrations d’ozone est effectuée par près de 2 000 stations dans toute l’Europe en vertu de la directive de 2008 sur la qualité de l’air ambiant. Les données satellitaires et des modèles de prévision, couplées aux données in situ, nous permettent de cartographier l’ozone et le prévoir. C’est notamment ce que fournit le service de surveillance de l’atmosphère Copernicus (CAMS).

    Bilan de la qualité de l’air en île de France. Il n’existe pas de valeur limite réglementaire pour l’ozone. L’ensemble des Franciliens était exposé à des niveaux moyens annuels largement supérieurs aux recommandations de l’OMS. Air Parif, CC BY

    Pour diminuer l’ozone dans la troposphère, la stratégie est de réduire les émissions de ses précurseurs. Aujourd’hui, on note des tendances à la baisse pour différents polluants en France. Par exemple, les concentrations en particules fines et des NOx ont baissé en moyenne de 40 % entre 2013 et 2023 en Île-de-France.

    Bilan de la qualité de l’air en île de France. Il n’existe pas de valeur limite réglementaire pour l’ozone. L’ensemble des Franciliens était exposé à des niveaux moyens annuels largement supérieurs aux recommandations de l’OMS. Air Parif, CC BY

    Par contre, l’ozone est resté stable sur la même période. On parle de chimie fortement non linéaire. Si les réductions des précurseurs ne sont pas équilibrées, elles peuvent entraîner des résultats inattendus. Par exemple, réduire uniquement les oxydes d’azotes ou uniquement les COV sans réduire l’autre précurseur peut déplacer l’équilibre chimique de manière à maintenir ou même augmenter les niveaux d’ozone. Ceci rend délicate la conception de stratégies : réduire uniformément les émissions de précurseurs ne conduit pas systématiquement à des réductions des niveaux d’ozone. Tous les Franciliens sont de ce fait exposés à des concentrations d’ozone plus grandes que les seuils fixés par l’Organisation mondiale de la santé.

    Les effets de l’ozone troposphérique, et en général de tout polluant atmosphérique, ne sont toutefois pas qu’une question locale. Les concentrations des polluants dépendent aussi du transport du polluant lui-même, ou de ses précurseurs, à partir de sources parfois situées à des centaines de kilomètres. Une étude de 2024 a montré que plus de 50 % de la mortalité due à l’ozone en Europe, est associée à l’ozone transporté depuis l’extérieur du continent.

    Concentrations futures en ozone

    L’agence européenne de l’environnement note dans son rapport sur la pollution de l’air en Europe, que l’exposition à court terme à l’ozone troposphérique a causé 22 000 décès prématurés dans 41 pays européens en 2021 dont 2 370 en France. L’augmentation des températures accélérera le processus chimique de formation de l’ozone troposphérique. Ceci menace aussi la sécurité alimentaire actuelle et future.

    Près de deux siècles après son identification, l’ozone reste de fait une molécule à bien des égards mystérieuse.

    La compréhension scientifique des cycles chimiques et du comportement physico-chimique des molécules clés de l’atmosphère, comme l’ozone, est donc indispensable pour établir des stratégies politiques et économiques coordonnées entre les pays afin de réduire les risques sanitaires et les impacts des activités anthropiques.

    Sarah Safieddine, Chargée de recherche CNRS (LATMOS/IPSL), Sorbonne Université; Camille Viatte, Chercheure au LATMOS/IPSL/CNRS/Sorbonne Université, Sorbonne Université et Cathy Clerbaux, Directrice de recherche au CNRS (LATMOS/IPSL), professeure invitée Université libre de Bruxelles, Sorbonne Université
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. ©Sur l’autoroute du Littoral à Marseille, un panneau de limitation de la vitesse, réduite à 70km/h en raison de la canicule qui augmente les risques de pollution à l’ozone. GERARD JULIEN/AFP
  • Nature : un texte de l’UE pour préserver les écosystèmes

    Nature : un texte de l’UE pour préserver les écosystèmes

    La législation de l’UE sur la restauration de la nature, à laquelle les Etats membres ont donné lundi leur ultime feu vert, vise à enrayer le déclin de la biodiversité en réparant les écosystèmes abîmés et en préservant forêts, cours d’eau et terres agricoles, un texte cependant édulcoré après une âpre bataille politique.

    Pollution, urbanisation, exploitation intensive: selon Bruxelles, 80% des habitats naturels dans l’UE sont dans un état de conservation « mauvais ou médiocre » (tourbières, dunes, prairies particulièrement), et jusqu’à 70% des sols sont en mauvaise santé.

    Après la validation des eurodéputés fin février, le vote des ministres de l’Environnement permet l’entrée en vigueur du texte.

    Réparer les écosystèmes abîmés

    En lien avec l’accord international Kunming-Montréal (COP15 Biodiversité), le texte impose aux Vingt-Sept d’instaurer d’ici 2030 des mesures de restauration sur 20% des terres et espaces marins à l’échelle de l’UE, puis d’ici 2050 sur l’ensemble des zones qui le nécessitent.

    Divers types d’habitats sont listés (milieux avec faune et flore spécifiques: zones humides, prairies, forêts, rivières, prairies sous-marines…): chaque Etat sera tenu de restaurer d’ici 2030 au moins 30% de ces habitats en mauvais état, puis 60% d’ici 2040 et 90% d’ici 2050. Une flexibilité est aménagée pour « les habitats très communs et répandus ».

    Jusqu’en 2030, priorité devra être donnée aux sites situés sur les zones classées Natura 2000. Les Etats seront tenus d’établir des feuilles de routes précises.

    Non-détérioration

    Bruxelles souhaitait imposer un objectif contraignant de « non-détérioration » (maintien en bon état) sur les zones ayant fait l’objet d’une restauration. Etats et eurodéputés ont préféré fixer une simple obligation à prendre des mesures, sans contrainte de résultat.

    Des flexibilités existeront pour les pays couverts majoritairement d’un seul type d’écosystème (pays scandinaves), et des dérogations sont prévues pour les énergies renouvelables ou infrastructures militaires.

    Terres agricoles

    Dans leur mandat de négociation initial, les eurodéputés avaient supprimé complètement l’article concernant les terres agricoles. Il a finalement été rétabli suite aux pourparlers avec les Etats, sous une forme nettement assouplie.

    Les Etats devront prendre des mesures « visant à parvenir à des tendances en hausse » d’ici fin 2030 pour deux des trois indicateurs (papillons de prairies, carbone dans le sol, part des terres agricoles « à haute diversité »), avec des objectifs de population d’oiseaux communs en campagne.

    Et 30% des tourbières drainées utilisées en agriculture devront être restaurées d’ici 2030 (dont au moins un quart en les réhumidifiant), 40% d’ici 2040 et 50% d’ici 2050: l’idée est de raviver ces puits de carbone naturels et réserves de biodiversité.

    Mais des « souplesses » seront possibles pour les Etats les plus concernés, et la remise en eau restera « facultative » pour les agriculteurs et propriétaires privés.

    Enfin, les Etats sont tenus de stopper le déclin des populations des pollinisateurs d’ici 2030 au plus tard, avant d’en accroître la population, avec une surveillance régulière.

    En revanche, l’objectif indicatif proposé par Bruxelles pour l’extension de zones « à haute diversité » (haies, étangs, arbres fruitiers…) sur 10% des terres agricoles à l’échelle de l’UE a très tôt disparu, face à la bronca des eurodéputés de droite, qui y voyaient une menace pour la sécurité alimentaire.

    « Frein d’urgence »

    Un dispositif a été introduit pour suspendre l’application des dispositions du texte en cas de circonstances « exceptionnelles », en particulier de « graves conséquences sur la disponibilité des terres nécessaires pour assurer une production suffisante pour la consommation de l’UE ».

    Ce « frein d’urgence » serait déclenché par la Commission européenne pour une durée d’un an maximum.

    Villes, forêts, cours d’eau

    Les Etats seront contraints de ne pas diminuer leurs surfaces d’espaces verts et arborés en ville en 2030 par rapport à 2021 (avec des flexibilités s’ils constituent déjà 45% des écosystèmes urbains), puis de continuer à les renforcer.

    Le texte prévoit de supprimer les obstacles (par exemple certains petits barrages obsolètes) sur les fleuves et rivières afin d’atteindre au moins 25.000 km de cours d’eau « libres » d’ici 2030 pour une meilleure « connectivité naturelle ».

    A même échéance, les Etats devront avoir adopté des mesures permettant une évolution « positive » sur plusieurs indicateurs forestiers: carbone, populations d’oiseaux, quantité de bois mort sur pied et au sol… Sur ce dernier point, l’application tiendra compte des risques d’incendie dans les régions très sèches.

    L’objectif indicatif de planter au moins trois milliards d’arbres supplémentaires dans l’UE d’ici 2030 a été inscrit dans la législation.

    Financements

    Environ 115 milliards d’euros du budget européen 2021-2027 sont prévus pour la biodiversité.

    Bruxelles estime que chaque euro investi rapportera entre 8 et 38 euros, via les avantages d’écosystèmes sains (dépenses de santé, pollinisation, qualité des sols, moins d’inondations, atténuation climatique, stocks de poissons préservés….).

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©L’UE finalise un texte-clé pour préserver la biodiversité, son application aux terres agricoles fait débat © AFP/Archives GUILLAUME SOUVANT