Catégorie : Amérique

  • L’agro-écologie contre la désertification dans le nord-est brésilien

    L’agro-écologie contre la désertification dans le nord-est brésilien

    En l’absence de lois, c’est à nous d’agir. C’est comme ça qu’on peut changer le Brésil », affirme Alcides Peixinho Nascimento, agriculteur de 70 ans déterminé à sauver de la désertification la Caatinga, vaste biome du nord-est du pays.

    Sa méthode : miser sur des pratiques agro-écologiques pour faire pousser la végétation originelle et cultiver des aliments pour subvenir à ses besoins.

    La Caatinga, qui s’étend sur la région la plus pauvre du Brésil, est un biome aux caractéristiques uniques au monde, avec ses arbustes épineux adaptés au climat semi-aride.

    Mais il a perdu 40% de sa surface originelle en raison de l’expansion agricole ou minière, et de l’installation de parcs éoliens, selon l’ONG MapBiomas.

    La Caatinga souffre également de périodes de sécheresse de plus en plus sévères, que les experts attribuent notamment au changement climatique.

    La première zone aride du Brésil a été identifiée récemment au nord de Bahia, l’un des dix États brésiliens qui abritent ce biome.

    Contrairement à l’Amazonie, au cœur des préoccupations du monde entier, la Caatinga suscite peu d’intérêt, alors qu’elle aussi est riche en biodiversité, avec une végétation qui contribue à absorber les émissions de carbone.

    « Préserver la Caatinga, c’est maintenir ces terres en vie », résume Alcides Peixinho Nascimento, visage buriné et machette à la ceinture.

    Le septuagénaire admet que, s’il y a quarante ans, il n’aurait jamais imaginé une telle dégradation, aujourd’hui, il perçoit « très facilement » les effets du réchauffement de la planète.

    Selon une étude récente, neuf espèces sur dix de flore et de faune de la Caatinga pourraient disparaître d’ici 2060.

    Les autorités locales estiment que près de 38 millions de brésiliens pourraient subir les effets de la désertification, qui pourrait s’étendre sur 140 millions d’hectares, plus du double de la France.

    « Gardiens de la Caatinga »

    Pour régénérer ses terres, près de la localité d’Uaua, à Bahia, M. Nascimento plante du mandacaru, un cactus qui peut mesurer jusqu’à six mètres de haut et dont les fruits peuvent nourrir aussi bien les animaux que les humains.

    Avec leurs épines qui repoussent les prédateurs, ces cactus sont notamment plantés autour des terrains où sont cultivées d’autres espèces natives et des aliments comme le haricot noir, aliment incontournable de l’assiette des Brésiliens.

    Et l’excédent de production du mandacaru est vendu à une marque française de cosmétiques, pour fabriquer des crèmes et des savons.

    De quoi subvenir aux besoins de sa famille tout en dotant le sol d’une végétation qui le protège du climat extrême.

    « La Caatinga est préservée dans les zones où vivent des communautés traditionnelles » qui adoptent ces pratiques agro-écologiques, assure Luiz Almeida Santos, de l’Institut régional de la petite agriculture appropriée (IRPAA), une ONG locale. « Ce sont les gardiens de la Caatinga ».

    L’une des missions de l’IRPAA est d’enseigner aux communautés locales comment doser l’usage de l’eau, pour que les réserves durent jusqu’aux périodes de sécheresses les plus critiques.

    Citernes vitales

    Sur son terrain à Malhada da Areaia, localité rurale près de Juazeiro, ville du nord de Bahia, Maria Gonçalves dos Santos, 60 ans, montre le chemin parcouru par l’eau de pluie, recueillie sur une plaque de béton pour s’écouler dans une citerne.

    « Ici, toute l’eau est réutilisée », explique-t-elle. Y compris les eaux usées, qui servent à arroser le fourrage destiné aux animaux après avoir été filtrées.

    Mme Gonçalves mesure à la règle le niveau de la citerne de 16.000 litres installée par le gouvernement et tient un registre sur un cahier pour pouvoir doser correctement sa consommation.

    Près d’un million de citernes comme celle-ci ont été installées dans le région depuis 2003.

    Après une réduction drastique de ces installations sous le mandat du président d’extrême-droite Jair Bolsonaro (2019-2022), le programme a été relancé par le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva.

    Mais au-delà de la sécheresse, la survie de la région est également menacée par l’exode rural.

    C’est pourquoi l’IRPAA a installé un centre de formation près de Juazeiro qui a déjà accueilli environ 200 jeunes pour leur apprendre les méthodes d’agro-écologie.

    Anderson Santos de Jesus, 20 ans, n’a pas hésité à parcourir 200 kilomètres pour rejoindre ce centre, depuis le village quilombola (communauté descendants d’esclaves fugitifs) de Curral da Pedra.

    « Dans notre région, nous n’avons pas beaucoup d’opportunités, il faut se déplacer pour aller chercher les connaissances. Je suis heureux à l’idée de pouvoir contribuer au bien-être de ma communauté à mon retour », confie-t-il.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Alcides Peixinho Nascimento dans sa plantation de mandacaru à Serra da Canabrava, dans l’État de Bahia, au Brésil, le 12 juin 2024 © AFP Pablo PORCIUNCULA
  • Forêts tropicales : évaluer l’impact de l’exploitation du bois

    Forêts tropicales : évaluer l’impact de l’exploitation du bois

    Dès l’essor de la foresterie tropicale « moderne », à partir du milieu du XXe siècle, les forestiers des tropiques ont expérimenté des pratiques sylvicoles nouvelles. L’enjeu : suivre la dynamique forestière afin de comprendre les effets de leurs pratiques sur les peuplements forestiers tropicaux. Dès les années 1970, le Centre technique forestier tropical (CTFT) – désormais intégré dans différentes unités de recherche du Cirad – a établi d’ambitieux dispositifs de suivi : des parcelles d’inventaires couvrant plusieurs dizaines d’hectares où tous les arbres de plus de 10 cm de diamètre à hauteur de poitrine sont localisés, identifiés et mesurés régulièrement.

    Certains de ces systèmes de suivi sont encore actifs aujourd’hui, par exemple : dans la forêt de la Téné en Côte d’Ivoire, mis en place en 1976, à M’baïki en République centrafricaine en 1982, à Paracou en Guyane en 1984, dans l’Est Kalimantan en Indonésie (projet STREK) en 1989, à Malinau en Indonésie en 1999 et enfin, en Amazonie au Brésil avec le projet Ecosilva en 2004.

    Tous ont été implémentés en partenariat avec les instituts de recherche forestière des pays concernés, qui ont assuré le suivi des parcelles dans le temps. En plus de ces dispositifs, d’autres instituts, comme l’Embrapa au Brésil ou le FRIM en Malaisie, ont eu la même idée.

    Depuis, le réseau Tropical managed Forest Observatory (TmFO) a été structuré pour fédérer tous les dispositifs de suivi de la dynamique forestière après exploitation installés en forêt tropicale. Il réunit aujourd’hui 30 sites expérimentaux en Amazonie, en Afrique centrale et de l’Ouest et en Asie du Sud-Est (Malaisie, Indonésie), un collectif d’une cinquantaine de chercheurs et techniciens appartenant à 25 institutions de recherche et d’université.

    La particularité de ces dispositifs est d’être les seuls au monde à suivre des forêts aménagées pour l’exploitation du bois d’œuvre, dans l’objectif d’avoir une vision régionale et globale de l’impact à long terme des pratiques sylvicoles, y compris de l’exploitation du bois.

    L’importance de suivre les forêts aménagées

    Mesure de la circonférence d’un arbre dans une parcelle du dispositif Ecosilva en Amazonie brésilienne. Plinio Sist, Fourni par l’auteur

    Les forêts aménagées, exploitées pour le bois d’œuvre, occupent une place importante dans l’économie de nombreux pays tropicaux. Elles sont créatrices de revenus et d’emplois, ainsi que de recettes pour l’État à travers la taxation des produits forestiers et les contrats de concession. Les forêts tropicales naturelles sont de loin les principales sources de bois d’œuvre, les plantations pour la production de bois d’œuvre étant encore très peu répandues en région tropicale.

    Depuis plus de cinquante ans, ces forêts assurent donc la demande du marché qui ne cesse de croître. Comprendre leur capacité à reconstituer le stock de bois prélevé tout en gardant leur fonctionnalité et leurs principales caractéristiques écologiques est essentiel et ne peut se faire sans suivi à long terme de la dynamique forestière.

    À l’origine, ces dispositifs ont surtout été conçus pour élaborer des pratiques sylvicoles aptes à stimuler la productivité de bois d’œuvre, sans trop d’égard pour les autres fonctions des forêts naturelles. Au cours des dernières décennies néanmoins, la perception du rôle des forêts a évolué, glissant d’une vision focalisée sur la production à une vision plus globale de conservation de la biodiversité et de fourniture de services écosystémiques.

    La nécessité de trouver un équilibre entre production, conservation de la biodiversité et fonctionnement de ces forêts s’est alors imposée.

    Évaluer l’impact de l’exploitation du bois

    Dans un contexte de changement climatique, où les forêts jouent un rôle essentiel de puits de carbone, il est apparu urgent, dès les années 2000, de pouvoir estimer le temps nécessaire à une forêt ayant subi une exploitation sélective pour récupérer sa capacité à stocker le carbone.

    Si ce n’était pas leur but initial, ces dispositifs se sont avérés cruciaux pour étudier, par exemple, les stocks de carbone/biomasse. Des études rendues possibles par le suivi régulier de chaque arbre à partir d’un diamètre de 10 ou 20 cm, sur des surfaces allant jusqu’à des dizaines d’hectares et par la connaissance détaillée des pratiques d’exploitation ou sylvicoles, notamment l’intensité d’exploitation (exprimée en nombre d’arbres à l’hectare ou en volume de bois extrait) et son impact immédiat (dégâts d’exploitation).

    Les données accumulées pendant plusieurs décennies ont ainsi permis d’évaluer de façon précise les capacités de reconstitution des forêts aménagées, la réponse des forêts à l’exploitation en matière de volume de bois d’œuvre, de stock de carbone/biomasse et, dans une moindre mesure, l’impact sur la richesse et la composition de la biodiversité.

    Pratiques sylvicoles et changement climatique

    Ces données ont aussi aidé à développer des modèles de simulation et cela de façon d’autant plus valide que les données ont été récoltées sur le long terme. Ces modèles ont permis de constater que la plupart des règles d’aménagement préconisées par les législations forestières des pays tropicaux n’assurent pas une production durable de bois d’œuvre, et qu’il est urgent de revoir ces règles, notamment en allongeant la durée des cycles de rotation et en réduisant de façon significative les intensités d’exploitation.

    Ces résultats révèlent également que les forêts naturelles ne pourront pas, à elles seules, répondre à la demande croissante de bois de la part des marchés. Il faut rapidement développer d’autres sources de production de bois d’œuvre à travers la promotion d’une sylviculture tropicale plus diversifiée. Celle-ci ne doit pas se limiter aux forêts naturelles, mais au contraire chercher à valoriser les forêts dites dégradées, les forêts secondaires, les plantations pluri-spécifiques (composées de plusieurs essences d’arbre) et enfin les agroforêts.

    Les dispositifs de suivi de la dynamique des forêts aménagées demeurent essentiels pour comprendre leur résilience aux pratiques sylvicoles dans un contexte de changement climatique, ce dernier créant des conditions environnementales variables et très différentes de celles existantes lors de l’installation de ces parcelles.

    Il convient donc de pérenniser ces outils de suivi, ce qui exige le financement des campagnes de mesures ainsi que des investissements dans des instruments de mesure des conditions environnementales et climatiques. Par comparaison avec les dispositifs de suivi européens, ceux des régions tropicales sont encore très peu équipés.

    Télédétection pour modéliser l’évolution des forêts

    Pour modéliser dans l’espace à l’échelle régionale – voire continentale – ce qui est appris et mesuré au sein des sites expérimentaux, la télédétection devient indispensable. Elle permet d’avoir une représentation plus large des phénomènes analysés et de mieux évaluer les conséquences des changements environnementaux.

    À cet égard, les sites comme ceux de TmFO permettent de mieux comprendre les signaux radiométriques des forêts exploitées et en cours de régénération, en donnant des points de calibrage et des zones de références indispensables pour relier le terrain aux images satellites ou de drones. Ils sont inclus dans un réseau de super-sites identifiés pour la calibration de nouveaux satellites dédiés au suivi de la biomasse et de la structure forestière.

    Alors qu’un gros travail est entrepris actuellement pour caractériser les forêts dégradées à l’échelle de la planète, les informations obtenues sur le terrain sont indispensables pour relier physiquement ce qui se passe au sol avec ce qui est mesuré en altitude. Réunies, ces données permettent d’ajuster les modèles de croissance, de régénération et de stockage de carbone à des échelles beaucoup plus larges, au-delà des sites eux-mêmes.

    Le 5 juin 1984 naissait le Cirad fondé par décret. Depuis 40 ans, les scientifiques du Cirad partagent et co-construisent avec les pays du Sud des connaissances et des solutions innovantes pour préserver la biodiversité, la santé végétale et animale, et rendre ainsi les systèmes agricoles et alimentaires plus durables et résilients face aux changements globaux.
    Plinio Sist, Écologue des forêts tropicales, Cirad; Adeline Fayolle, Chercheuse, Cirad; Camille Piponiot, Chercheuse, Cirad; Géraldine Derroire, Chercheuse, Cirad et Valéry Gond, Géographe, Cirad
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Photoouverture©CC0 Domaine public
  • Lula renforce la protection de la forêt amazonienne

    Lula renforce la protection de la forêt amazonienne

    Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a adopté une mesure visant à combattre les organisations criminelles qui contribuent à la déforestation de l’Amazonie, appelant son gouvernement à faire preuve « d’agilité » pour sa mise en place rapide.

    « Jamais dans l’histoire du Brésil on n’a pensé à prendre une mesure aussi extraordinaire pour s’occuper de l’Amazonie que maintenant », s’est-il félicité en signant la mesure lundi à Brasilia.

    Celle-ci octroie 318 millions de réais (54,6 millions d’euros) au renforcement de la sécurité dans l’Amazonie, un territoire de 6,3 millions de km2, dont 60% se trouvent au Brésil.

    Cette enveloppe fait partie d’un plan lancé en juillet dernier et doté d’un budget total de 1,2 milliard de réais (206 millions d’euros).

    Le président brésilien a averti que si la mise en œuvre de l’initiative prenait trop de temps, il ne serait pas en mesure de l’achever avant la fin de son mandat, à la fin de l’année 2026.

    « S’il faut encore un an (pour sa mise en oeuvre), nous terminerons le mandat sans avoir mis le plan en pratique », a-t-il averti, appelant le gouvernement à faire preuve « d’agilité ».

    Intitulée « Plan Amazone : sécurité et souveraineté », l’initiative vise notamment à renforcer les équipements, tels que les bateaux et les hélicoptères, destinés à la protection de la plus grande forêt tropicale de la planète.

    Le plan prévoit également l’installation d’un centre de coopération policière internationale dans la ville de Manaus, au coeur de l’Amazonie brésilienne, où travailleront des agents des services de renseignement des pays dans lesquels la forêt tropicale est également présente.

    Le projet est financé par le Fonds Amazonie, une initiative internationale visant à protéger la forêt tropicale et dont la Norvège et l’Allemagne sont les principaux bailleurs.

    Même si la déforestation dans l’Amazonie brésilienne a été réduite de moitié l’année dernière, la ministre de l’Environnement Marina Silva a estimé que la communauté internationale avait encore beaucoup à faire pour protéger la forêt tropicale.

    « Si le monde ne fait pas sa part en réduisant les émissions de CO2 basées sur l’utilisation de combustibles fossiles, nous perdrons de toute façon l’Amazonie », a-t-elle prévenu.

    Le président Lula a promis de mettre fin à la déforestation illégale au Brésil d’ici à 2030. Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva lors de la cérémonie d’allocation des ressources du Fonds pour l’Amazonie à des projets de sécurité pour l’Amazonie au Palais du Planalto à Brasilia, le 17 juin 2024 © AFP EVARISTO SA
  • Brésil : des passerelles pour surmonter les inondations

    Brésil : des passerelles pour surmonter les inondations

    Le mollet bandé, Paulo Roberto Heineck s’avance en boitant sur une passerelle flottante. Ce pont provisoire a été installé par l’armée pour rompre l’isolement de localités rurales du sud du Brésil frappées par des inondations dévastatrices.

    Le maçon de 54 ans qui s’est fait opérer récemment n’a pas le choix: il doit se rendre chez son médecin. « Tout est plus difficile à présent, mais on doit aller de l’avant », soupire ce père de trois enfants.

    Emprunter ces passerelles est le seul moyen de relier les localités voisines de Travesseiro et Marques de Souza, après la destruction de ponts emportés par la crue de la Forqueta, une des rivières qui traversent la vallée de Taquari.

    Cette région agricole a été l’une des plus touchées par les inondations sans précédent qui ont dévasté l’Etat du Rio Grande do Sul, faisant près de 170 morts et plusieurs dizaines de disparus.

    Au moins six ponts ont été détruits dans cette zone située au nord-ouest de la capitale régionale Porto Alegre, empêchant de nombreux habitants de se déplacer en voiture d’une commune à l’autre, pour travailler, aller à l’école ou chez le médecin.

    Pour ne pas être totalement coupés du monde, ils doivent emprunter des passerelles flottantes comme en utilisent les militaires en temps de guerre pour traverser des cours d’eau après le bombardement de ponts.

    Mais ces passerelles sont aussi essentielles que précaires: à chaque nouvelle intempérie, elles risquent d’être emportées par le courant, obligeant les autorités à en installer de nouvelles.

    En file indienne

    « Il fallait que la population puisse reprendre ses habitudes le plus vite possible », explique le colonel Rafael Farias, 46 ans. C’est pourquoi l’armée a installé à titre temporaire environ cinq passerelles dans la vallée de Taquari.

    Ces ponts métalliques étroits reposent sur des structures flottantes qui ressemblent à des pirogues disposées à quelques mètres l’une de l’autre sur toute la largeur de la rivière.

    Pour les emprunter, il faut marcher en file indienne et le port du gilet de sauvetage – distribué par des militaires postés sur chaque rive – est obligatoire.

    Juliani Steffer, vendeuse de vêtements de 36 ans, arrive essoufflée sur l’autre rive, après avoir transporté un sac plein de marchandises.

    « Les gens ont perdu beaucoup de vêtements. Comme ils ne peuvent pas venir à ma boutique en voiture, je vais chez eux », raconte-t-elle.

    Faute d’éclairage, la passerelle doit fermer dès la tombée du jour, ce qui oblige les résidents à rentrer tôt pour ne pas risquer d’être bloqués sur l’autre rive.

    Et la traversée est parfois tout bonnement impossible: la passerelle qu’empruntent Paulo Roberto Heineck et Juliani Steffer pour relier Travesseiro à Marques de Souza a dû être retirée deux fois, la dernière mardi, en raison d’un fort courant.

    Mobilisation

    Un problème similaire a touché deux autres passerelles importantes, installées côte à côte pour relier les localités d’Arroio do Meio et Lajeado, la plus grande ville de la vallée de Taquari, avec ses 90.000 habitants.

    Des milliers d’automobilistes avaient pris l’habitude de se garer de part et d’autre pour accéder à la commune voisine à pied.

    Mais ces passerelles ont été endommagées le 23 mai par de violentes précipitations. De nouvelles passerelles ont commencé à être installées mercredi, a indiqué l’armée à l’AFP.

    En attendant, les habitants ont dû traverser la rivière à bord de bateaux mis à disposition par les militaires et des bénévoles, transportant seulement 25 personnes par voyage.

    Les passerelles flottantes « sont fondamentales, car Arroio do Meio ne vit pas sans Lajeado et vice versa », juge Marta Rosani da Silva, balayeuse des rues de 41 ans qui attend de faire la traversée avec son enfant.

    Elle espère que les ponts pour les voitures seront bientôt reconstruits. « Avant, on mettait une heure pour se rendre au travail, maintenant cela prend trois heures ».

    Le gouvernement fédéral a promis de financer la reconstruction des ponts, mais les habitants sont mobilisés pour obtenir des fonds complémentaires auprès du secteur privé.

    Pour le pont de Travesseiro, le coût estimé s’élève à 10 millions de réais (environ 1,8 million d’euros). « Les autorités nous ont promis quatre millions, il en manque encore six », calcule Cristina Lammers, 44 ans, entrepreneuse dans l’agro-alimentaire.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Un homme traverse la rivière Forqueta sur une passerelle flottante, à Lajeado, au Brésil, le 21 mai 2024 © AFP Nelson ALMEIDA
  • Les papillons d’Équateur : thermomètres du changement climatique

    Les papillons d’Équateur : thermomètres du changement climatique

    L’odeur fétide de poisson en décomposition emplit le sentier au milieu de la jungle. Dans la réserve de Cuyabeno, en pleine Amazonie équatorienne, une équipe de biologistes et de gardes forestiers a accroché dans les branches des pièges à papillons, ces bijoux ailés remplis d’informations permettant de mesurer les effets dévastateurs du changement climatique.

    À l’intérieur de filets, un verre contenant un appât de poisson ou de banane fermentée entend séduire les individus adultes, dont la vie éphémère permet de comprendre à court terme l’extinction de certaines espèces.

    Depuis août, l’équipe mène un projet de surveillance des papillons avec le soutien de l’ONG Rainforest Partnership, basée aux Etats-Unis.

    La sueur, la longue marche et la pestilence sont récompensées : en une semaine, l’équipe a recueilli 169 papillons, principalement de la famille des nymphalidés. Parmi eux, 97 ont été marqués sur leurs ailes et relâchés. Les autres, appartenant probablement à de nouvelles espèces, seront étudiés.

    Des saisons « mortelles »

    La biologiste Maria Fernanda Checa dirige le projet et étudie depuis dix ans les papillons dans le parc national voisin de Yasuni, une réserve de biosphère où d’importants gisements de pétrole sont en cours d’exploitation.

    Ses travaux ont été étendus en 2023 à la réserve de Cuyabeno, dans la province de Sucumbios, dans le nord-est du pays. Les résultats seront bientôt connus, mais Mme Checa, professeur à la Pontificia universidad catolica del Ecuador (PUCE), s’attend déjà à quelques découvertes.

    Le nombre d’espèces qui tombent dans les pièges a chuté de 10%, et en ce qui concerne la quantité d’individus, « la diminution est également très importante, nous parlons d’environ 50% », observe-t-elle. « C’est quelque chose qui nous inquiète », explique Mme Checa à l’AFP.

    La biologiste Elisa Levy, que l’AFP a accompagnée en expédition, est en charge du suivi des papillons à Cuyabeno, une forêt où les arbres poussent au milieu des lagunes.

    Tout en battant l’air pour faire fuir les moustiques, Mme Levy donne des instructions à des gardes forestiers du ministère de l’Environnement et un étudiant.

    « Ne touchez pas les ailes ! Elles se détachent, et c’est comme les écorcher », prévient-elle à l’intention de son équipe qui retourne dans la forêt tropicale tous les deux mois chasser les précieux lépidoptères.

    Les gardes forestiers Nilo Riofrio (à gauche) et Guido Alulima et la biologiste Elisa Levy inspectent un papillon dans la forêt amazonienne de Cuyabeno, en Équateur, le 28 mars 2024
    © AFP Daniel MUNOZ

    Effet domino

    Les chercheurs tiennent l’abdomen des papillons dans leurs mains, soufflent doucement sur leur torse pour qu’ils rétractent leurs pattes et, à l’aide de pinces, écartent leurs ailes multicolores. C’est une explosion enchanteresse de rouges et de bleus vifs, des marques qui simulent des yeux de prédateurs et des motifs semblables à la fourrure tachetée des jaguars ou aux rayures des zèbres.

    « Par une simple couleur, un petit trait, on peut déjà dire qu’il s’agit d’une autre espèce. C’est passionnant », s’émerveille le garde forestier Nilo Riofrio, capable d’attraper les papillons en plein vol sans les blesser.

    Les papillons sont des « bio-indicateurs », c’est-à-dire qu’ils sont « très sensibles, même à de petits changements dans l’écosystème », en raison de leur cycle de vie qui commence par des œufs, puis des chenilles et enfin une brève vie d’adulte, explique Mme Checa. Les saisons de sécheresse notamment « sont mortelles » pour les insectes.

    Mme Levy explique l’effet domino de la crise climatique sur l’écosystème. « Si la plante hôte (dont se nourrit la chenille) ne s’adapte pas à ces changements climatiques, le papillon ne pourra pas survivre ».

    Un papillon dans la réserve amazonienne de Cuyabeno, en Équateur, le 27 mars 2024
    © AFP Daniel MUNOZ

    « Problème grave »

    En Equateur, il existe environ 4.000 espèces de papillons, un nombre proche de celui des pays voisins, le Pérou et la Colombie, qui sont quatre fois plus grands.

    Dans les zones tropicales, les papillons ne sont pas adaptés aux changements climatiques, comme c’est le cas dans les pays à quatre saisons des régions aux climats plus tempérés.

    « Si le climat se refroidit ou se réchauffe (jusqu’à des températures excessives), ils n’ont pas beaucoup de chances de s’adapter rapidement », prévient Mme Levy.

    Selon un document publié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2023, quelque 35% des espèces d’insectes de la planète sont menacées d’extinction.

    « C’est un problème grave pour nous » en raison des fonctions qu’ils remplissent dans la nature, comme la pollinisation, souligne Mme Checa. Et le plus grave, c’est que dans des endroits très diversifiés comme la réserve de Yasuni, « le taux de découverte d’espèces est plus lent que le taux d’extinction », ajoute-t-elle.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Un papillon dans la forêt amazonienne à l’intérieur de la réserve de Cuyabeno, en Équateur, le 28 mars 2024 © AFP Daniel MUNOZ
  • Antarctique : « Les scientifiques, on ne nous écoute pas »

    Antarctique : « Les scientifiques, on ne nous écoute pas »

    Pour la troisième année consécutive, le niveau des glaces de l’Antarctique a atteint un niveau plus bas, mais les conséquences désastreuses de cette situation « ne semblent pas d’importance pour la population mondiale », se lamente le géologue Miguel Angel de Pablo: « Les scientifiques, on ne nous écoute pas ».

     

    « Les équipes qui étudient les glaciers antarctiques constatent une accélération généralisée de la perte de masse des glaciers (…) ce qui provoque un déséquilibre et les glaciers » perdent leur volume « beaucoup plus rapidement », explique à l’AFP le géologue espagnol sur l’île de Livingston, à près de 1.000 kilomètres des côtes du sud du Chili.

    Professeur à l’université d’Alcala de Madrid, M. de Pablo étudie depuis 16 ans les caractéristiques des sols gelés de l’Antarctique, affectés par la crise climatique provoquée par l’émission massive de gaz à effet de serre.

    « Le problème, c’est qu’il n’est pas facile de se remettre de ces dégradations. Même si aujourd’hui on arrêtait tout, si on changeait notre rythme de vie dans les sociétés occidentales, demain les glaciers ne cesseraient pas de se dégrader, ni les sols gelés d’être perdus, ni les écosystèmes d’être affectés », dit-il, se disant « très inquiet ».

    « Nous avons beau multiplier les avertissements pour sensibiliser la société à ce qui se passe, il me semble que nous les scientifiques on ne nous écoute pas, que nous sommes alarmistes, alors que ce n’est pas la réalité, on dit simplement ce qu’on voit », ajoute le chercheur sur ce complexe insulaire de South Shetland de la péninsule antarctique.

    Au cours des trois derniers mois de février, pendant l’été austral, l’étendue de glace du continent blanc a été inférieure à deux millions de kilomètres carrés, selon le National Snow and Ice Data Centre aux Etats-Unis. Des données chiffrées sans précédent. « Depuis août 2016, la tendance de l’étendue de la mer de glace en Antarctique a fortement diminué presque tous les mois », souligne l’institut.

    « Il y a une accélération générale de la perte de masse des glaciers », affirme M. de Pablo à côté de la base espagnole Juan Carlos I, sur une plage de sable noir entourée de nombreux blocs de glace flottant sur la mer.

    « On trouve des icebergs minces qui sont simplement le résultat de la rupture de la glace qui se forme en hiver, ce qui n’est pas inquiétant et est normal. Le problème, c’est quand on trouve de gros icebergs, car cela indique que la banquise est en train de se briser », dit-il.

    « Penser aux générations suivantes »

    Pour certains scientifiques, la surveillance satellitaire de l’Antarctique n’est pas suffisante pour déterminer avec certitude le lien entre le réchauffement climatique et la fonte des glaces de ce côté du continent, comme c’est le cas dans l’Arctique.

    Mais pour M. de Pablo, la principale raison est bien « le réchauffement climatique ». « Il réchauffe une partie de la glace à la surface (…) et également les océans ». Et si l’eau est plus chaude, les glaciers de l’Antarctique « se réchauffent en dessous et fondent beaucoup plus vite ».

    Selon une étude de l’Agence spatiale européenne publiée en octobre 2023, quelque 40% des glaces flottantes du continent blanc ont vu leur volume diminuer « de manière significative » au cours des 25 dernières années.

    Ce phénomène a des « implications » telles que l’élévation du niveau de la mer, les changements de salinité des océans dus à l’introduction d’eau douce et l’évolution des températures, note M. de Pablo.

    « Nous influençons les courants et la façon dont les océans régulent le climat. Donc, même si nous sommes loin de toute partie habitée de la planète, en réalité, ce qui se passe en Antarctique affecte tout » dans le reste du monde, insiste-t-il.

    Pour lutter contre le réchauffement climatique, les experts recommandent notamment de réduire les combustibles fossiles, de favoriser les énergies renouvelables, de mettre un terme à la déforestation, de recycler et de prendre soin de l’eau.

    « Nous devons nous demander si les rythmes de vie et la manière dont nous vivons au quotidien en valent vraiment la peine, parce qu’au bout du compte, nous allons perdre la planète, il n’y aura pas de deuxième planète, et nous devons penser à notre avenir, à nos descendants et aux générations suivantes », prévient-il.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©L’île Livingston dans les îles Shetland du Sud, en Antarctique, le 26 janvier 2024 © AFP JUAN BARRETO
  • Les montagnes sacrées de Colombie face au changement climatique

    Les montagnes sacrées de Colombie face au changement climatique

    À l’ombre d’un arbre sacré, au cœur de la Sierra Nevada colombienne, des sages du peuple Arhuaco évoquent avec inquiétude l’avenir de la plus haute chaîne de montagnes côtières du monde, dont les sommets sont de moins en moins enneigés.

    Une tige en bois entre les lèvres, ensuite frottée contre une calebasse pour y insuffler leurs pensées, les chefs spirituels de cette communauté indigène, appelés « mamos », constatent le changement climatique sur leur environnement, un vaste territoire montagneux bordé par la mer des Caraïbes.

    Comme « conséquence des activités humaines, il fait chaque année un peu plus chaud », dit l’un d’eux, selon Angel Manuel Izquierdo, un indigène qui rapporte à l’AFP les échanges en langue Iku lors de cette rencontre organisée dans le village de Nabusimake, sur la commune de Pueblo Bello, à quelque 1.900 mètres d’altitude.

    Des 14 glaciers tropicaux qui existaient en Colombie au début du 20e siècle, il n’en reste que six, selon les données officielles. La zone glaciaire de la Sierra Nevada de Santa Marta, qui culmine à 5.775 mètres, est passée de 82 km2 au milieu du 19e siècle à 5,3 km2 en 2022, selon l’institut météorologique colombien.

    Quatre communautés indigènes, Arhuaco, Wiwa, Kogui et Kankuamo, vivent dans ces montagnes de l’extrémité nord de la cordillère des Andes, dont les terres basses recouvertes de forêts tropicales laissent place progressivement à des savanes en altitude, puis des forêts d’épineux.

    « Vivre en paix »

    Les mamos craignent que l’homme « ne disparaisse, par sa propre invention, rien de plus simple. En pensant qu’il est très intelligent », rapporte Angel Manuel Izquierdo.

    « Nous sommes ici pour vivre en paix, en harmonie (avec la terre) », disent les chefs spirituels arhuaco lors de cette rencontre à laquelle participent aussi d’autres communautés indigènes.

    Vêtus de tuniques et chapeaux blancs tissés à la main, les chefs spirituels échangent des feuilles de coca grillées, aux propriétés stimulantes, en se saluant, comme à chaque nouvelle rencontre.

    Chiquées avec de la chaux, elles se transforment en une sorte d’argile utilisée pour « écrire » leurs pensées sur des petits pots en calebasse qui les accompagnent du mariage à la mort.

    « Le réchauffement mondial et la crise climatique sont généralisés. Tous les glaciers perpétuels qui existaient dans la Sierra Nevada sont en train de disparaître », alerte Leonor Zalabata, première personne indigène à représenter la Colombie à l’ONU.

    « Nabusimake était beaucoup plus froid. Avant, il n’y avait pas de café, pas de bananes, pas de manioc. Et maintenant il y en a », souligne Seydin Aty Rosado, une des chefs de ce village de 8.000 habitants.

    En janvier, l’autorité environnementale a enregistré une température record de 40°C dans la ville côtière de Santa Marta, au pied de la Sierra Nevada.

    « Terre mère »

    Lors de cet épisode, la canicule de la mi-journée alternait avec des gelées matinales qui ont ruiné les récoltes. Les indigènes espèrent que ce climat extrême s’apaisera en mars et qu’ils pourront planter haricots, choux et maïs.

    « C’est une réponse à ce que nous, les êtres humains, avons donné à la Terre mère », assure Seydin Aty Rosado, du fil et une aiguille à la main.

    Ces préoccupations sont consignées dans le sac qu’elle tisse : « Ici figure notre passé, notre présent et notre avenir. Quand je tisse, je parle et je pense à mes enfants. Tout est enregistré ici, dans le sac ».

    Les femmes de la communauté tissent ces sacs dès leur plus jeune âge.

    Parmi les inquiétudes des Arhuacos également, la présence dans la région depuis l’année dernière de groupe paramilitaires et bandes criminelles liées au narcotrafic, alors que les pourparlers de paix avec le gouvernement du président Gustavo Petro sont dans l’impasse.

    « Cette crise menace à nouveau. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de reprendre le dialogue », plaide Arukin Torres, chef de la communauté et fils de Leonor Zalabata.

    En raison de sa géographie accidentée et de sa proximité avec la côte, la Sierra Nevada a servi de refuge et de corridor aux trafiquants de drogue depuis les années 1970. Ces deux dernières décennies la région jouissait cependant d’une certaine quiétude.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Des indigènes arhuaco à Nabusimake dans la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, le 10 février 2024 © AFP Raul ARBOLEDA
  • Le déclin des réserves d’eau souterraine n’est pas inévitable

    Le déclin des réserves d’eau souterraine n’est pas inévitable

    Le niveau de la ressource a diminué dans près de 71 % des réserves d’eau souterraine de la planète, selon une étude scientifique publiée dans le journal Nature. Toutefois, les scientifiques de l’université de Santa Barbara en Californie estiment que « à long terme, les pertes en eau souterraine ne sont ni universelles ni inévitables ».

    Ils ont en effet pu aussi constater dans leurs travaux que dans 16 % des cas les quantités d’eau disponibles se sont stabilisées ou ont augmenté. Leur étude porte sur 170 000 puits et 1693 aquifères répartis dans une quarantaine de pays qui correspondent aux trois quarts des prélèvements mondiaux d’eau souterraine.

    Les chercheurs ont également constaté une accélération de la diminution des ressources en eau dans le sous-sol entre les années 1980 et 1990 et le début des années 2000 à nos jours dans de nombreux endroits. Ce qui, dans les régions arides ou touchées par la sécheresse, aggrave le problème de l’accès à l’eau. Les scientifiques notent aussi qu’un bon niveau d’eau dans le sol contribue à la bonne santé des écosystèmes.

    Selon Scott Jasechko cité par ScienceDaily, co-auteur de l’étude et professeur associé en Sciences de la gestion de l’environnement à l’université de Santa Barbara, « l’eau présente dans le sous-sol est souvent perçue comme un compte en banque pour l’eau. Reremplir ainsi intentionnellement les aquifères nous permet de conserver l’eau jusqu’à ce que nous en ayons besoin ».  

    Dans de nombreux cas, les nappes sont remplies grâce aux cours d’eau ou aux eaux de surface en construisant des infrastructures de stockage de l’eau ou d’orientation des flux. Cependant, toujours selon une des auteurs de l’étude, la professeur Debra Perrone de l’Université de Santa Barbara, il est plus efficace de stocker de l’eau dans les aquifères si la géologie locale le permet. D’après une de ses recherches de 2014, pour un dollar investi, il est possible de stocker 6 fois plus d’eau dans les aquifères que dans un réservoir de surface. Debora Perrone rappelle qu’il est tout à fait possible d’agir pour réduire la demande en eau douce en changeant les comportements et par le biais de loi sur l’usage de l’eau.  Son collègue Scott Jasechko livre un des enseignements de leur publication : « cette étude montre que les êtres humains peuvent changer le cours des choses avec des efforts délibérés et concentrés ».

    L’eau souterraine représente 98 % de l’eau douce présente sur Terre sous forme liquide. L’eau douce ne représente que 2,5 % du total de l’eau présente sur Terre, les glaciers, glaces et banquises représentent la grande majorité des volumes d’eau douce de la planète. L’eau effectue un cycle, le volume d’eau présent sur Terre est le même depuis 4 milliards d’années. La répartition, l‘accessibilité et la qualité de l’eau varient néanmoins, ce qui en fait une ressource limitée et fragile.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Lake Mead (lac artificiel créé par le barrage Hoover), états du Nevada et de l’Arizona, Etats Unis (36° 1’15.27″N -114°11’30.21″O)
  • Antarctique : un navire piste les traces du changement climatique

    Antarctique : un navire piste les traces du changement climatique

    Un navire scientifique colombien transportant une quarantaine de chercheurs explore actuellement des zones reculées du continent polaire et prélève notamment des échantillons sous-marins pour faire avancer la compréhension du réchauffement climatique.

    « L’Antarctique est le réfrigérateur de la planète« , explique à l’AFP Pablo Araujo, un chercheur de l’Université centrale d’Equateur qui fait partie des 39 scientifiques à bord de l’ARC Simon Bolivar.

    Progressant au milieu d’immenses blocs de glace, des pingouins et des baleines, ce navire de la marine colombienne est associé à 11 projets colombiens et à 9 autres fondés sur la coopération internationale.

    « Nous voulons voir comment le changement climatique affecte le réfrigérateur du monde et la quantité totale de nutriments » présents ici dans la mer, précise Pablo Araujo.

    A bord du navire, ce scientifique équatorien mène un projet de modélisation des écosystèmes de l’Antarctique fondé sur des techniques d’apprentissage automatique, une branche de l’intelligence artificielle centré sur l’étude d’algorithmes statistiques.

    En croisant ces modélisations avec des images satellites, les chercheurs étudient les dynamiques de flux des gaz à effet de serre sur les écosystèmes en Antarctique.

    Sur le navire, une équipe colombienne plonge, elle, plusieurs bouteilles de prélèvement dans l’océan pour récupérer des échantillons et « procéder ultérieurement à des analyses« , indique Alexis Grattz, de la Direction générale des affaires maritimes colombienne.

    Non loin de là, sur l’Ile Greenwich, où est basée la mission scientifique équatorienne, une station météorologique portable a été installée pour enregistrer les oscillations de pression atmosphérique dans la zone.

    Ces mesures sont prises pour « nous aider à en savoir plus sur les variations des niveaux de la mer en tant qu’indicateur important de l’évolution du changement climatique« , indique Maritza Moreno, chercheure à la Direction générale des affaires maritimes colombienne.

    Une mission turque étudie elle les niveaux de concentration dans le sol d’hydrocarbures aromatiques polycyclique (HAP), constituants naturels du charbon et du pétrole.

    « J’analyserai ces échantillons pour rechercher des polluants organiques persistants et j’étudierai les effets sur des humains ici dans cet environnement« , explique Burak Karacik, professeur à l’Université technique d’Istanbul.

    Article publié aves l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Le navire scientifique ARC Simon Bolivar le 19 janvier 2024 dans les eaux de l’Antarctique © AFP JUAN BARRETO
  • À Las Vegas, la tech présente ses solutions pour le climat

    À Las Vegas, la tech présente ses solutions pour le climat

    Extraction d’eau à partir de l’air ambiant, détection de la pollution aquatique via des mollusques connectés,… Dans les couloirs du salon de l’électronique de Las Vegas, les inventions destinées à lutter contre le réchauffement climatique ont suscité l’engouement.

    Alors que l’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée, les entreprises de la tech ont avancé des pistes de solution lors du rendez-vous du CES, qui s’est clos vendredi.

    L’entreprise Genesis Systems a ainsi présenté le WaterCube, de la taille d’une unité de climatisation, capable d’extraire de l’eau potable à partir de l’air ambiant.

    « Notre objectif premier est de répondre de manière durable à la pénurie mondiale d’eau » potable, explique à l’AFP David Stuckenberg, qui a créé l’entreprise aux côtés de sa femme Shannon.

    Des milliers de milliards de tonnes d’eau se trouvent dans l’air à l’échelle de la planète, dit l’entrepreneur.

    Et en raison du réchauffement climatique, la quantité de vapeur d’eau, qui provient de l’évaporation des étendues d’eau liquide à la surface de la Terre, va encore augmenter dans l’atmosphère.

    Genesis Systems, comme d’autres entreprises dans le secteur, cherche donc à extraire cette eau présente dans l’air, pour proposer aux habitants de zones asséchées un accès à cette précieuse ressource. Pour se l’offrir néanmoins, comptez au moins 19.000 dollars l’appareil.

    « Une fois que le système est branché à votre maison, vous pouvez vous déconnecter du réseau de l’eau de ville », assure David Stuckenberg.

    Sa société, basée en Floride, cherche également à ajouter la décarbonation de l’air – autre fer de lance de la lutte contre le réchauffement climatique – aux fonctions de son appareil, la technique de captage du carbone nécessitant un assèchement de l’air, processus déjà opéré par le WaterCube, pointe le dirigeant.

    Mollusques

    D’autres entreprises, comme la start-up française molluSCAN ont profité du CES pour présenter leurs innovations, destinées elles à protéger l’environnement de futures dégradations.

    Avec ses palourdes et moules reliées à des électrodes, la technologie molluSCAN-eye vise à détecter, via le comportement des mollusques, la pollution aquatique de manière plus simple et rapide que l’analyse d’échantillons d’eau.

    Ces mollusques connectés sont déjà déployés dans divers endroits du monde, du pôle Nord à Tahiti, et leur analyse de la qualité de l’eau est partagée avec des entreprises ou des autorités, explique à l’AFP le co-fondateur de molluSCAN, Ludovic Quinault.

    Toujours dans le domaine de la pollution aquatique, l’entreprise Matter, qui compte parmi ses investisseurs les stars hollywoodiennes Leonardo DiCaprio et Ashton Kutcher, a présenté une technologie de filtrage permettant de capturer les microplastiques rejetés par les machines à laver dans les eaux usées.

    Dans les allées du CES, d’autres entreprises vantaient elles le recours à des matériaux recyclé ou durables pour lutter contre le réchauffement climatique, mettant en avant des appareils à faible consommation d’énergie ou encore des batteries plus efficaces.

    L’équipementier automobile français Forvia a ainsi expliqué comment il utilisait le chanvre, le bois ou encore l’ananas dans ses créations.

    La start-up américaine Ambient Photonics, a elle fait la démonstration d’un panneau solaire d’intérieur, capable de générer de l’énergie à partir de l’éclairage intérieur, et d’ainsi, assure-t-elle éliminer l’utilisation de batteries dans de nombreux appareils électroniques.

    « Les appareils électroniques connectés ont besoin d’une alimentation continue, qui provient trop souvent de batteries jetables ou rechargeables », explique Bates Marshall, directeur général de Photonics.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Le système MolluScan Eye, qui vise à détecter la pollution marine, présenté au salon du CES à Las Vegas, le 9 janvier 2024 © AFP Brendan Smialowski.