Un trou béant de 20 mètres de profondeur éventre le coeur de Berlin. D’ici deux ans, ce chantier titanesque donnera naissance au plus grand réservoir de la capitale allemande, capable de recueillir des eaux devenues précieuses.
« Avant, l’objectif était d’évacuer les eaux de pluie pour traverser la ville sans bottes de caoutchouc », plaisante le porte-parole de la gestion des eaux de Berlin, Stephan Natz, casque de chantier vissé sur la tête au bord du cratère de béton.
Mais la métropole a changé de cap et oeuvre désormais à stocker l’eau de pluie là où elle tombe pour limiter les inondations et lutter contre la sécheresse.
C’est le concept de la « ville-éponge », théorisé dès les années 1970 et adopté en 2018 par Berlin.
Aux Etats-Unis, en Chine, en Europe, de nombreuses centres urbains se sont convertis à cette démarche qui propose d’absorber, collecter, drainer et ré-utiliser les eaux de ruissellement.
Le changement climatique entraîne « une répartition plus discontinue des pluies, c’est-à-dire des sécheresses auxquelles succèdent de fortes pluies, et un réchauffement toujours croissant, qui augmente l’évaporation », explique M. Natz.
Cinq piscines olympiques
Symbole de la transformation en cours : la réserve d’eau géante en construction dans le centre de la capitale, à moins de deux kilomètres de l’emblématique Porte de Brandebourg.
Le bassin de 40 mètres de diamètre recueillera près de 17.000 m3 d’eau –cinq fois la capacité d’une piscine olympique– la stockera puis l’enverra en station d’épuration.
Car avec un système d’égouts vieux de 150 ans et des intempéries plus extrêmes que dans le passé, la ville n’est plus capable de gérer à la fois les eaux usées et les eaux de pluie: « en cas de fortes pluies, les eaux se mélangent et débordent jusque dans le fleuve de la Spree, provoquant la mort des poissons et une pollution visuelle », explique Stephan Natz.
Dans le même temps, Berlin, pourtant construite sur d’anciens marais, fait face à un sévère manque d’eau depuis plusieurs années.
Après cinq ans de sécheresse, les nappes phréatiques n’ont toujours pas retrouvé leur niveau normal, selon des données de l’Institut Leibniz pour l’écologie des eaux douces et la pêche.
« Il y a eu une lente prise de conscience de la valeur de l’eau à Berlin. C’est l’un des endroits les plus secs d’Allemagne », souligne Darla Nickel, la directrice de l’Agence de gestion des eaux de pluie de la capitale allemande, créée pour accompagner la transformation de la ville en éponge.
Chaque nouveau projet immobilier est désormais tenu d’appliquer cette stratégie en développant des techniques de récolte des eaux de pluie.
Sorti de terre il y a environ 5 ans, le Quartier 52 degrés Nord, dans le sud-ouest de la ville, applique avec soin les nouveaux préceptes.
Autour de trois grands bassins en enfilade où le vent souffle dans les roseaux, jeunes parents avec poussettes, enfants et personnes âgées se côtoient joyeusement.
« Tout simple ! »
L’eau de pluie « est collectée sur les toits végétalisés et dans ces bassins. L’eau s’évapore, créant ainsi un air plus agréable », explique Darla Nickel. Les trottoirs végétalisés sont également inclinés pour que l’eau s’infiltre plus facilement dans les sols.
« Vous voyez ça peut être vraiment tout simple! » s’exclame Mme Nickel.
Mais l’enjeu est aussi de multiplier ce type de mesures en coeur de ville — même si Berlin est deux fois moins dense que Paris.
« Nous avons progressé beaucoup plus lentement avec le bâtiment existant qu’avec les nouvelles constructions », concède Darla Nickel.
Dans un quartier historique de Berlin, une place est par exemple en cours de rénovation pour collecter l’eau de pluie et l’injecter dans les nappes phréatiques.
L’agence de gestion des eaux de pluie accompagne plus d’une trentaine de projets en lien avec la « ville-éponge ».
La municipalité incite aussi les particuliers à installer des récupérateurs d’eau ou un toit végétal en les exemptant de redevance pour la gestion et l’épuration des eaux de pluie.
Les responsables locaux sont néanmoins conscients qu’il faudra plusieurs générations avant que Berlin ne devienne vraiment une « éponge ». « Reste à savoir si le changement climatique nous en laissera le temps », observe Stephan Natz.
Les anglophones aiment appeler cette eau de la « toilet-to-tap water ». Mot à mot : de l’eau passant de la cuvette de vos toilettes à votre robinet. Une expression peu engageante, qui passe sous silence les nombreux procédés chimiques, physiques et biologiques permettant de recycler des eaux usées en eau potable d’excellente qualité.
Si cette idée peut encore faire grimacer beaucoup, elle devient pourtant une piste sérieuse de réflexion pour de plus en plus de pays ou de municipalités à travers le globe qui s’inquiètent, à raison, de l’amenuisement des ressources en eau douce. La mégapole de Bangalore, en Inde, planche ainsi sur un tel recyclage des eaux usées, tout comme Los Angeles.
Aux États-Unis, les villes texanes de Big Springs et Wichita Falls pratiquent déjà cette technique appelée la direct potable reuse (en français, réutilisation pour la potabilisation directe), tout comme la ville de Beaufort en Afrique du Sud, depuis 2011.
La Namibie potabilise les eaux usées depuis 1968
Mais en la matière, et cela reste fort peu connu, c’est un autre pays encore qui reste le pionnier incontesté : la Namibie. À la 139e place du classement des pays par niveau de développement, on pourrait s’étonner que cet état d’Afrique Australe soit autant à l’avant-garde, mais lorsqu’on se penche sur la quasi-absence de ressource en eau de sa capitale, Windhoek, il devient tout de suite moins surprenant que cette municipalité ait cherché à innover.
Au milieu d’une plaine aride, à plus de 200 km du littoral, Windhoek (près de 500 000 habitants) ne peut ni récolter la rare eau de pluie, à cause d’une évaporation quasi immédiate sous ses latitudes désertiques, ni piocher dans les rivières ou les nappes phréatiques de ses alentours, qui se rechargent très peu quand elles ne sont pas asséchées.
En 1968, la ville, alors sous domination sud-africaine, voyait de surcroît sa population grandir à un rythme impressionnant, quand elle a commencé à recycler ses eaux usées pour les transformer en eau potable. Cinquante-cinq ans plus tard, c’est 30 % des eaux usées qui sont ainsi recyclées en eau potable en moins de dix heures. Le reste de l’eau potable domestique provient de barrages et forages réalisés dans d’autres régions du pays.
Des eaux usées potabilisées en 10 étapes
Afin de permettre le recyclage des eaux usées en eau potable, Windhoek a mis en place une séquence de procédés inédits qui compte aujourd’hui 10 étapes. Il comprend des processus physico-chimiques, comme la coagulation et la floculation (ajout d’un produit coagulant permettant de créer des flocs, c’est-à-dire des regroupements de matière en suspension qui vont ensuite chuter grâce à leur poids et être éliminés dans les boues.), mais aussi des processus chimiques comme l’ozonation.
Au contact de l’ozone, l’eau subit alors un processus d’oxydation qui permet de dégrader de nombreux micropolluants (pesticides, résidus de médicaments… ) et d’inactiver bactéries, virus et parasites.
Adviennent ensuite d’ultimes étapes de filtration biologique sur charbon actif en grain et de filtration physique (filtration sur charbon actif et ultrafiltration membranaire) permettant d’éliminer les restes de pollution soluble. Avant d’être envoyée dans le réseau, l’eau subit enfin des contrôles de qualité et une chloration, assurant un effet désinfectant qui dure dans le temps afin que la qualité de l’eau obtenue ne se détériore pas durant la distribution.
Ces dernières années, l’usine de traitement des eaux usées de Windhoek a pu accueillir des visiteurs intrigués et intéressés venant d’Australie, d’Allemagne, des Émirats arabes unis… Et pour cause, les techniques développées en Namibie demeurent intéressantes à plus d’un titre.
Une solution moins coûteuse que le dessalement
Pour les pays en quête de nouvelles sources d’eau potable, le recyclage des eaux usées reste moins énergivore et plus respectueux de l’environnement que le dessalement de l’eau de mer, technique pourtant plus répandue à travers le monde. Là où la potabilisation des eaux usées consomme entre 1 et 1,5 kWh par m3, le dessalement nécessite entre 3 et 4 kWh par m3. De plus, cette dernière technique produit d’encombrants déchets : des concentrats de sels et de polluants souvent rejetés directement dans les mers et océans où les écosystèmes s’en trouvent alors perturbés.
Malgré tous ces avantages, et les résultats probants du cas namibien, la potabilisation des eaux usées est encore balbutiante à l’échelle du globe car son application implique de surmonter diverses barrières. D’abord celle du coût de son installation. Actuellement, seuls des pays développés ont pu financer de tels projets, soit sur leur sol (aux États-Unis, à Singapour…) ou bien à l’étranger, avec par exemple, derrière la modernisation de l’usine namibienne, un partenariat public-privé avec le français Véolia, de l’australo-indien Wabag et la ville de Berlin.
Des freins financiers, législatifs et psychologiques
Ensuite, car les législations des différents pays demeurent fort contraignantes. Ainsi, en Europe une telle usine ne serait actuellement pas autorisée, et le seul projet en cours de potabilisation d’eaux usées traitées, celui du Programme Jourdain, en Vendée, rejettera l’eau dans une retenue utilisée comme réserve pour la production d’eau potable et non directement dans le circuit de distribution d’eau : c’est la potabilisation indirecte.
Et même quand les fonds et les lois sont là pour permettre l’utilisation directe d’eau potable issue d’eaux usées traitées, une ultime barrière demeure, et non des moindres : rendre acceptable auprès d’une population le fait de boire d’anciennes eaux usées traitées, et surmonter pour cela ce qui est appelé « l’effet beurk ». En 2000, une usine de potabilisation des eaux usées d’un quartier de Los Angeles, dont la construction avait coûté 55 millions de dollars a ainsi dû fermer quelques jours après son ouverture, car « ne jamais faire boire l’eau des chiottes » était devenue une promesse électorale du politicien briguant le siège de maire.
En Namibie, un tel problème ne s’est pas posé lors de l’introduction de la potabilisation des eaux usées car les habitants de Windhoek, alors sous régime d’Apartheid, ont été mis devant le fait accompli trois mois après la mise en fonctionnement de la première usine. Dans un article du Sunday Tribune de novembre 1968, le journaliste couvrant l’annonce de ce nouveau recyclage des eaux usées rapporte toutefois que le maire de Windhoek de l’époque, dans un test à l’aveugle, a préféré le goût de l’eau usée traitée, à celle de l’eau provenant de sources conventionnelles.
L’exemple de Singapour
Mais ne pas informer la population en amont reste une solution radicale peu recommandable, car le travail de sensibilisation de la population à la rareté des ressources en eau et à la nécessité d’alternatives plus durables reste la meilleure façon de lancer un tel projet. C’est ce qui a permis la réussite du projet de Singapour, qui a misé énormément sur la communication autour du projet de potabilisation des eaux usées traitées, en organisant par exemple des visites de l’usine de traitement, ou en montrant le premier ministre de l’époque boire sereinement un verre de cette nouvelle eau usée recyclée.
Ainsi l’effet beurk s’est transformé en fierté nationale. Fierté de maîtriser une technologie de pointe et fierté de gagner plus d’indépendance vis-à-vis de la Malaisie voisine qui demeurait son principal fournisseur d’eau potable et avec qui les relations diplomatiques pouvaient être tendues.
Attention à « l’effet rebond »
Mais pour tâcher d’être autonome sur le plan de ses ressources en eau, Singapour n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier, et a également parié sur le dessalement de l’eau de mer, la récolte des eaux de pluie et la réduction des consommations d’eau de ses habitants (passée de 165 L par jour et par habitant en 2000 à 141 L en 2018).
Pour tous les partisans d’une meilleure utilisation des ressources en eau, cette sobriété est capitale, en amont comme en parallèle du développement de projets de potabilisation des eaux usées, afin de lutter contre ce qui est désormais connu comme « l’effet rebond ». Cette expression décrit l’utilisation décomplexée et croissante des ressources en eau suite à la mise en place de techniques de dessalement ou de réutilisation des eaux usées traitées. Ces nouvelles ressources en eau ne doivent en effet être considérées que comme un moyen de subvenir à des besoins et usages déjà existants et primordiaux, souvent en substitution d’eau potable, et non comme un appel à en créer de nouveau.
Afin de maximiser les ressources à notre disposition, les usines de recyclage des eaux usées du futur devront également valoriser les déchets produits par les procédés de traitement des eaux usées, en transformant par exemple le phosphore et l’azote en nutriments utiles à l’agriculture, ou encore en produisant de l’énergie par méthanisation avec comme intrants les déchets collectés lors du traitement.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’un projet associant The Conversation France et l’AFP audio. Il a bénéficié de l’appui financier du Centre européen de journalisme, dans le cadre du programme « Solutions Journalism Accelerator » soutenu par la Fondation Bill et Melinda Gates. L’AFP et The Conversation France ont conservé leur indépendance éditoriale à chaque étape du projet.
Le compromis a été arraché au forceps: l’administration Biden a annoncé lundi un accord « historique » avec sept Etats de l’Ouest américain pour réduire leur consommation d’eau puisée dans le fleuve Colorado, menacé par plus de vingt ans d’une sécheresse aggravée par le réchauffement climatique.
Ce plan, annoncé après un an de négociations tendues, offre un sursis à ce cours d’eau majeur, qui prend sa source dans le massif des Rocheuses pour se jeter dans la mer de Cortez au Mexique.
Le fleuve approvisionne environ 40 millions de personnes en eau et irrigue des millions d’hectares de terres arables pour nourrir l’Amérique. Mais ces dernières années, son débit avait chuté d’environ un tiers: son niveau était tellement bas que l’Ouest américain risquait la catastrophe.
L’accord prévoit d’économiser 3,7 milliards de mètres cubes d’eau d’ici 2026, selon le communiqué du ministère de l’Intérieur. A cette date, de nouvelles réductions seront nécessaires.
Ces coupes seront réalisées par trois Etats: la Californie, le Nevada et l’Arizona, qui ont accepté de réduire leur consommation d’eau en provenance du fleuve de 13%.
Les trois-quarts de ce volume seront compensés par le gouvernement fédéral, qui va payer 1,2 milliard de dollars pour que les agriculteurs et villes sur place consomment moins, selon les médias américains. Le quart du volume restant devra être réalisé sans compensation par les trois Etats.
L’accord « marque une étape importante dans nos efforts pour protéger la stabilité du système du fleuve Colorado face au changement climatique et à des conditions de sécheresse historiques », a salué le président Joe Biden dans un communiqué.
Modèle en crise
« L’ouest des Etats-Unis entier est en première ligne face au changement climatique — nous devons travailler ensemble pour affronter cette crise », a abondé le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, dans un communiqué séparé.
Ce ton consensuel masque les crispations bien réelles autour du fleuve. Le partage des eaux du Colorado est réglé par un traité datant de 1922, historiquement biaisé: la surconsommation était inévitable, à cause de l’estimation erronée du débit moyen du fleuve retenue comme base.
Ce document a établi une loi de la rivière, basée sur la règle du « premier arrivé, premier servi ». Les agriculteurs de Californie peuvent ainsi tirer plus d’eau du fleuve que l’Arizona et le Nevada réunis.
Les insuffisances de ce modèle sont apparues au grand jour l’an dernier. Après vingt ans de sécheresse dans la région, les deux plus grands réservoirs de l’Ouest américain, le lac Powell et le lac Mead, ont atteint des niveaux bas historiques.
La situation était tellement critique que les autorités ont craint que leur niveau d’eau passe en-dessous des turbines hydroélectriques des barrages attenants, ce qui aurait interrompu la production d’électricité et empêché le fleuve de couler en aval.
Face à cette crise, le gouvernement fédéral a d’abord demandé aux sept Etats riverains du cours d’eau – le Wyoming, l’Utah, le Colorado, le Nouveau-Mexique, la Californie, le Nevada et l’Arizona – de s’accorder pour réduire jusqu’à un quart de leur consommation.
Tensions entre Etats
Mais les négociations se sont enlisées et les échéances fixées pour trouver un compromis ont été plusieurs fois repoussées. Les pourparlers ont tourné à l’affrontement entre la Californie, la plus avantagée par le système, et les six autres Etats qui lui demandaient de faire la majorité des efforts.
Devant cette impasse, Washington a menacé en avril de trancher dans le vif: l’administration Biden a publiquement envisagé d’imposer des coupes obligatoires, imposées de manière uniforme à la Californie, au Nevada et à l’Arizona.
Cette proposition aurait complètement chamboulé la loi de la rivière, en vigueur depuis un siècle, et aurait probablement provoqué une longue bataille judiciaire.
L’accord trouvé lundi constitue donc un compromis permettant d’agir le plus vite possible.
L’hiver exceptionnellement pluvieux connu par la région a contribué à apaiser les tensions: les coupes annoncées sont finalement moins ambitieuses que prévu, car le débit du fleuve a augmenté. Mais les scientifiques avertissent déjà que ce répit ne pourrait être que de courte durée.
« Nous avons maintenant une voie pour faire remonter le niveau de nos réservoirs à court terme », a salué la gouverneure d’Arizona, Katie Hobbs. Avant d’insister: « notre travail doit continuer pour prendre des mesures et nous attaquer au problème de long terme qu’est le changement climatique. »
Emmanuel Macron a annoncé jeudi un « plan de sobriété » sur l’eau pour tous les secteurs économiques mais aussi pour les particuliers qui pourraient payer plus cher s’ils en consomment trop, lors d’un déplacement dans les Hautes-Alpes où il a estimé que la crise des retraites ne signifie pas que « tout doit s’arrêter ».
Le président a également annoncé la mise en place d’un objectif de 10% de réutilisation des eaux usées d’ici 2030, alors que la France est très en retard sur ce sujet. Redoutant « des situations de grand stress l’été prochain » sur cette ressource menacée par le réchauffement climatique, il a souhaité la réutilisation de « 300 millions de mètres cubes, soit 3 piscines olympiques par commune (…) ou 3.500 bouteilles d’eau par Français et par an ».
Quelques jours après la violente manifestation contre la mégabassine de Saint-Soline (Deux-Sèvres), il a validé leur utilité, tout en disant vouloir mieux en « répartir les usages » et conditionner leur utilisation à des pratiques d’économies d’eau et de pesticides.
Attendu au lac de Serre-Ponçon par quelque 200 manifestants contre la réforme des retraites, qui scandaient « Macron démission » encadrés par la CGT et la Confédération paysanne, Emmanuel Macron a estimé que cette contestation « ne (l’)empêche pas d’aller à la rencontre des Français ».
« Il détourne l’attention, il sait très bien le faire, des vrais sujets », regrette Julie, une manifestante de 40 ans venue de la commune voisine de Guillestre.
Deux manifestants ont été interpellés avant l’arrivée du chef de l’État.
Emmanuel Macron ne s’était quasiment pas déplacé hors de la région parisienne depuis la présentation en janvier de la réforme des retraites, à l’exception d’une brève visite en Charente fin février consacrée à la lutte contre le papillomavirus.
Responsabilisation de chacun
« Un plan de sobriété sur l’eau » sera demandé « à chaque secteur » d’ »ici à l’été », a prévenu Emmanuel Macron appelant à la responsabilisation de chacun et pas seulement de l’agriculture, première consommatrice d’eau via l’irrigation (plus de 2 milliards de m3), pratiquée seulement sur 7% des surfaces cultivées mais le plus souvent en été, quand la ressource est rare.
« C’est encore nous qui allons devoir être +responsabilisés+ pour faire des économies d’eau au profit de l’agro-business », a regretté l’eurodéputé écologiste David Cormand.
Après une canicule et une sécheresse historiques à l’été 2022, l’hiver en France a été particulièrement sec avec un record de 32 jours sans pluie, ce qui n’a pas permis de reconstituer les nappes phréatiques.
Le président a cité « l’énergie, l’industrie, le tourisme, les loisirs » mais les particuliers seront également priés de limiter leur consommation, à l’aide d’un « EcoWatt de l’eau » sur le modèle de l’instrument mis en place pour réduire la consommation d’électricité.
Ils y seront encouragés par la généralisation en France d’une « tarification progressive et responsable » de l’eau. Les « premiers mètres cubes » seront « facturés à un prix modeste, proche du prix coûtant », mais « au-delà d’un certain niveau, le prix du mètre cube sera plus élevé ».
Dans un autre secteur très consommateur, le président a annoncé un programme d’investissements pour adapter les centrales nucléaires, troisièmes consommatrices d’eau en France (12%), pour leurs systèmes de refroidissement.
Dans le décor du plus grand réservoir d’eau douce d’Europe de l’Ouest, Emmanuel Macron a défendu la mise en place de bassines, qui pompent pendant l’hiver l’eau des nappes phréatiques afin que les agriculteurs puissent arroser leurs cultures l’été.
« Il ne s’agit pas de privatiser l’eau ou de permettre à certains de se l’accaparer », a-t-il déclaré. Mais il a demandé que les futurs ouvrages soient conditionnés à des « changements de pratiques significatifs », à commencer par des économies d’eau et une réduction de l’usage des pesticides par les agriculteurs.
Ces grands réservoirs à ciel ouvert braquent des écologistes et une partie du monde agricole, qui dénoncent un « accaparement » d’un « bien commun ».
Samedi, la manifestation contre une de ces bassines à Sainte-Soline a donné lieu à des affrontements d’une extrême violence entre militants et forces de l’ordre. Des milliers de gens étaient « simplement venus faire la guerre », a commenté M. Macron jeudi.
Cette stratégie de gestion de l’eau devait initialement être présentée par la Première ministre Élisabeth Borne.
Mais le président, qui a fait de l’écologie, l’école et la santé ses prochaines priorités pour tenter de sortir de la crise des retraites, lui a finalement volé la vedette.
Les experts climat anticipent une diminution de 10% à 40% de la ressource en eau en France, dans les prochaines décennies.
Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici.
Du haut de ses 37 ans, Nicolas Bandassi est un maraîcher touche-à-tout, passionné par la terre et la nature. Son parcours l’a amené à réhabiliter dans son quotidien, cette invention génialement écologique des frères Montgolfier, passée aux oubliettes : le bélier hydraulique. Interview.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelles Nicolas, j’ai 37 ans, j’ai toujours vécu dans un village du sud grenoblois, à Saint Paul de Varces dans le PNR du vercors. Une petite vallée dans laquelle coule un joli ruisseau, où j’ai passé beaucoup de temps dans mon enfance. Mes grands parents agriculteurs et ouvriers et mes parents ouvriers m’ont offert une enfance de rêve… bercés entre récits de campagne, vacances à la mer l’été, et travaux ruraux l’hiver. Aussi loin que je me souvienne, le désir de vivre des expériences en lien avec la terre, a toujours été présent. Plus grand et enfin débarrassé de l’école, j’ai partagé ma vie entre voyages, travaux sur les chantiers de charpente métallique et développement d’une micro-activité agricole. D’abord autour de la trufficulture puis de l’apiculture et enfin du maraîchage.
Toi qui utilise le bélier hydraulique tous les jours, peux-tu nous en dire quelques mots ?
L’eau était un thème fréquent à la maison et petit déjà, elle me fascinait. Pas comme un nageur mais plutôt comme un observateur, fasciné par sa puissance. Alors, plus tard quand il a fallu imaginer comment amener l’eau de ce petit ruisseau jusqu’en haut de mon grand jardin où il n’y a pas l’eau courante, je me suis rappelé ce petit schéma perdu au milieu d’un bouquin épais comme le poing.
Ce schéma sans le savoir, a changé ma vie au jardin et même un peu plus, c’était celui d’un bélier hydraulique.
Mais l’article qui accompagnait le dessin était si succinct, qu’il a fallu se lancer dans des recherches assez conséquentes pour vraiment comprendre si et comment cela pouvait m’aider.
Le bélier hydraulique est une machine tout droit sortie du XVIIIème siècle. Issue d’une invention de John Whitehurst en 1772, le bélier voit le jour par la main de Joseph Montgolfier en 1792.
À gauche, un bélier de la vieille époque de la marque Ledoux. À droite, la fabrication artisanale du bélier de Nicolas Bandassi.
Montgolfier utilise en effet dans son invention le coup de bélier ( le fameux « dong » que l’on entend parfois en fermant le robinet trop vite).
En quelques mots, le bélier ne peut fonctionner que grâce à l’énergie potentielle d’un cours d’eau ou d’une source.
Il est en revanche inopérant sur une masse d’eau stagnante. L’eau est acheminée par gravité dans un tuyau vers le bélier en contre bas. On peut, pour simplifier un peu, dire que l’eau en accélérant dans la conduite, pousse un clapet et le referme brutalement (le coup de bélier).
L’énergie de ce coup de bélier est alors dirigée via une chambre remplie à moitié d’air et d’eau et pousse une petite fraction de l’eau qui le traverse vers un point plus élevé que la source initiale.
Pour faire encore plus simple ; 90 % de l’énergie de l’eau qui traverse un bélier est transférée au 10 % restant, qui peuvent donc s’élever beaucoup plus haut.
Résultat : pas d’électricité, pas d’essence, une seule pièce d’usure et tout un tas d’autres avantages qui lui ont valu de disparaître à partir du début des années 50, au profit des pompes bruyantes et polluantes mais ô combien plus en phase avec l’aire industrielle.
Aujourd’hui cette invention n’a jamais été autant d’actualité et pourtant, elle peine encore à séduire…
Jugée trop confidentielle par les uns ou trop difficile à mettre en place, elle pâlit également d’un marché économique peu porteur.
À l’heure des profits à outrance, une machine d’une telle fiabilité et si simple à entretenir, ne pourrait dégager de substantiels bénéfices. Il faut bien comprendre que le bélier hydraulique ne pollue pas, est facile d’entretien, et peut-être fabriqué par tous, avec peu de compétences.
Quel coût cela représente t-il ?
Il est relativement simple de fabriquer son bélier tout seul car un tas de tutos internet expliquent ça très bien.
Que ce soit avec du petit matériel de plomberie en laiton ou même en pvc et quelques outils, tout le monde peut se lancer dans la fabrication de son bélier.
Évidemment, la fiabilité peut ne pas être au rendez-vous si les conditions de fonctionnement ne sont pas respectées. Le coût peut être très variable selon les installations, mais on peut dire qu’avec du matériel de récup’, un bélier revient à quelques dizaines d’euros pour un petit modèle. Le prix peut monter en fonction de l’installation et du site, bien entendu. Quoi qu’il en soit, il suffit d’un cours d’eau et d’une pente, même légère, et le tour est joué.
Quelles applications pourrait-on imaginer dans certains pays où l’accès à l’eau est difficile ?
Je n’ai pas une expérience significative en la matière, néanmoins, il me paraît probable d’imaginer la pertinence et le succès d’une telle machine dans les pays où l’eau est difficilement accessible..
De nombreux atouts, parmi lesquels sa fiabilité et ses faibles coût de fabrication et d’utilisation. En remplaçant les motopompes ou en équipant des sites avec des béliers hydrauliques (quand cela est possible), on pourrait affranchir les populations du coût de l’essence et des pannes mécaniques.
On pourrait aussi dégager du temps aux habitants et aux habitantes qui, je n’en doute pas, portent aussi l’eau par leurs propres moyens ou à dos d’animaux.
Mais pas seulement.
En voyage, j’ai souvent pu constater que les femmes sont souvent la clé du problème.
Je ne dis pas ça en rapport avec le débat actuel mais parce que j’en suis convaincu.
Perdu au fin fond du Kirghizistan, si quelqu’un est capable de vous parler en anglais, qu’elle ouvre un peu son quotidien, qu’elle vous montre qu’elle gère la maison mais aussi les enfants et qu’en plus, elle monte une association pour favoriser un petit business local pour financer les cahiers et les stylos des gosses… alors il y a 100% de chance pour que ce soit une femme.
Pour faire le lien avec la transmission et la formation, on pourrait mettre en parallèle ces femmes avec l’eau, d’abord puisqu’elles sont toutes les deux symboles de vie mais aussi, car j’ai l’image d’Épinal en tête, de ces femmes qui vont chercher l’eau et qui en sont responsables.
Si grâce au bélier, l’eau arrivait enfin jusqu’aux populations et puisqu’on en parle, aux femmes, on peut imaginer que ce gain de temps leur permettrait de développer d’autres activités que de charrier de l’eau. L’autonomie, c’est la liberté.
De plus, si le climat socio-culturel s’orientait davantage vers la formation des femmes, la parité s’équilibrerait. Solidaires, courageuses et fertiles, les femmes ont déjà tout pour être les gardiennes de l’eau.
Régénérer les océans d’ici à 2050, c’est possible. C’est la conclusion d’une étude scientifique d’envergure internationale.
Régénérer les océans en 30 ans, c’est possible!
C’est la conclusion d’une étude scientifique menée par 16 universités dans 10 pays différents, récemment publiée dans la revue « Nature ». Décryptage.
« Il est possible de reconstruire une grande part de la vie marine d’ici à 2050, même si c’est un important défi. Mais il est réalisable, à la fois pour la science et pour la société », affirme le chercher Carlos M. Duarte, auteur principal de l’étude « Régénérer la vie marine », publiée dans Nature le 1er avril 2020. Cette recherche a été menée par 16 universités dans 10 pays différents.
« Si vous cessez de tuer la vie marine et que vous la protégez, elle reviendra »
Premier constat des chercheurs : l’incroyable résilience de la vie marine. Grâce à une meilleure protection des écosystèmes en effet, le nombre d’espèces marines menacées d’extinction est passé de 18 % en 2000 à 11 % en 2019. Certaines espèces protégées ont même vu leur population largement augmenter.
De plus, les baleines à bosses, qui étaient seulement quelques centaines en 1970, sont plus de 40.000 aujourd’hui. « L’un des principaux messages de l’étude, c’est que si vous cessez de tuer la vie marine et que vous la protégez, elle reviendra », résume le chercheur Callum Roberts, qui a participé à l’étude.
« Nous avons malheureusement perdu environ 20 espèces marines »
L’étude conclut ainsi que la vie marine peut se remettre des nombreuses pressions : surexploitation des stocks de poissons, pollution plastique, réchauffement climatique… « Nous n’avons pas encore atteint le point critique au-delà duquel le rétablissement est sans espoir. Nous avons malheureusement perdu environ 20 espèces marines. Mais c’est très peu comparé aux milliers d’extinctions que nous avons subies sur terre », assure Callum Roberts.
Réguler la pêche internationale et réduire la pollution
Pour régénérer la vie marine d’ici à 2050, des actions immédiates sont nécessaires. Entre autres: réguler la pêche internationale, réduire la pollution plastique et chimique, protéger les habitats côtiers qui absorbent du carbone… « Toutes ces mesures doivent être prises simultanément. Surtout, si nous ne prenons pas des mesures rapides et ambitieuses pour atténuer le changement climatique, les promesses que nous ferons à travers les autres mesures seront inutiles », prévient Callum Roberts.
Le coût de ces mesures est estimé à plus de 10 milliards de dollars par an. Toutefois, pour les scientifiques, les bénéfices économiques, humains et environnementaux seront bien supérieurs. « Pour l’humanité, relever le défi de la régénération substantielle de la vie marine serait une étape historique dans sa quête d’un avenir global durable », conclut Carlos M. Duarte.
Article source publié sur la chaine youtube de Brut.
Face à une pénurie d’eau mondiale, la réutilisation des eaux usées, aussi appelée « reuse » (issue de l’expression wastewater reuse en anglais) est une voie d’avenir. Une fois traitées, les eaux usées peuvent en effet être destinées à différents usages: l’irrigation des espaces verts ou des cultures, la lutte contre les incendies, le lavage des voiries ou encore la recharge des nappes phréatiques.
Certains pays ou États –comme l’Australie, la Californie, Chypre, l’Espagne, la Floride, Israël, la Jordanie, Malte ou Singapour– ont pour objectif de satisfaire de 10 à 60 % de leurs besoins en eau par la réutilisation des eaux usées épurées.
L’omniprésence des eaux usées permet d’envisager leur traitement sur l’ensemble des territoires à l’inverse du dessalement, autre solution pour pallier le manque en eau, cantonné aux zones côtières et qui se révèle très énergivore.
La France à la traîne
En France, la « reuse » reste peu développée. En cause: un manque de sensibilisation du public et une réglementation très stricte. Au sein de l’Union européenne, la directive du 21 mai 1991 précise que « les eaux usées seront réutilisées lorsque cela se révèle approprié ». Les pays européens ont donc chacun leur réglementation sur la réutilisation des eaux usées.
La France a ainsi défini des qualités requises pour la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation de cultures ou d’espaces verts. Les professionnels du secteur militent pour un assouplissement de la loi qui encadre trop strictement la réutilisation d’eaux usées, avant tout pour des raisons sanitaires. La Commission européenne s’est récemment emparée de ce dossier et a émis en 2018 une proposition de réglementation dédiée à l’irrigation agricole avec pour objectif de faciliter la réutilisation de l’eau usée épurée.
Selon le contexte réglementaire local, la réutilisation des eaux usées connaît donc un développement inégal à l’échelle mondiale.
Certains pays développés soumis à une sécheresse intense se sont tournés depuis quelques dizaines d’années vers la réutilisation des eaux usées : le sud des États-Unis (Californie, Floride, Texas, Arizona, par exemple), l’Australie, Singapour, Israël et les pays du golfe persique. L’État de Californie, pionnier en matière de réutilisation des eaux usées, a instauré au début du vingtième siècle la première réglementation en ce sens. Depuis, cette réglementation a évolué avec des traitements toujours plus poussés pour garantir une eau de très bonne qualité dont de nombreux pays se sont inspirés.
En Europe, les besoins en eaux différents entre Nord et Sud: les pratiques de réutilisation des eaux usées sont ainsi plus répandues dans les pays du Sud. Dans certains cas cependant, comme en Grèce et en Italie, une réglementation trop stricte freine cet usage, car elle entraîne des coûts trop élevés pour le suivi de la qualité de l’eau (74 paramètres à suivre selon la réglementation grecque). En Espagne, pays européen le plus actif dans ce domaine, plus de 150 projets de reuse ont été implantés ces dernières années.
Une évaluation délicate
Si plus de soixante pays pratiquent la réutilisation des eaux usées à l’échelle mondiale, il est cependant difficile d’identifier lesquels réutilisent les plus gros volumes, en raison d’un manque de données normalisées.
En se basant sur les données disponibles, et si l’on considère les volumes annuels, la Chine, le Mexique et les États-Unis sont les pays qui réutilisent les plus grandes quantités, mais les deux premiers cités produisent des eaux de faible qualité liée à un niveau de traitement insuffisant.
En considérant la quantité d’eau réutilisée par habitant, le Qatar, Israël et le Koweït sont les mieux placés. Le Koweït, Israël et Singapour se placent aux premiers rangs si le critère considéré concerne le pourcentage d’eau réutilisée par rapport à la quantité d’eau totale utilisée. Enfin, si l’on considère les avancées technologiques, la Californie, Singapour et le Japon sont probablement les pays les plus novateurs.
La référence Singapour
Le cas de Singapour est mondialement connu et fait référence dans ce domaine. Du fait d’une densité de population très élevée, cette île de 699 km2 a dû faire face à une pénurie en eau accrue et s’est tournée vers la réutilisation des eaux usées après un traitement de pointe associant microfiltration, osmose inverse et rayonnement UV.
Cette eau, dénommée « Newater », est utilisée pour des applications industrielles et dans les tours de refroidissement mais une fraction est aussi mélangée avec de l’eau d’origine naturelle et alimente le réseau d’eau potable. De tels exemples de réutilisation directe pour la potabilisation sont rares, principalement en raison de barrières psychologiques.
La station de traitement des eaux usées de Windhoeck, en Namibie, est ainsi le seul exemple de réutilisation directe pour la potabilisation à grande échelle (21 000 m3/jour).
Des obstacles de taille
On le voit, si la réutilisation des eaux usées est une solution d’avenir, elle souffre d’un problème d’acceptabilité sociale: un récent sondage au Koweït a montré que les deux principales craintes relatives à la « reuse » pour un usage domestique étaient les risques liés à la santé (69 %) et une répugnance vis-à-vis de cet usage (44 %).
En outre, son application pour des usages plus ou moins restrictifs, tels l’irrigation, la recharge de nappe ou la consommation directe, pourrait se trouver limitée du fait de la qualité des eaux en question. En effet, les inconvénients majeurs de ces eaux sont leur salinité élevée, qui peut nuire à la productivité en agriculture et à la qualité des sols; il y a aussi la présence de polluants émergents, dits « micropolluants », identifiés comme perturbateurs endocriniens.
Cependant, en France et à l’international, les laboratoires de recherche en traitement des eaux travaillent activement au développement de nouveaux procédés innovants, notamment basés sur le couplage de traitements physiques et chimiques qui permettront d’obtenir une qualité d’eau adaptée aux usages visés.
La relation entre le cycle de l’eau et les dérèglements climatiques est un phénomène souvent méconnu et sous-estimé. Or, les activités humaines sont responsables de nombreuses perturbations du cycle de l’eau qui accentuent les dérèglements climatiques.
Rendre l’eau à la terre pour restaurer le climat
La Fondation Danielle Mitterrand s’engage à soutenir des projets de terrain partout dans le monde, pour rendre l’eau à la terre et restaurer le climat. Nous soutenons des projets qui permettent aux communautés locales d’être actrices d’un changement positif, afin de préserver leur accès à l’eau et leurs modes de vie.
Dans le cadre de notre programme « Eau et Climat« , nous soutenons l’association sri-lankaise South Asia Partnership Sri Lanka (SAPSRI) qui accompagne les habitants du village de Kudadodanathathawa pour qu’ils puissent gérer de manière locale et responsable leur territoire, sujet aux sécheresses.
Lieu : village de Kudadodanathathawa, Sri Lanka
Bénéficiaires : 112 personnes
Durée : 18 mois
Partenaire local : South Asia Partnership Sri Lanka
Kudadodanathathawa est un village situé au Nord Ouest du Sri Lanka, considéré comme une « zone sèche ». Le village se situe à l’extrémité d’un système d’irrigation par réservoirs, construit par les premiers habitants, au deuxième siècle avant JC. Cependant, à la suite d’un entretien insuffisant et d’une déforestation illégale, ce système ne permet plus à la population de subvenir à ses besoins en eau. A cela s’ajoutent les effets du changement climatique qui aggravent le manque d’eau, tant pour la consommation humaine que pour l’agriculture.
Le projet de SAPSRI consiste dans ce contexte à encourager la population à protéger ses ressources en eau au niveau communautaire, en prônant une approche géographiquement limitée et en mettant le personnes au centre du projet.
Un système de gestion participative de l’eau
Pour le lancement de la mission, l’association SAPSRI a présenté en langue cinghalaise aux habitants les enjeux du projet, qui s’articulent autour de la résistance des sols et de l’eau face au changement climatique. A l’issue de cette réunion, l’ONG et les habitants ont créé la Société de Protection de l’Eau. Cette société, gérée localement par les 112 habitants du village, permet une gestion participative de l’eau. Les habitants sont donc responsables de la planification et de l’implantation des stratégies de préservation du cycle de l’eau.
Éducation à la protection du cycle de l’eau
L’association SAPSRI œuvre à promouvoir l’engagement des femmes et des écoliers pour qu’ils deviennent acteurs de la protection de l’eau. Ainsi, pour la journée mondiale de l’environnement, une action de sensibilisation a été organisée dans l’école primaire de Rambakanayagama. L’évènement a rassemblé 100 écoliers et 46 parents et a pris la forme d’un concours de dessin pour les élèves avec des remises de récompenses sur le thème du cycle de l’eau et de sa préservation.
Au cours de cette journée, une centaine d’arbres ont été plantés afin de répondre à l’objectif deconservation des sols et du cycle de l’eau. Les racines des arbres permettent en effet de garder l’eau dans le sol ce qui évite des ruissellements lors des fortes pluies et recharge par la même occasion les nappes phréatiques.
Conservation des sols
L’ONG a également accompagné les femmes du village pour la mise en place de pépinières. A terme, les femmes seront responsables de l’établissement des conditions micro-climatiques des pépinières et l’ONG viendra en supervision pour suivre les actions.
Les habitants bénéficieront du programme Climate Smart Home Garden pour acquérir des compétences sur la micro-agriculture biointensive. Cette agriculture intelligente permet une plus grande résilience face aux sécheresses.
Un projet cofinancé par la Fondation Danielle Mitterrand et le Fonds Vert R20 pour les femmes.
Le constat ne suffit plus, la démarche scientifique doit désormais éclairer les prises de décisions pour enclencher la « transition plastique ».
Les images fortes des animaux marins étouffés par les plastiques, les chiffres des quantités de déchets retrouvés en mer qui donnent le tournis, le constat que les zones les plus isolées du monde sont polluées par nos produits de consommation: autant de messages qui ont marqué l’opinion publique qui réclame aujourd’hui une « transition plastique ».
La recherche scientifique avance rapidement dans le domaine, mais elle n’est pas suffisamment partie prenante des décisions politiques et industrielles. Les solutions doivent à la fois tenir compte de la réalité du milieu naturel et du potentiel d’innovation qui existe dans les laboratoires de recherche. Les solutions « bio » actuelles (biosourcées, biodégradables, non toxiques et recyclables) ne répondent pas aujourd’hui à la réalité de l’offre et de la demande, ni à l’ambition « zéro impact sur l’environnement ».
La Fondation Tara Océan est engagée depuis plus de 10 ans aux côtés des scientifiques sur la question de la pollution plastique : elle a mis en évidence la pollution dans les zones reculées de l’Arctique, alerté sur la situation en mer Méditerranée qui est la mer la plus polluée du monde par les microplastiques et continue d’interpeler sur l’impact du plastique sur la biodiversité.
En ce 8 juin, Journée Mondiale de l’Océan, la goélette Tara fait route vers une nouvelle « Mission Microplastiques », une étude déployée sur 10 des plus grands fleuves d’Europe. Il s’agira d’étudier les origines de la pollution plastique. On estime en effet que 80 % des plastiques retrouvés en mer proviennent de la terre, via les fleuves. Et l’Europe, deuxième émetteur de déchets plastiques de la planète après l’Asie, n’est pas en reste.
Transitant de la terre vers la mer, la véritable solution ne viendra pas du nettoyage de l’Océan. Il ne faut pas croire que la solution serait d’éponger la fuite alors que le robinet n’est pas fermé. L’urgence est à terre, à la source de la pollution qui provient essentiellement de nos emballages. Aujourd’hui, la priorité doit être notamment donnée à la réduction de l’emballage qui constitue, à lui seul, 40% de la production mondiale de plastique et déborde de nos poubelles.
Quelles solutions à terre? Pour la Fondation Tara Océan, plusieurs pistes sont prioritaires dans une démarche commune d’économie circulaire:
Poursuivre la recherche sur la pollution dans les fleuves et en mer pour comprendre les effets les plus nocifs des plastiques sur la biodiversité marine et orienter les politiques publiques.
Soutenir les interactions entre industriels et scientifiques indépendants pour proposer des solutions innovantes en termes de réduction des déchets, de conception de matériaux biodégradables, recyclables et non toxiques.
Déterminer l’origine de cette pollution le plus précisément possible pour orienter efficacement l’action et l’investissement des pouvoirs publics.
Mobiliser le grand public et les nouvelles générations contre la surconsommation d’emballages et de produits à usage unique.
La nature ne produit pas de déchet. Or, les plastiques en mer sont devenus un symbole de l’impact de l’homme sur l’environnement. Pour que notre « empreinte plastique » ne soit pas davantage léguée aux générations futures, la science et l’innovation doivent être des acteurs-clés de la « transition plastique ». Inverser la donne qui prédit que dans 30 ans nous verrons plus de plastique que de poissons dans l’Océan, c’est proposer le défi qu’en 2050 nos déchets plastiques ne soient plus un marqueur de notre impact sur la biodiversité de l’Océan.
À l’occasion de cette journée internationale célébrant la Terre, nous souhaitions vous présenter l’ONG sri lankaise SAPSRI et son action soutenue par France Libertés cette année dans le cadre de notre projet «Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat».
La Journée internationale de la Terre nourricière est célébrée chaque année pour nous rappeler l’interdépendance entre tous les écosystèmes de la planète et l’importance de vivre communément.
Le projet de SAPSRI s’y inscrit pleinement puisqu’il correspond à une initiative pour une gestion responsable des ressources en eau et le renforcement de la capacité de la communauté à protéger le cycle de l’eau local dans le village de Kudadodanathathawa.
Après 30 ans de guerre civile, le Sri Lanka fait désormais face au défi du changement climatique. La vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques est d’autant plus grande qu’il s’agit d’un État insulaire. SAPSRI s’est donné pour mission de renforcer les capacités des communautés en créant un environnement favorable et en les intégrant dans un processus d’un développement durable.
Le projet en question met en place un système de gestion participative de l’eau et une agriculture adaptée et génératrice de revenus. Mobiliser les communautés par le biais de programmes de sensibilisation et de formation permet aussi d’aborder la thématique des impacts du changement climatique et de mettre l’accent sur la gestion des ressources naturelles et des écosystèmes.
Le pan du projet consacré à la mise en place d’une agriculture raisonnée et adaptée comprend un couvert arboré d’espèces d’arbres indigènes et des mesures de conservation du sol. Le projet de SAPSRI a pour ambition de restaurer le cycle de l’eau. Pour ce faire SAPSRI entend remettre au gout du jour un ancien système de gestion communautaire de l’eau qui s’est petit à petit perdu en raison de son manque d’entretien.
L’eau se faisant de plus en plus rare par la perturbation du cycle de l’eau, une gestion raisonnée et en commun prend d’autant plus de sens.
Article publié avec l’aimable autorisation de France Libertés.