Catégorie : Le Monde est vert

  • La France cherche à résoudre le « paradoxe de la vache qui broute »

    La France cherche à résoudre le « paradoxe de la vache qui broute »

    Sur les terres du camembert de Normandie, des chercheurs élaborent la recette de la vache de demain: nourrie principalement à l’herbe, plus petite et moins polluante.

    Dans des vallons de l’Orne (ouest de la France) évoquant une carte postale normande entre haies, prés et vaches mâchonnant l’herbe verte, s’étend sur 340 hectares une unité expérimentale de l’institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

    Une vingtaine de personnes, principalement des techniciens et ingénieurs, veillent sur le troupeau de 600 bovins, assurent la traite d’une partie d’entre eux et relèvent un tas de données pour nourrir les travaux chapeautés par les chercheurs.

    Quantité de nourriture ingérée, état d’engraissement, composition du lait… Tout est évalué, y compris les rots chargés de méthane, au pouvoir très réchauffant.

    Les bovins sont les plus gros contributeurs à l’empreinte carbone de l’élevage, lui-même à l’origine de 12% des émissions de gaz à effet de serre attribuées à l’activité humaine, selon l’organisation des Nations unies pour l’agriculture FAO.

    Or ces émissions risquent de s’accroître avec l’augmentation de la population mondiale et de la demande de viande et de lait.

     L’ « art » du pâturage

    La Cour des comptes a recommandé en 2023 de « définir une stratégie de réduction » du nombre de vaches (17 millions de têtes) pour atteindre les objectifs climatiques de la France.

    Ce rapport a fait hoqueter les professionnels de l’élevage et inspiré au chercheur Luc Delaby une formule: « Le paradoxe de la vache qui broute. »

    « L’image des ruminants, souligne-t-il, s’est dégradée et on ne cesse en parallèle d’encenser les prairies » pour leur rôle dans le stockage de carbone, la préservation de la biodiversité et de la qualité des eaux.

    « Or on ne sait pas garder des prairies sans ruminants dessus. Il faut qu’on résolve ce paradoxe », poursuit Luc Delaby, à l’occasion d’une visite de presse organisée par l’Inrae.

    Sur une étendue d’herbe presque uniformément tondue, indifférent à la bouse dans laquelle une de ses bottes est plantée, le chercheur décrit une expérience.

    Les vaches laitières restent en moyenne dix jours dans une (vaste) parcelle, un régime « sévère » quand les éleveurs les font traditionnellement tourner beaucoup plus souvent.

    L’idée est de « dire aux vaches +Tu finis ton assiette avant d’avoir du dessert+ », image Luc Delaby car « plus la pâture est rase, meilleure est la repousse ».

    Pour un éleveur, mieux gérer son stock d’herbe permet de diminuer sa dépendance aux achats d’aliments, notamment de soja sud-américain issu de zones déforestées.

    « Faire manger de l’herbe aux vaches, c’est banal mais extrêmement complexe, parce qu’il faut se trouver dans la bonne parcelle au bon moment. L’éleveur qui réussit, c’est un artiste », dit Luc Delaby.

    Trop modeste pour se décrire ainsi, Sylvain Quellier élève 80 vaches produisant du lait pour le camembert de Normandie. Il s’inspire de travaux de ses voisins de la ferme expérimentale « pour s’améliorer ».

    L’éleveur de 45 ans utilise des outils de mesure de l’herbe, des logiciels de gestion des pâturages. « On s’est reconcentré sur ce qui était notre force, l’herbe, ça nous a permis de ramener du revenu sur la ferme » en achetant « quasiment moitié moins » d’aliments qu’une exploitation du même type.

    « Vraie révolution »

    Impliqué dans l’organisme de sélection de la race Normande, Sylvain Quellier guette aussi les avancées en matière de génétique « pour fabriquer la race de demain ».

    Dès l’an prochain, explique la chercheuse Pauline Martin, les éleveurs pourront inséminer leurs vaches en fonction d’un « index méthane ».

    Les chercheurs sont en effet parvenus à identifier les caractéristiques génétiques des bovins qui rejettent moins de méthane que leurs congénères. Ce potentiel étant inscrit dans leurs gênes, il peut être transmis à leur descendance.

    « C’est une vraie révolution qui se prépare », remarque le PDG de l’Inrae, Philippe Mauguin.

    Il rappelle qu’il faudra néanmoins activer d’autres leviers pour atteindre l’objectif « ambitieux mais pas déraisonnable » de diminuer de 30% les émissions de méthane des bovins d’ici à 2030: faire démarrer la carrière des vaches laitières plus tôt, opter pour des gabarits plus petits mécaniquement moins émetteurs…

    Ce dernier point, remarque Sylvain Quellier, achoppe pour l’heure sur l’ »ego » des éleveurs, attachés aux grands animaux.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©creativecommon

  • « L’envers des mots » : Biosourcé

    « L’envers des mots » : Biosourcé

    Néologisme venant du grec bios qui signifie « vie » et de l’anglais sourcing, du verbe to source, qu’on peut traduire par « s’approvisionner en », le terme biosourcing revient souvent lorsqu’on parle d’enjeux environnementaux et renvoie au fait d’utiliser des matières premières renouvelables ou des ingrédients naturels – des matières premières issues de la biomasse, telles que les plantes, les algues ou – des déchets organiques. De plus en plus fréquent dans les industries et le débat public, le « biosourcing » vise à réduire la dépendance aux ressources fossiles non renouvelables et à minimiser l’impact environnemental des processus industriels.

    Néanmoins, attention aux confusions et aux abus de langage. Un produit biosourcé, issu entièrement ou partiellement de la biomasse, n’est pas forcément biodégradable : dans le dictionnaire Larousse, « biosourcé » se réfère ainsi à la fabrication du produit sans tenir compte de son cycle de vie. Ensuite, comme l’exprime l’ADEME, un produit biosourcé, contrairement à ce que la terminologie pourrait laisser penser, n’est pas issu de l’agriculture biologique, et n’est pas forcément sans risque pour la santé ou l’environnement. Certaines plantes sont naturellement toxiques comme le laurier rose, la digitale pourpre, l’if… Pour lever toute ambiguïté, l’AFNOR a publié la norme NF EN 16575 « Produits biosourcés – Vocabulaire », qui définit précisément les termes associés au biosourcing.

    Le mot « biosourcé » rappelle l’importance de rechercher des alternatives aux ressources fossiles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il souligne également la nécessité de faire appel aux ressources biologiques de manière durable afin de favoriser la biodiversité et la préservation des écosystèmes naturels. Les matières premières biosourcées et les ingrédients naturels offrent des cycles de production avec des émissions de CO2 réduites, plus durables. Les bioplastiques et autres matériaux biosourcés sont souvent biodégradables ou recyclables, réduisant ainsi l’impact environnemental.

    Du point de vue de la technologie, le biosourcing incite à développer la R&D dans les domaines des biotechnologies, de la chimie verte et de l’ingénierie des matériaux, afin de proposer des produits biosourcés performants et compétitifs à l’industrie.

    Du point de vue économique, les gouvernements mettent en place des mesures et réglementations pour encourager l’utilisation de ressources renouvelables et réduire leur empreinte carbone. En France, la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 et le plan climat de 2017 illustrent les initiatives de l’État en faveur de la décarbonation de l’industrie. Des normes et certifications spécifiques, comme L’EU Ecolabel, ont vu le jour pour distinguer les produits et services respectueux de l’environnement.

    Les entreprises quant à elles, poussées par les évolutions règlementaires et la demande croissante des consommateurs, favorisent de plus en plus les matériaux biosourcés et les pratiques de production durables. Ainsi, en plus d’être alignées avec les Objectifs de Développement Durables (ODD) des Nations unies, elles améliorent leur image de marque.

    D’un point de vue sociétal, les matériaux biosourcés sont souvent produits localement, ce qui peut aider à créer des emplois et dynamiser les territoires ruraux. Les écoles et universités intègrent de plus en plus les concepts de durabilité et de biosourcing dans leurs programmes afin de sensibiliser les jeunes générations. Sans oublier que l’utilisation du terme « biosourcé » dans la communication d’entreprise montre un engagement vers la responsabilité sociale et environnementale, améliorant la confiance des consommateurs et des investisseurs.


    Cet article s’intègre dans la série « L’envers des mots », consacrée à la façon dont notre vocabulaire s’étoffe, s’adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s’imposent aux sciences et technologies. Des termes qu’on croyait déjà bien connaître s’enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D’où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d’un monde qui se transforme ?

    De « validisme » à « silencier », de « bifurquer » à « dégenrer », nos chercheurs s’arrêtent sur ces néologismes pour nous aider à mieux les comprendre, et donc mieux participer au débat public. À découvrir aussi dans cette série :

    Delphine Hermouet, Déléguée à la Recherche et aux Relations Extérieures, École de Biologie Industrielle (EBI) et Selcan Tokgoz, Responsable Axe Recherche Galénique et Ecoconception, École de Biologie Industrielle (EBI)
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. ©CreativeCommonfootage
  • L’ONU prône un système de traçabilité des minerais critiques

    L’ONU prône un système de traçabilité des minerais critiques

    Des experts de l’ONU ont recommandé mercredi la création d’un système mondial de traçabilité des minerais critiques nécessaires à la transition énergétique, pour éviter que l’explosion de la demande attendue n’alimente la destruction de l’environnement et violations des droits humains.

    Le développement massif des énergies renouvelables, indispensable pour lutter contre le changement climatique, ne se fera pas sans ces minerais et métaux: cuivre, cobalt, nickel, terres rares, sélénium ou cadmium pour les batteries des véhicules électriques ou les panneaux solaires.

    L’Agence internationale de l’Energie (AIE) estime ainsi que pour limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C, la demande de minerais critiques va quadrupler d’ici 2040.

    Dans ce contexte, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a mis sur pied en avril un comité d’experts chargé d’élaborer des « garde-fous » pour cette révolution énergétique.

    C’est une « réponse aux appels des pays en développement », a-t-il commenté mercredi.

    Ces derniers s’inquiètent en effet que la transition énergétique puisse « reproduire et amplifier les inégalités du passé, reléguant au bas de la chaîne de production les pays en développement qui regardent d’autres s’enrichir en exploitant leur population et en mettant leur environnement en danger », a insisté le chef de l’ONU, appelant à des consultations avec les Etats membres pour faire avancer les recommandations d’ici la COP29 à Bakou en novembre.

    Le but est « d’éviter les erreurs du passé », a de son côté insisté Nozipho Joyce Mxakato-Diseko, coprésidente du comité. « Nous voyons déjà des conflits provoqués par la ruée vers ces ressources, mon continent saigne », a assuré la diplomate sud-africaine devant la presse.

    « La route est longue »

    Le comité -composé de représentants de ministères des mines ou de l’environnement de divers pays et de spécialistes d’organisations non gouvernementales- met ainsi en avant sept « principes directeurs ».

    Parmi eux, placer les droits humains (des enfants, femmes, peuples autochtones, travailleurs…) « au coeur » de toute la chaîne de production, à partir de l’extraction; protéger « l’intégrité de la planète » et des écosystèmes; ou encore assurer un « partage des bénéfices » entre les différents acteurs et pays, alors que souvent les pays en développement qui abritent ces richesses ne sont pas ceux qui en profitent le plus.

    Plus concrètement, les experts, évoquant des initiatives existantes disparates, recommandent la mise en place d’un système mondial « de traçabilité, de transparence et de responsabilité » sur l’ensemble de la chaîne de production.

    Ce système devrait notamment fournir une évaluation indépendante des performances environnementales et sociales des acteurs. Par exemple, données géographiques, respect des droits humains et du droit du travail, émissions de gaz à effets de serre, impacts environnementaux, corruption…

    Le comité suggère également la création d’un fonds mondial, financé par les Etats et les entreprises, pour financer l’après-mine, notamment la réhabilitation des terres et le soutien des communautés locales après la fermeture d’un site.

    Alors que l’AIE craint des « tensions » sur l’approvisionnement mondial en ces minerais critiques avec l’augmentation attendue de la demande, les experts de l’ONU appellent à investir dans l’innovation pour réduire la quantité nécessaire de ces minéraux et invitent à réduire les besoins par une consommation plus responsable ou encore le recyclage des produits qui en contiennent, comme les batteries.

    La coalition d’ONG Climate Action Network, représentée dans le comité, a salué le rapport qui trace un chemin vers « un nouveau modèle enraciné dans l’équité et la justice ».

    Mais « la route est encore longue pour que ces principes deviennent réalité », a commenté sa directrice Tasneem Essop dans un communiqué, se disant malgré tout « encouragée par la forte convergence entre gouvernements, entreprises, syndicats, peuples autochtones et ONG ».

    Alors qu’avec l’explosion annoncée de la demande de ces minerais, certains industriels se tournent vers la potentielle exploitation très controversée des fonds marins, le mandat du comité d’experts ne portait que sur les mines terrestres.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Des mineurs artisanaux transportent des sacs de minerai à la mine artisanale de Shabara, près de Kolwezi, en République démocratique du Congo, le 12 octobre 2022 © AFP/Archives Junior KANNAH
  • Teresa Ribera souhaite « verdir » la Commission européenne

    Teresa Ribera souhaite « verdir » la Commission européenne

    Fortement pressentie pour un poste de commissaire européenne, la ministre espagnole de l’Écologie Teresa Ribera s’est imposée ces dernières années comme une figure politique incontournable en Espagne et en Europe, grâce à son expertise environnementale et ses qualités de négociatrice.

     

    À 55 ans, Teresa Ribera est une proche du Premier ministre Pedro Sánchez, qui s’est félicité qu’elle apporte « une approche socialiste » à la nouvelle Commission européenne d’Ursula von der Leyen, actuellement en cours de constitution.

    Elle devrait hériter de l’un des principaux portefeuilles de cette nouvelle équipe, certains évoquant la concurrence ou la transformation économique. Avec, à la clé, l’ambition affichée d’accélérer la mise en œuvre du « Pacte vert » européen, objet d’un intense bras de fer au sein de l’Union européenne.

    Le but de Teresa Ribera, en cas de nomination, sera de « connecter le Pacte vert et la compétitivité », insiste son entourage, qui voit dans la transition écologique « le meilleur moyen de rendre l’industrie et le tissu productif de l’UE compétitifs ».

    Un objectif qui implique de la pédagogie. Cela passe par « plus de pragmatisme », pour « expliquer que les coûts » de l’inaction « seront à terme plus élevés », a assuré récemment au Financial Times cette ardente défenseure des énergies renouvelables, qui parle couramment l’anglais et le français.

    Flair politique

    Née le 19 mai 1969 d’une mère essayiste et philosophe et d’un père professeur de médecine, Teresa Ribera a grandi dans une commune huppée de la banlieue de Madrid avec ses quatre sœurs. Elle est mariée à un juriste argentin, Mariano Bacigalupo, ancien cadre de la CNMC, le gendarme de la concurrence espagnol.

    Passée par l’université Complutense de Madrid et diplômée en droit et en sciences politiques, cette fan de randonnées et de lecture a débuté sa carrière dans les années 1990 au ministère des Travaux publics et des Transports, puis au Bureau espagnol du changement climatique.

    Secrétaire d’Etat au changement climatique lors du second mandat du Premier ministre socialiste José Luis Zapatero (2008-2011), elle part s’installer en 2013 à Paris, où elle dirige l’Institut du Développement durable et des Relations internationales (Iddri), un « think tank » créé par la Française Laurence Tubiana.

    Dans ce cadre, elle participe aux discussions sur l’Accord de Paris (2015) et intègre de nombreux conseils scientifiques, notamment liés aux Nations unies. Une expertise qui pousse Pedro Sánchez à la nommer ministre de la Transition écologique lors de son arrivée au pouvoir en 2018.

    Dotée d’un bon flair politique et à l’aise dans les médias, cette mère de deux filles s’est depuis imposée comme un pilier du gouvernement de gauche espagnol et comme une interlocutrice appréciée à Bruxelles – où son profil antinucléaire crispe cependant parfois certains partenaires, selon une source diplomatique.

    Pugnacité

    « C’est une personne de dialogue, qui écoute et sait se montrer ouverte à certaines propositions », salue auprès de l’AFP la directrice de Greenpeace Espagne, Eva Saldaña: « Elle maîtrise bien ses dossiers » et a permis « des avancées importantes » sur plusieurs sujets.

    À Bruxelles, elle a joué un rôle clé pour faire aboutir l’an dernier une délicate réforme du marché de l’électricité. En Espagne, elle a favorisé l’essor de l’hydrogène vert, interdit la chasse au loup et mis en place un plan pour sauver la Mer mineure, lagune salée menacée par les nitrates agricoles.

    Une action parfois critiquée, notamment par les agriculteurs. « Ses décisions ont été marquées par un parti pris anti-agriculteurs, ce qui soulève des doutes quant au rôle qu’elle peut jouer à Bruxelles », a ainsi lancé dans un communiqué le syndicat Asaja, dénonçant son « inflexibilité ».

    Pugnace, Teresa Ribera n’a pas hésité ces dernières années à s’opposer aux grands patrons du secteur énergétique, comme Ignacio Sánchez Galán (Iberdrola) et Josu Jon Imaz (Repsol). Elle est aussi montée au créneau… contre Ursula Von der Leyen, jugée trop timorée sur le plan environnemental.

    De quoi augurer des relations délicates au sein du futur exécutif européen. « Elle va se retrouver confrontée à une arithmétique très complexe », juge Eva Saldaña. « Espérons qu’elle aura le courage de se battre pour faire avancer » les questions écologiques.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©La ministre espagnole de l’Énergie, Teresa Ribera Rodriguez, lors d’une interview à Madrid le 19 octobre 2022 © AFP/Archives OSCAR DEL POZO
  • Les toits végétalisés : une solution pour réguler les eaux de pluie

    Les toits végétalisés : une solution pour réguler les eaux de pluie

    Préserver la biodiversité, lutter contre la chaleur, dépolluer l’air… Les toits végétalisés ont de nombreux avantages face au dérèglement climatique, mais ils permettent également d’éviter les inondations et mieux réguler les eaux de pluie.

    Une propriété exploitée par le Jardin sur le toit, association qui fait pousser fruits et légumes en ville à plusieurs mètres de hauteur, sur des toits végétalisés, grâce à l’eau de pluie.

    « On l’utilise directement lorsqu’elle tombe, ou via des récupérateurs d’eau », explique Jean-Julien, 68 ans, bénévole de l’association, dont le jardin partagé sur le toit d’un gymnase permet aux particuliers de cultiver fruits et légumes en plein 20e arrondissement parisien.

    Cette oasis verte contraste avec les surfaces imperméables (goudron, béton) omniprésentes en ville, empêchant l’infiltration de l’eau dans le sol.

    Conséquences : les rues sont plus chaudes, moins humides et le risque d’inondation grandit.

    Dans une ville comme Paris, le réseau d’évacuation des eaux usées côtoie celui des eaux de pluie. En cas de fortes intempéries le système d’évacuation se retrouve saturé et risque de déborder.

    Stocker l’eau

    « Le toit végétalisé est avant tout un moyen de stocker l’eau » explique Hervé Andrieu, hydrologue retraité, « plus il est épais plus on stocke d’eau ».

    Les toits verts se décomposent en trois catégories. Les extensifs avec une très faible profondeur de 10 cm, qui accueillent des plantes grasses et qui ne demandent pas d’entretien.

    Les semi-intensifs où l’on peut faire pousser du gazon et des arbustes pouvant faire jusqu’à 30 cm d’épaisseur.

    Et les intensifs, les plus profonds, entre 30 cm et 1 m où peuvent même pousser des arbres et sur lesquels on peut se déplacer librement.

    Un toit végétalisé peut absorber « 50 à 70% de la pluie annuelle en moyenne pour des substrats de 3 à 15 cm », explique David Ramier, hydrologue au Cerema.

    Une fois stockée, l’eau va vivre un « mini-cycle ». Tombée du ciel, elle sera captée par les plantes et la terre sur le toit, puis s’évapore, retournant ainsi dans l’atmosphère. Cette dernière étape, l’évapotranspiration, permet de ressentir une sensation de fraîcheur à proximité du toit.

     Protéger le bâti

    « Le fait que l’eau soit stockée dans le système de végétalisation n’est pas un risque » pour le toit, assure Raphaël Dupont, poseur de toit végétalisé, qui a participé notamment à la construction de l’Arena Porte de la Chapelle.

    Au contraire, le toit végétalisé aide à mieux préserver l’imperméabilisation du toit, « à condition que le travail soit bien fait ».

    De matière synthétique ou bitumeuse ces protections sont généralement recouvertes de gravier ou de dalles sur plots et nécessitent d’être changées tous les 20 à 25 ans.

    « Les toits végétalisés agissent de deux manières pour mieux protéger ces surfaces, par un effet de gravité et par un effet d’isolant, ce qui va limiter les écarts de températures et mieux conserver l’intégrité de l’imperméabilisant qui pourra durer quelques années de plus », complète le couvreur.

    Mais pour pouvoir installer une végétalisation sur son toit, il faut s’assurer que le bâtiment puisse supporter son poids et posséder une imperméabilisation certifiée contre le risque d’être percé par les racines.

    « Aujourd’hui beaucoup de protections possèdent déjà cette certification, même sans végétalisation » assure Raphaël.

    Si le coût reste similaire à un toit classique en cas de construction, il est plus élevé de 20 à 38% en moyenne, selon le type de toit végétalisé choisi, lorsqu’on convertit un toit traditionnel d’après plusieurs professionnels.

    Des aides financières existent pour aider à investir et sont plus ou moins importantes suivant les départements.

    Quand bien même les toits végétalisés présentent une solution efficace pour gérer les eaux de ruissellement, « ce n’est pas la solution unique » pour répondre entièrement au problème de la gestion de l’eau en ville, tempère toutefois David Ramier.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. Photoouverture©Creativecommon.
  • Les impacts du changement climatique sur les écoles en France

    Les impacts du changement climatique sur les écoles en France

    Les 59 000 établissements scolaires de France, comme le reste de la société, sont confrontés à la réalité du changement climatique. Entre la hausse des températures, l’exposition aux catastrophes naturelles comme les inondations et les sècheresses, l’adaptation au changement climatique représente un défi. Il en va non seulement du bien-être et la santé des élèves, de leur éducation, mais aussi des conditions de travail des équipes pédagogiques.

    Des bâtiments inadaptés aux nouvelles conditions climatiques

    À l’occasion de la rentrée des classes de septembre, l’association Oxfam France souligne que le retard français dans l’adaptation des bâtiments scolaires se montre un révélateur des inégalités sociales face au réchauffement climatique. Au moins 1,3 millions d’élèves sont concernés, leur exposition varie en fonction des régions. « C’est l’augmentation en intensité des périodes de forte chaleur mais aussi l’allongement dans le temps, de mai à octobre, qui impacte l’organisation scolaire. On voit donc que nous devons d’une part adapter nos infrastructures, investir dans des écoles isolées, mais aussi notre organisation sociale, en prenant en compte les inégalités sociales qui sont renforcées par le changement climatique », affirme Elise Naccarato, responsable Climat au sein d’Oxfam France. Plus de la moitié (55 %) des écoles maternelles françaises risquent d’être confrontées à des périodes excédant 35 °C à l’intérieur des classes à l’horizon 2030, selon l’ONG. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’enseignement puisque, toujours selon Oxfam, cela entraîne des « retards dans les programmes, [une] réduction des performances cognitives des élèves (-2 % pour chaque degré supplémentaire). »

    Depuis 3 décennies, les records de chaleurs tandis que les événements climatiques extrêmes et les catastrophes naturelles sont plus fréquentes et intenses.  L’État fait face à de nouveaux enjeux. En décembre 2023, une mission d’information parlementaire a rendu un rapport sur l’adaptation de l’école au changement climatique. Ses premiers constats portent sur le parc immobilier. Ce rapport rédigé par Graziella Melchior (députée Ensemble pour la République, Finistère, réélue en 2024) et Francesca Pasquini (députée Ecolo-NUPES, Hauts-de-Seine, non réélue en 2024) comporte 109 préconisations. Selon la Mission d’information sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques, une grande partie du bâti actuel de l’Éducation Nationale n’est pas adaptée puisque la moitié du parc date d’avant 1914. Près de 10 % serait même dans un état de vétusté avancée. Il y est écrit que seulement que « 14 % du parc correspondrait aujourd’hui aux normes dites « bâtiments basse consommation ».

    Face au défi de la mise aux normes du bâti scolaire, la complexité administrative

    La mission d’information parlementaire rappelle que les compétences en matière de financement des établissements varient. Les écoles primaires dépendent des communes tandis que les collèges sont du ressort des départements et les lycées de celui des régions. Ce qui complexifie la mise en place d’une politique d’adaptation des infrastructures. D’après le rapport parlementaire, « l’’investissement annuel des collectivités dans le bâti scolaire s’élève à 8,3 milliards d’euros par an : 3,7 milliards d’euros pour les communes, 2,7 milliards d’euros pour les régions et 1,9 milliard d’euros pour les départements. », mais ses auteures soulignent que même si des plans de rénovation existent, les aides sont complexes à obtenir et peu lisibles. En effet, c’est à chacune des collectivités de s’emparer du sujet.

    Une adaptation qui va au-delà des murs

    Le changement climatique nécessite une transformation profonde et durable de la société. Au niveau de l’école, cela implique de revoir les programmes scolaires et la pédagogie afin de fournir aux élèves, et aux futurs citoyens, une meilleure connaissance des faits scientifiques et des enjeux liés à l’environnement. 4 jeunes sur 5 déclarent en 2023 accorder une grande importance aux enjeux environnementaux. Ils sont également en attente de formations aux métiers du secteur pour lesquels de nouvelles compétences doivent être développées.

    Les établissements scolaires s’efforcent d’y répondre en agissant. 10 000 d’entre eux sont labelisés pour leur implication dans l’élaboration d’une démarche de développement durable (E3D). De plus, des éco-délégués sont élus au sein des établissements afin de favoriser la mise en place de mesures de réduction de l’impact environnemental.

    L’adaptation passe également par des mesures afin de réduire l’empreinte carbone de la vie scolaire. La transition est en cours. Les rapporteurs parlementaires insistent sur l’alimentation, la mobilité et la sobriété. De plus en plus de cantines proposent ainsi des alternatives aux produits carnés ainsi que des repas sans protéines animales dans le cadre de la loi EGALIM.

    Au niveau des déplacements entre la maison et l’école, des progrès sont possibles pour réduire le bilan carbone. Seulement un tiers des enfants ont recours à des modes de mobilité dite active, comme la marche ou le vélo, pour se rendre à l’école, déplore la commission parlementaire. Les trajets s’y prêtent pourtant car courts. En effet, la distance moyenne est de 2 km. Cependant, la majorité (37 %) des élèves se rendent à l’école en voiture. Sans doute en raison du sentiment de sécurité que cette dernière procure. Viennent ensuite, « la marche à pied (28 %), le car scolaire (18 %) et le bus (15 %). Les trajets en vélo ne représentent ainsi que 2 % des trajets scolaires ». Or, on sait, d’une part, que les comportements et habitudes pris dans l’enfance se gardent en partie adulte, et, d’autre part, que les mobilités actives, comme la marche et le vélo, bénéficient autant au climat qu’à la santé. C’est d’ailleurs pourquoi, parmi les 109 recommandations formulées par les députés pour aider l’école à relever le défi climatique figure l’apprentissage de la pratique du vélo.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag. article source ici. Photo©Image pour illustration – Ecole primaire Heinz Galinshi – Berlin – Allemagne © Yann Arthus-Bertrand
  • Ibtissem et Amira, pionnières de la culture bio en Algérie

    Ibtissem et Amira, pionnières de la culture bio en Algérie

    Affairées dans leurs champs, Ibtissem Mahtout et Amira Messous examinent leur récente récolte de fraises, tomates et oignons dans leur ferme écologique, un projet peu commun en Algérie dans un milieu agricole encore très masculin.

     

    « Dès que je suis sur le terrain, je suis heureuse. Du matin au soir, on est là. Pour moi c’est le plus beau métier au monde », lance fièrement à l’AFP Amira Messous, 28 ans, une botte de betteraves fraîchement sorties de terre à la main dans l’exploitation créée il y a quatre ans à Douaouda, à 30 km à l’ouest d’Alger.

    Après un master en biodiversité et écologie végétale obtenu à l’Université des sciences et de technologie Houari Boumediene, les deux amies ont quitté Alger pour revenir à la terre et se lancer dans une agriculture respectueuse des cycles naturels, sans recours aux pesticides.

    Selon le quotidien algérien Horizons, seules 4% des inscrits à la Chambre d’agriculture de la préfecture de Tipaza (à laquelle est rattaché la ferme bio) étaient des femmes en octobre 2023.

    Au départ, « le fait de devoir s’intégrer (à un milieu d’hommes, ndlr), ça faisait un peu peur », confie Amira Messous. Mais « les agriculteurs sont contents de voir des femmes éduquées sur le terrain, ils prennent le temps de nous expliquer, ça valorise leur travail », estime-t-elle aujourd’hui.

    « On a commencé avec un petit budget, 60.000 dinars algériens (environ 410 euros), juste pour acheter notre outillage de base », explique la cultivatrice, formée par le collectif Torba, une association qui défend une agriculture écologique. « On a appris à planter, à semer, à travailler le sol », raconte Ibtissem Mahtout, 29 ans.

    Aujourd’hui, les deux associées emploient un ouvrier agricole à plein temps et jusqu’à huit saisonniers en période de récolte, sur leurs 1.300 mètres carré.

    Vente sur Instagram

    Leur succès repose aussi sur une stratégie commerciale innovante qui mêle réseaux sociaux et proximité avec le consommateur.

    Toutes les semaines, elles présentent, sur leur compte Instagram, leur panier de fruits et légumes que les clients intéressés peuvent réserver via Whatsapp, puis récupérer le vendredi matin — premier jour du weekend en Algérie — dans une ferme pédagogique à Zeralda, à quelques kilomètres de leurs champs.

    « De temps en temps, on veut manger quelque chose de sain. Et en plus, quand j’ai découvert les ventes pour les abonnés, j’ai trouvé ces filles très sympas, je voulais les encourager », témoigne à l’AFP Fatma Zohra, une retraitée de 72 ans, cliente fidèle.

    Chaque semaine, les deux exploitantes vendent entre 10 et 30 paniers dont la composition suit les saisons, souvent plus variée durant les beaux jours qu’en automne ou hiver.

    Au-delà du marché paysan du vendredi, où d’autres producteurs viennent aussi proposer leurs produits, la ferme pédagogique est également un espace de rencontre où sont organisés des cours de cuisine, des activités artistiques et des visites pour enfants.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Amira Messous et Ibtissem Mahtout dans leur ferme à Douaouda, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la capitale algérienne, le 30 mai 2024 © AFP
  • Comment restaurer les récifs coralliens pour les préserver

    Comment restaurer les récifs coralliens pour les préserver

    Les températures record enregistrées dans les océans du fait du changement climatique font mourir les récifs coralliens à travers le monde, un phénomène appelé blanchissement, et les initiatives pour tenter de restaurer ces écosystèmes marins essentiels se multiplient pour tenter de les sauver.

     Comment reconstituer le corail?

    La première possibilité consiste à détacher des fragments de corail d’un récif sain. Ils sont ensuite divisés en plus petits morceaux lors d’un processus appelé micro-fragmentation. Chacun de ces fragments peut ensuite devenir un nouveau corail.

    Une autre option consiste à recueillir des morceaux de coraux détachés de manière naturelle, par exemple lors d’une tempête, ce que l’on appelle des coraux d’opportunité.

    Les défenseurs de l’environnement ont aussi recours à la collecte d’œufs, plus complexe. La reproduction corallienne, appelée frai, se produit généralement une fois par an. Des colonies entières de récifs libèrent alors leurs œufs en même temps.

    De nombreux facteurs entrent en jeu, comme les phases de la Lune ou la température des eaux.

    Et après ?

    Les fragments de coraux sont conservés dans des pépinières jusqu’à ce qu’ils deviennent suffisamment solides pour être transplantés sur un récif naturel ou artificiel.

    Il en est de même pour les coraux d’opportunité dans le cas où ils ne seraient pas encore assez solides pour être fixés directement sur un récif.

    Les œufs et extraits de sperme recueillis lors du frai corallien sont quant à eux transformés en larves, intégrées à des formations naturelles ou artificielles le temps de leur développement.

    Quels coraux sont utilisés ?

    Les coraux ramifiés sont en général ceux utilisés. Leurs branches fragiles sont davantage susceptibles de devenir des coraux d’opportunité et sont également plus faciles à micro-fragmenter, contrairement à d’autres coraux.

    Leur capacité à se développer très vite offre aux projets de restauration des résultats rapides.

    Mais restaurer un seul type de corail peut entraîner une réduction de la diversité de l’écosystème.

    Est-ce que cela fonctionne ?

    Les taux de survie après restauration sont compris entre 60 et 70 pour cent, selon une étude publiée en 2020.

    Cependant, près de la moitié des projets analysés par cette étude n’ont pas réussi à déterminer clairement s’ils avaient atteint leurs objectifs de départ, y compris l’obtention de la fonction même de récif corallien.

    La surveillance de ces projets est souvent brève: moins d’un an dans la moitié des cas, soit bien moins que le temps nécessaire à la formation d’un récif.

    Une étude récente présente toutefois des résultats encourageants. Réalisée sur des récifs artificiels en Indonésie, l’étude a révélé qu’en quatre ans, le corail reconstitué émettait autant de carbone que celui d’un récif naturel.

    Quels sont les autres facteurs ?

    Certains experts s’inquiètent du fait que la restauration des coraux soit trop souvent présentée comme une panacée.

    Ils soulignent que ces transplantations ne pourront survivre que si les conditions environnementales sont favorables.

    Il faut selon eux s’attaquer en priorité au changement climatique, responsable des températures extrêmes à l’origine du blanchissement des coraux.

    « Des projets de restauration bien conçus et bien conduits ont un rôle important à jouer, mais ils ne peuvent pas faire grand-chose si des actions radicales concernant le climat ne sont pas prises » dans l’immédiat, alerte Lisa Bostrom-Einarsson, la biologiste marine qui a dirigé l’étude de 2020.

    La pêche à l’explosif ou encore la sédimentation, facteurs de stress pour le corail, doivent également être combattus pour sauver les récifs coralliens.

    L’étude indonésienne a montré que peu de « coraux naturels » s’étaient développés autour des coraux transplantés.

    La construction de récifs par micro-fragmentation limite également la diversité génétique, ce qui peut mettre les formations en danger en cas d’apparition de maladie.

    « La restauration ne sauvera pas les coraux, vu le rythme actuel auquel nous les perdons » a affirmé Gavin Miller, un scientifique marin de l’organisation Global Reef en Thaïlande.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Surveillance des coraux décolorés autour de l’île de Koh Tao, dans la province de Surat Thani, le 14 juin 2024 dans le sud de la Thaïlande © AFP Lillian SUWANRUMPHA
  • L’agro-écologie contre la désertification dans le nord-est brésilien

    L’agro-écologie contre la désertification dans le nord-est brésilien

    En l’absence de lois, c’est à nous d’agir. C’est comme ça qu’on peut changer le Brésil », affirme Alcides Peixinho Nascimento, agriculteur de 70 ans déterminé à sauver de la désertification la Caatinga, vaste biome du nord-est du pays.

    Sa méthode : miser sur des pratiques agro-écologiques pour faire pousser la végétation originelle et cultiver des aliments pour subvenir à ses besoins.

    La Caatinga, qui s’étend sur la région la plus pauvre du Brésil, est un biome aux caractéristiques uniques au monde, avec ses arbustes épineux adaptés au climat semi-aride.

    Mais il a perdu 40% de sa surface originelle en raison de l’expansion agricole ou minière, et de l’installation de parcs éoliens, selon l’ONG MapBiomas.

    La Caatinga souffre également de périodes de sécheresse de plus en plus sévères, que les experts attribuent notamment au changement climatique.

    La première zone aride du Brésil a été identifiée récemment au nord de Bahia, l’un des dix États brésiliens qui abritent ce biome.

    Contrairement à l’Amazonie, au cœur des préoccupations du monde entier, la Caatinga suscite peu d’intérêt, alors qu’elle aussi est riche en biodiversité, avec une végétation qui contribue à absorber les émissions de carbone.

    « Préserver la Caatinga, c’est maintenir ces terres en vie », résume Alcides Peixinho Nascimento, visage buriné et machette à la ceinture.

    Le septuagénaire admet que, s’il y a quarante ans, il n’aurait jamais imaginé une telle dégradation, aujourd’hui, il perçoit « très facilement » les effets du réchauffement de la planète.

    Selon une étude récente, neuf espèces sur dix de flore et de faune de la Caatinga pourraient disparaître d’ici 2060.

    Les autorités locales estiment que près de 38 millions de brésiliens pourraient subir les effets de la désertification, qui pourrait s’étendre sur 140 millions d’hectares, plus du double de la France.

    « Gardiens de la Caatinga »

    Pour régénérer ses terres, près de la localité d’Uaua, à Bahia, M. Nascimento plante du mandacaru, un cactus qui peut mesurer jusqu’à six mètres de haut et dont les fruits peuvent nourrir aussi bien les animaux que les humains.

    Avec leurs épines qui repoussent les prédateurs, ces cactus sont notamment plantés autour des terrains où sont cultivées d’autres espèces natives et des aliments comme le haricot noir, aliment incontournable de l’assiette des Brésiliens.

    Et l’excédent de production du mandacaru est vendu à une marque française de cosmétiques, pour fabriquer des crèmes et des savons.

    De quoi subvenir aux besoins de sa famille tout en dotant le sol d’une végétation qui le protège du climat extrême.

    « La Caatinga est préservée dans les zones où vivent des communautés traditionnelles » qui adoptent ces pratiques agro-écologiques, assure Luiz Almeida Santos, de l’Institut régional de la petite agriculture appropriée (IRPAA), une ONG locale. « Ce sont les gardiens de la Caatinga ».

    L’une des missions de l’IRPAA est d’enseigner aux communautés locales comment doser l’usage de l’eau, pour que les réserves durent jusqu’aux périodes de sécheresses les plus critiques.

    Citernes vitales

    Sur son terrain à Malhada da Areaia, localité rurale près de Juazeiro, ville du nord de Bahia, Maria Gonçalves dos Santos, 60 ans, montre le chemin parcouru par l’eau de pluie, recueillie sur une plaque de béton pour s’écouler dans une citerne.

    « Ici, toute l’eau est réutilisée », explique-t-elle. Y compris les eaux usées, qui servent à arroser le fourrage destiné aux animaux après avoir été filtrées.

    Mme Gonçalves mesure à la règle le niveau de la citerne de 16.000 litres installée par le gouvernement et tient un registre sur un cahier pour pouvoir doser correctement sa consommation.

    Près d’un million de citernes comme celle-ci ont été installées dans le région depuis 2003.

    Après une réduction drastique de ces installations sous le mandat du président d’extrême-droite Jair Bolsonaro (2019-2022), le programme a été relancé par le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva.

    Mais au-delà de la sécheresse, la survie de la région est également menacée par l’exode rural.

    C’est pourquoi l’IRPAA a installé un centre de formation près de Juazeiro qui a déjà accueilli environ 200 jeunes pour leur apprendre les méthodes d’agro-écologie.

    Anderson Santos de Jesus, 20 ans, n’a pas hésité à parcourir 200 kilomètres pour rejoindre ce centre, depuis le village quilombola (communauté descendants d’esclaves fugitifs) de Curral da Pedra.

    « Dans notre région, nous n’avons pas beaucoup d’opportunités, il faut se déplacer pour aller chercher les connaissances. Je suis heureux à l’idée de pouvoir contribuer au bien-être de ma communauté à mon retour », confie-t-il.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Alcides Peixinho Nascimento dans sa plantation de mandacaru à Serra da Canabrava, dans l’État de Bahia, au Brésil, le 12 juin 2024 © AFP Pablo PORCIUNCULA
  • Forêts tropicales : évaluer l’impact de l’exploitation du bois

    Forêts tropicales : évaluer l’impact de l’exploitation du bois

    Dès l’essor de la foresterie tropicale « moderne », à partir du milieu du XXe siècle, les forestiers des tropiques ont expérimenté des pratiques sylvicoles nouvelles. L’enjeu : suivre la dynamique forestière afin de comprendre les effets de leurs pratiques sur les peuplements forestiers tropicaux. Dès les années 1970, le Centre technique forestier tropical (CTFT) – désormais intégré dans différentes unités de recherche du Cirad – a établi d’ambitieux dispositifs de suivi : des parcelles d’inventaires couvrant plusieurs dizaines d’hectares où tous les arbres de plus de 10 cm de diamètre à hauteur de poitrine sont localisés, identifiés et mesurés régulièrement.

    Certains de ces systèmes de suivi sont encore actifs aujourd’hui, par exemple : dans la forêt de la Téné en Côte d’Ivoire, mis en place en 1976, à M’baïki en République centrafricaine en 1982, à Paracou en Guyane en 1984, dans l’Est Kalimantan en Indonésie (projet STREK) en 1989, à Malinau en Indonésie en 1999 et enfin, en Amazonie au Brésil avec le projet Ecosilva en 2004.

    Tous ont été implémentés en partenariat avec les instituts de recherche forestière des pays concernés, qui ont assuré le suivi des parcelles dans le temps. En plus de ces dispositifs, d’autres instituts, comme l’Embrapa au Brésil ou le FRIM en Malaisie, ont eu la même idée.

    Depuis, le réseau Tropical managed Forest Observatory (TmFO) a été structuré pour fédérer tous les dispositifs de suivi de la dynamique forestière après exploitation installés en forêt tropicale. Il réunit aujourd’hui 30 sites expérimentaux en Amazonie, en Afrique centrale et de l’Ouest et en Asie du Sud-Est (Malaisie, Indonésie), un collectif d’une cinquantaine de chercheurs et techniciens appartenant à 25 institutions de recherche et d’université.

    La particularité de ces dispositifs est d’être les seuls au monde à suivre des forêts aménagées pour l’exploitation du bois d’œuvre, dans l’objectif d’avoir une vision régionale et globale de l’impact à long terme des pratiques sylvicoles, y compris de l’exploitation du bois.

    L’importance de suivre les forêts aménagées

    Mesure de la circonférence d’un arbre dans une parcelle du dispositif Ecosilva en Amazonie brésilienne. Plinio Sist, Fourni par l’auteur

    Les forêts aménagées, exploitées pour le bois d’œuvre, occupent une place importante dans l’économie de nombreux pays tropicaux. Elles sont créatrices de revenus et d’emplois, ainsi que de recettes pour l’État à travers la taxation des produits forestiers et les contrats de concession. Les forêts tropicales naturelles sont de loin les principales sources de bois d’œuvre, les plantations pour la production de bois d’œuvre étant encore très peu répandues en région tropicale.

    Depuis plus de cinquante ans, ces forêts assurent donc la demande du marché qui ne cesse de croître. Comprendre leur capacité à reconstituer le stock de bois prélevé tout en gardant leur fonctionnalité et leurs principales caractéristiques écologiques est essentiel et ne peut se faire sans suivi à long terme de la dynamique forestière.

    À l’origine, ces dispositifs ont surtout été conçus pour élaborer des pratiques sylvicoles aptes à stimuler la productivité de bois d’œuvre, sans trop d’égard pour les autres fonctions des forêts naturelles. Au cours des dernières décennies néanmoins, la perception du rôle des forêts a évolué, glissant d’une vision focalisée sur la production à une vision plus globale de conservation de la biodiversité et de fourniture de services écosystémiques.

    La nécessité de trouver un équilibre entre production, conservation de la biodiversité et fonctionnement de ces forêts s’est alors imposée.

    Évaluer l’impact de l’exploitation du bois

    Dans un contexte de changement climatique, où les forêts jouent un rôle essentiel de puits de carbone, il est apparu urgent, dès les années 2000, de pouvoir estimer le temps nécessaire à une forêt ayant subi une exploitation sélective pour récupérer sa capacité à stocker le carbone.

    Si ce n’était pas leur but initial, ces dispositifs se sont avérés cruciaux pour étudier, par exemple, les stocks de carbone/biomasse. Des études rendues possibles par le suivi régulier de chaque arbre à partir d’un diamètre de 10 ou 20 cm, sur des surfaces allant jusqu’à des dizaines d’hectares et par la connaissance détaillée des pratiques d’exploitation ou sylvicoles, notamment l’intensité d’exploitation (exprimée en nombre d’arbres à l’hectare ou en volume de bois extrait) et son impact immédiat (dégâts d’exploitation).

    Les données accumulées pendant plusieurs décennies ont ainsi permis d’évaluer de façon précise les capacités de reconstitution des forêts aménagées, la réponse des forêts à l’exploitation en matière de volume de bois d’œuvre, de stock de carbone/biomasse et, dans une moindre mesure, l’impact sur la richesse et la composition de la biodiversité.

    Pratiques sylvicoles et changement climatique

    Ces données ont aussi aidé à développer des modèles de simulation et cela de façon d’autant plus valide que les données ont été récoltées sur le long terme. Ces modèles ont permis de constater que la plupart des règles d’aménagement préconisées par les législations forestières des pays tropicaux n’assurent pas une production durable de bois d’œuvre, et qu’il est urgent de revoir ces règles, notamment en allongeant la durée des cycles de rotation et en réduisant de façon significative les intensités d’exploitation.

    Ces résultats révèlent également que les forêts naturelles ne pourront pas, à elles seules, répondre à la demande croissante de bois de la part des marchés. Il faut rapidement développer d’autres sources de production de bois d’œuvre à travers la promotion d’une sylviculture tropicale plus diversifiée. Celle-ci ne doit pas se limiter aux forêts naturelles, mais au contraire chercher à valoriser les forêts dites dégradées, les forêts secondaires, les plantations pluri-spécifiques (composées de plusieurs essences d’arbre) et enfin les agroforêts.

    Les dispositifs de suivi de la dynamique des forêts aménagées demeurent essentiels pour comprendre leur résilience aux pratiques sylvicoles dans un contexte de changement climatique, ce dernier créant des conditions environnementales variables et très différentes de celles existantes lors de l’installation de ces parcelles.

    Il convient donc de pérenniser ces outils de suivi, ce qui exige le financement des campagnes de mesures ainsi que des investissements dans des instruments de mesure des conditions environnementales et climatiques. Par comparaison avec les dispositifs de suivi européens, ceux des régions tropicales sont encore très peu équipés.

    Télédétection pour modéliser l’évolution des forêts

    Pour modéliser dans l’espace à l’échelle régionale – voire continentale – ce qui est appris et mesuré au sein des sites expérimentaux, la télédétection devient indispensable. Elle permet d’avoir une représentation plus large des phénomènes analysés et de mieux évaluer les conséquences des changements environnementaux.

    À cet égard, les sites comme ceux de TmFO permettent de mieux comprendre les signaux radiométriques des forêts exploitées et en cours de régénération, en donnant des points de calibrage et des zones de références indispensables pour relier le terrain aux images satellites ou de drones. Ils sont inclus dans un réseau de super-sites identifiés pour la calibration de nouveaux satellites dédiés au suivi de la biomasse et de la structure forestière.

    Alors qu’un gros travail est entrepris actuellement pour caractériser les forêts dégradées à l’échelle de la planète, les informations obtenues sur le terrain sont indispensables pour relier physiquement ce qui se passe au sol avec ce qui est mesuré en altitude. Réunies, ces données permettent d’ajuster les modèles de croissance, de régénération et de stockage de carbone à des échelles beaucoup plus larges, au-delà des sites eux-mêmes.

    Le 5 juin 1984 naissait le Cirad fondé par décret. Depuis 40 ans, les scientifiques du Cirad partagent et co-construisent avec les pays du Sud des connaissances et des solutions innovantes pour préserver la biodiversité, la santé végétale et animale, et rendre ainsi les systèmes agricoles et alimentaires plus durables et résilients face aux changements globaux.
    Plinio Sist, Écologue des forêts tropicales, Cirad; Adeline Fayolle, Chercheuse, Cirad; Camille Piponiot, Chercheuse, Cirad; Géraldine Derroire, Chercheuse, Cirad et Valéry Gond, Géographe, Cirad
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Photoouverture©CC0 Domaine public