Catégorie : Technologies

  • L’IA « accélère la crise climatique », alerte l’experte Sasha Luccioni

    L’IA « accélère la crise climatique », alerte l’experte Sasha Luccioni

    Une intelligence artificielle (IA) générative utilise « 30 fois plus d’énergie » qu’un moteur de recherche classique, alerte la chercheuse Sasha Luccioni qui veut sensibiliser la population à l’impact environnemental de cette nouvelle technologie.

    Reconnue comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du monde de l’IA par le magazine américain Time en 2024, cette Canadienne d’origine russe cherche depuis plusieurs années à quantifier les émissions de programmes comme ChatGPT ou Midjourney.

    « Je trouve ça particulièrement décevant qu’on utilise l’IA générative pour faire une recherche sur Internet », déplore la chercheuse rencontrée par l’AFP à la conférence ALL IN dédiée à l’intelligence artificielle à Montréal.

    Les modèles de langage sur lesquels ces IA se fondent exigent en effet d’énormes capacités de calcul pour s’entraîner sur des milliards de données, ce qui nécessite des serveurs puissants. A cela s’ajoute l’énergie consommée pour répondre aux requêtes d’un utilisateur.

    Au lieu d’extraire des informations, « comme le ferait un moteur de recherche pour trouver la capitale d’un pays par exemple », ces IA « génèrent de nouvelles informations », rendant le tout « beaucoup plus énergivore« , souligne-t-elle.

    Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en combinant l’IA et le secteur des cryptomonnaies, les centres de données ont consommé près de 460 TWh d’électricité en 2022, soit 2% de la production mondiale totale.

    « Efficacité énergétique »

    Précurseure dans la recherche sur l’impact de l’IA sur le climat, Sasha Luccioni a participé en 2020 à la création d’un outil destiné aux développeurs pour quantifier l’empreinte carbone de l’exécution d’un morceau de code. « CodeCarbon » a depuis été téléchargé plus d’un million de fois.

    Celle qui dirige la stratégie climatique de la startup Hugging Face, une plateforme de partage de modèles d’IA en libre accès, travaille désormais à la création d’un dispositif de certification des algorithmes.

    Similaire à celui d’ »Energy Star », qui attribue des notes selon la consommation énergétique d’un appareil aux Etats-Unis, ce programme, qu’elle compare aussi au Nutri-score français dans l’alimentaire, permettrait de connaître la consommation énergétique d’un modèle afin d’inciter les utilisateurs et développeurs à « prendre de meilleures décisions ».

    « On ne prend pas en compte l’eau ni les matériaux rares », reconnaît-elle, « mais au moins, on sait que pour une tâche spécifique, on peut mesurer l’efficacité énergétique et dire que ce modèle-là a un A+, puis ce modèle-là a un D », précise-t-elle.

    « Transparence »

    Afin de développer son outil, Sasha Luccioni l’expérimente sur des modèles d’IA générative accessibles à tous (open source) mais elle aimerait également le faire sur les modèles de Google ou encore OpenAI (le créateur de ChatGPT) qui restent pour l’instant réticents.

    Bien qu’ils se soient engagés à parvenir à la neutralité carbone d’ici à la fin de la décennie, ces géants du monde de la tech voient leurs émissions de gaz à effet de serre augmenter en 2023 à cause de l’IA: +48% pour Google par rapport à 2019 et +29% pour Microsoft par rapport à 2020.

    Si on ne fait rien pour réguler ces systèmes d’IA, « on accélère la crise climatique », soupire la trentenaire qui demande plus de transparence de la part de ces entreprises.

    Et la solution, dit-elle, pourrait venir des gouvernements qui, pour l’instant, « naviguent à l’aveugle », sans savoir ce qu’il y a « dans les jeux de données ou comment sont entraînés les algorithmes ».

    « Une fois qu’on a la transparence, on peut commencer à légiférer », soutient l’experte.

    « Expliquer aux gens »

    Pour la chercheuse montréalaise, il faut aussi « expliquer aux gens ce que l’IA générative peut faire et ne peut pas faire, et à quel coût ».

    Dans sa dernière étude, celle qui fait de nombreuses interventions à l’international a ainsi démontré que produire une image en haute définition à l’aide d’une intelligence artificielle consomme autant d’énergie que recharger entièrement la batterie de son téléphone portable.

    A l’heure où de plus en plus d’entreprises veulent démocratiser cette nouvelle technologie en l’intégrant sous plusieurs formats (robot conversationnel, appareils connectés, recherches en ligne), Sasha Luccioni prône la « sobriété énergétique ».

    L’idée ici n’est pas de s’opposer à l’IA, souligne-t-elle, mais plutôt de choisir les bons outils et les utiliser judicieusement.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©À la conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC) à Shanghai, le 4 juillet 2024 © AFP/Archives STR

  • Pour le climat, Berlin se transforme en éponge

    Pour le climat, Berlin se transforme en éponge

    Un trou béant de 20 mètres de profondeur éventre le coeur de Berlin. D’ici deux ans, ce chantier titanesque donnera naissance au plus grand réservoir de la capitale allemande, capable de recueillir des eaux devenues précieuses.

    « Avant, l’objectif était d’évacuer les eaux de pluie pour traverser la ville sans bottes de caoutchouc », plaisante le porte-parole de la gestion des eaux de Berlin, Stephan Natz, casque de chantier vissé sur la tête au bord du cratère de béton.

    Mais la métropole a changé de cap et oeuvre désormais à stocker l’eau de pluie là où elle tombe pour limiter les inondations et lutter contre la sécheresse.

    C’est le concept de la « ville-éponge », théorisé dès les années 1970 et adopté en 2018 par Berlin.

    Aux Etats-Unis, en Chine, en Europe, de nombreuses centres urbains se sont convertis à cette démarche qui propose d’absorber, collecter, drainer et ré-utiliser les eaux de ruissellement.

    Le changement climatique entraîne « une répartition plus discontinue des pluies, c’est-à-dire des sécheresses auxquelles succèdent de fortes pluies, et un réchauffement toujours croissant, qui augmente l’évaporation », explique M. Natz.

    Cinq piscines olympiques

    Symbole de la transformation en cours : la réserve d’eau géante en construction dans le centre de la capitale, à moins de deux kilomètres de l’emblématique Porte de Brandebourg.

    Le bassin de 40 mètres de diamètre recueillera près de 17.000 m3 d’eau –cinq fois la capacité d’une piscine olympique– la stockera puis l’enverra en station d’épuration.

    Car avec un système d’égouts vieux de 150 ans et des intempéries plus extrêmes que dans le passé, la ville n’est plus capable de gérer à la fois les eaux usées et les eaux de pluie: « en cas de fortes pluies, les eaux se mélangent et débordent jusque dans le fleuve de la Spree, provoquant la mort des poissons et une pollution visuelle », explique Stephan Natz.

    Dans le même temps, Berlin, pourtant construite sur d’anciens marais, fait face à un sévère manque d’eau depuis plusieurs années.

    Après cinq ans de sécheresse, les nappes phréatiques n’ont toujours pas retrouvé leur niveau normal, selon des données de l’Institut Leibniz pour l’écologie des eaux douces et la pêche.

    « Il y a eu une lente prise de conscience de la valeur de l’eau à Berlin. C’est l’un des endroits les plus secs d’Allemagne », souligne Darla Nickel, la directrice de l’Agence de gestion des eaux de pluie de la capitale allemande, créée pour accompagner la transformation de la ville en éponge.

    Chaque nouveau projet immobilier est désormais tenu d’appliquer cette stratégie en développant des techniques de récolte des eaux de pluie.

    Sorti de terre il y a environ 5 ans, le Quartier 52 degrés Nord, dans le sud-ouest de la ville, applique avec soin les nouveaux préceptes.

    Autour de trois grands bassins en enfilade où le vent souffle dans les roseaux, jeunes parents avec poussettes, enfants et personnes âgées se côtoient joyeusement.

    « Tout simple ! »

    L’eau de pluie « est collectée sur les toits végétalisés et dans ces bassins. L’eau s’évapore, créant ainsi un air plus agréable », explique Darla Nickel. Les trottoirs végétalisés sont également inclinés pour que l’eau s’infiltre plus facilement dans les sols.

    « Vous voyez ça peut être vraiment tout simple! » s’exclame Mme Nickel.

    Mais l’enjeu est aussi de multiplier ce type de mesures en coeur de ville — même si Berlin est deux fois moins dense que Paris.

    « Nous avons progressé beaucoup plus lentement avec le bâtiment existant qu’avec les nouvelles constructions », concède Darla Nickel.

    Dans un quartier historique de Berlin, une place est par exemple en cours de rénovation pour collecter l’eau de pluie et l’injecter dans les nappes phréatiques.

    L’agence de gestion des eaux de pluie accompagne plus d’une trentaine de projets en lien avec la « ville-éponge ».

    La municipalité incite aussi les particuliers à installer des récupérateurs d’eau ou un toit végétal en les exemptant de redevance pour la gestion et l’épuration des eaux de pluie.

    Les responsables locaux sont néanmoins conscients qu’il faudra plusieurs générations avant que Berlin ne devienne vraiment une « éponge ». « Reste à savoir si le changement climatique nous en laissera le temps », observe Stephan Natz.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Des excavateurs creusent un bassin souterrain de débordement des eaux de pluie, dans le quartier de Mitte à Berlin, le 17 mai 2024 © AFP John MACDOUGALL
  • Réduire l’empreinte carbone du ciment en le recyclant

    Réduire l’empreinte carbone du ciment en le recyclant

    La production de ciment émet beaucoup de gaz à effet de serre car elle requiert d’importantes quantités d’énergie fossile. Si la production de ce matériau de construction employé pour obtenir du béton était un pays, ce serait le 3e émetteur mondial de gaz à effet. Universscience présente en vidéo une nouvelle méthode de recyclage du ciment mise au point par des scientifiques de Cambridge. Leur procédé repose sur l’électricité plutôt que le charbon, ce qui, à condition de recourir à une énergie propre, permet d’obtenir du ciment avec un bilan carbone bien moins élevé.

     

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici.
  • Un sommet inédit pour en finir avec des modes de cuisson délétères

    Un sommet inédit pour en finir avec des modes de cuisson délétères

    C’est un équipement du quotidien aux impacts immenses: 2,3 milliards d’humains cuisinent encore en brûlant du bois, du charbon ou d’autres combustibles dans des systèmes rudimentaires et polluants, un enjeu sanitaire, social et climatique majeur qui sera au coeur d’un rendez-vous sans précédent organisé ce mardi à Paris.

    Aujourd’hui, un tiers de la population mondiale recourt à des foyers de cuisson ouverts ou à des poêles rudimentaires alimentés au bois, charbon de bois, charbon, kérosène, déchets agricoles ou bouses, selon un rapport Agence internationale de l’énergie (AIE)-Banque africaine de développement (BAD)-ONU qui l’an dernier avait lancé l’alerte.

    Brûler ces combustibles pollue l’air intérieur comme extérieur avec des particules fines qui pénètrent dans les poumons et causent de multiples problèmes respiratoires et cardiovasculaires, jusqu’à des cancers ou des AVC. Les émanations provoquent chaque année 3,7 millions de morts, troisième cause de décès prématurés dans le monde et deuxième en Afrique. Chez le jeune enfant, c’est une cause majeure de pneumonie.

    Les premières victimes en sont les femmes et les enfants, qui passent en outre des heures chaque jour à chercher des combustibles, autant de temps non consacré à l’école.

    Gouvernements, institutions, ONU, entreprises… quelque 800 participants et représentants de 50 pays sont annoncés mardi au siège de l’Unesco à l’invitation de l’AIE, de la BAD et des dirigeants tanzanien et norvégien.

    Objectif premier de cette réunion avant tout centrée sur l’Afrique, première zone concernée: réunir des engagements, financiers et en terme de projets, dont le détail et la somme seront publiés à la mi-journée.

    « Ce sera une réunion sans précédent, mais elle se veut surtout un événement permettant de changer de direction », a dit à des journalistes Laura Cozzi, directrice durabilité et technologie à l’AIE, qui suit la question depuis 25 ans.

    Le sujet des modes de cuisson « est transversal, il touche à tant de problèmes, il est temps de le placer au centre de l’attention ».

    La responsable promet « une réelle action de mobilisation » et attend des annonces de montants « très très encourageants ».

    « Une évidence »

    Autre problème: les émissions de méthane (liées à une combustion souvent mauvaise), mais aussi la déforestation, qui trouve là une cause massive, contribuent au réchauffement climatique.

    Selon l’AIE, émanation de l’OCDE, passer à des équipements de cuisine « propres » d’ici 2030 ferait économiser à la planète 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an (équivalent CO2), l’équivalent des émissions de l’aviation et du transport maritime (sur une cinquantaine de milliards de tonnes par an).

    Des progrès ont été réalisés dans les grands pays d’Asie, avec depuis 2010 un milliard de personnes dotées d’appareils culinaires moins nocifs (marchant au solaire, biogaz ou même au gaz de pétrole liquéfié). Mais quatre ménages sur cinq en restent privés en Afrique subsaharienne, où la situation se détériore.

    « Il y a eu des progrès au Kenya, Ghana, Tanzanie… mais ce que nous voyons vraiment est que la croissance de la population est en train de dépasser les progrès » sur ce continent, prévient Daniel Wetzel, expert à l’AIE.

    Les montants nécessaires estimés restent pourtant modestes, note l’agence: il faudrait 4 milliards de dollars annuels pour régler une large part du problème en Afrique d’ici 2030, quand seuls 2 milliards sont aujourd’hui investis, pour l’essentiel dans le reste du monde. C’est « une minuscule fraction » des investissement mondiaux dans l’énergie (2.800 milliards en 2023), souligne l’AIE.

    « Pourtant il est difficile d’imaginer mesure plus efficace par dollar investi », souligne M. Wetzel. « C’est une évidence, il faut s’y atteler. »

    Instaurer des plans d’action volontaristes à l’échelle nationale, supprimer les taxes et restrictions d’importation de ce type d’appareils… sont autant de mesures nécessaires.

    Un soutien financier est aussi indispensable, ajoutent les experts: la plupart des foyers africains privés d’équipement adéquat ne peuvent aujourd’hui s’offrir ni cuisinière appropriée ni combustible, sans aides ou incitations.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Cuisson au feu de bois à Kaabong, en Ouganda, le 25 mai 2022 © AFP/Archives Badru KATUMBA
  • Comprendre l’impact du béton pour l’employer de façon raisonnée

    Comprendre l’impact du béton pour l’employer de façon raisonnée

    Le béton se retrouve dans 80 % des constructions humaines. En quelques décennies, ce matériau s’est imposé dans l’architecture et l’urbanisme.

     

    Cependant, sa fabrication a un impact énorme sur la biodiversité en raison des quantités de sable qu’il requiert pour être produit. Dans cette vidéo de 28 minutes, l’émission d’Arte, l’architecte Alia Bengana explique quel est l’impact environnemental du béton et plaide pour un usage parcimonieux de ce matériaux de construction, elle propose, par exemple, ainsi d’en limiter l’usage à la structure et de l’associer avec d’autres matériaux de construction locaux.

    https://www.youtube.com/watch?v=Zj8G0G8uBHk&t=1s
    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici.
  • Quand l’industrie textile rencontre celle du recyclage plastique

    Quand l’industrie textile rencontre celle du recyclage plastique

    Jusqu’à présent, nos vêtements en polyester finissaient incinérés ou en décharge. Depuis deux ans toutefois, une start-up de Clermont-Ferrand installée sur une friche de Michelin se présente comme la seule au monde à pouvoir recycler biologiquement les fibres synthétiques, afin qu’elles puissent servir à tisser de nouveaux fils.

    C’est sur un terrain libéré par Michelin qu’on visite le démonstrateur industriel de Carbios, en cours de finalisation. La jeune société s’apprête à recevoir sa première tonne de vêtements en polyester à recycler, collectés par une start-up parisienne, Weturn.

    « Jusqu’à présent, il n’existait pas en France de solutions de recyclage enzymatique; tous les polyester qu’on collectait étaient détruits. Il n’y avait pas d’autres solutions. C’était valorisé en énergie », c’est-à-dire brûlé, explique Sophie Pignères, fondatrice de Weturn, présente vendredi dernier lors d’une visite en présence du ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

    L’objectif est de remplacer les textiles techniques venant d’Asie, faits bien souvent à partir de bouteilles en plastique. L’idée de pouvoir véritablement recycler les vêtements fascine l’industrie du textile.

    « On est le secteur qui a été le premier à être mondialisé, on est le secteur considéré comme le plus pourri de la planète, on va montrer que c’est possible de faire des textiles en économie circulaire, accessibles et vertueux. On va montrer l’exemple ! », s’exclame Éric Boël.

    Il dirige Nouvelles Fibres Textiles, une usine basée à Amplepuis (Rhône). Son but: tisser les maillons d’une chaîne de recyclage du textile synthétique, le célèbre polyester qui s’entasse dans les décharges. Sa molécule de base est identique à celle des bouteilles d’eau minérale, le polythéréphtalate d’éthylène ou PET.

    « La boucle est bouclée »

    Depuis deux ans, l’usine de tri automatisé de textile en fin de vie de M. Boël alimente en polyester usagé le démonstrateur de Carbios, où des enzymes vont décomposer les molécules complexes de PET.

    Actuellement, moins de 1% des tissus qui composent nos vêtements sont recyclés pour en faire de nouveaux, selon la Commission européenne. Seuls 22% sont collectés pour être réutilisés ou recyclés — essentiellement en chiffons, rembourrages ou isolants, mais quasi jamais en nouvelles fibres permettant de refaire des vêtements en polyester.

    Weturn s’est spécialisée dans le sauvetage de la destruction des textiles inutilisés, des stocks dormants et de « tout ce qui était autrefois incinéré pendant des décennies partout dans le monde » souligne Sophie Pignères.

    Depuis la loi AGEC sur l’économie circulaire adoptée début 2020, Weturn collecte les invendus du secteur du luxe ou du milieu de gamme, aidant les marques à se mettre en conformité avec la loi anti-gaspillage qui interdit la destruction des invendus.

    Les textiles sont récupérés, triés puis envoyés vers les filières de recyclage, selon la matière. Jusqu’à présent, l’entreprise refusait le polyester, parce qu’ »on ne savait pas le traiter ».

    Son rapprochement avec Carbios devrait permettre de combler le fossé. « On peut collecter 20 tonnes de polyester par an » dit-elle.

    En bout de chaîne, les textiles deviendront de nouveaux fils pour développer de nouvelles collections de textile, à usage technique, extérieur ou bagagerie. Puis elle les vendra à leurs clients d’origine, ceux dont sont issues les matières recyclées: « la boucle est bouclée » souffle Sophie Pignères.

    « On franchise des enzymes »

    Fin 2025, Carbios lancera sa première usine grandeur nature, à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle avec le géant mondial du PET Indorama. D’ici 2027, l’entreprise espère traiter 50.000 tonnes de déchets par an.

    Ensuite, « au lieu d’acheter de la matière première pétrosourcée, les entreprises vont acheter de la matière première de Carbios. Notre première usine va être rapidement saturée en termes de production, il va falloir qu’on en monte rapidement d’autres », prévoit Emmanuel Ladent, directeur général de Carbios.

    « On a prévu de licencier la technologie. Des gens vont acheter la technologie pour monter eux-mêmes des usines, on a pas mal de discussions en cours pour ces licences avec des partenaires du plastique et du déchet, français et mondiaux »: « Le modèle Carbios, c’est un peu Mc Donald’s, sauf que nous, on franchise des enzymes et une technologie ».

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Le logo de la société Carbios, spécialisée dans le recyclage enzymatique des plastiques PET et du polyester, photographiée à Clermont-Ferrand, le 29 septembre 2021 © AFP/Archives Thierry ZOCCOLAN
  • Antarctique : un navire piste les traces du changement climatique

    Antarctique : un navire piste les traces du changement climatique

    Un navire scientifique colombien transportant une quarantaine de chercheurs explore actuellement des zones reculées du continent polaire et prélève notamment des échantillons sous-marins pour faire avancer la compréhension du réchauffement climatique.

    « L’Antarctique est le réfrigérateur de la planète« , explique à l’AFP Pablo Araujo, un chercheur de l’Université centrale d’Equateur qui fait partie des 39 scientifiques à bord de l’ARC Simon Bolivar.

    Progressant au milieu d’immenses blocs de glace, des pingouins et des baleines, ce navire de la marine colombienne est associé à 11 projets colombiens et à 9 autres fondés sur la coopération internationale.

    « Nous voulons voir comment le changement climatique affecte le réfrigérateur du monde et la quantité totale de nutriments » présents ici dans la mer, précise Pablo Araujo.

    A bord du navire, ce scientifique équatorien mène un projet de modélisation des écosystèmes de l’Antarctique fondé sur des techniques d’apprentissage automatique, une branche de l’intelligence artificielle centré sur l’étude d’algorithmes statistiques.

    En croisant ces modélisations avec des images satellites, les chercheurs étudient les dynamiques de flux des gaz à effet de serre sur les écosystèmes en Antarctique.

    Sur le navire, une équipe colombienne plonge, elle, plusieurs bouteilles de prélèvement dans l’océan pour récupérer des échantillons et « procéder ultérieurement à des analyses« , indique Alexis Grattz, de la Direction générale des affaires maritimes colombienne.

    Non loin de là, sur l’Ile Greenwich, où est basée la mission scientifique équatorienne, une station météorologique portable a été installée pour enregistrer les oscillations de pression atmosphérique dans la zone.

    Ces mesures sont prises pour « nous aider à en savoir plus sur les variations des niveaux de la mer en tant qu’indicateur important de l’évolution du changement climatique« , indique Maritza Moreno, chercheure à la Direction générale des affaires maritimes colombienne.

    Une mission turque étudie elle les niveaux de concentration dans le sol d’hydrocarbures aromatiques polycyclique (HAP), constituants naturels du charbon et du pétrole.

    « J’analyserai ces échantillons pour rechercher des polluants organiques persistants et j’étudierai les effets sur des humains ici dans cet environnement« , explique Burak Karacik, professeur à l’Université technique d’Istanbul.

    Article publié aves l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Le navire scientifique ARC Simon Bolivar le 19 janvier 2024 dans les eaux de l’Antarctique © AFP JUAN BARRETO
  • L’Hypothèse K d’Aurélien Barrau

    L’Hypothèse K d’Aurélien Barrau

    Dans son dernier livre L’Hypothèse K La science face à la catastrophe écologique publié chez Grasset , l’astrophysicien Aurélien Barrau interroge les liens entre la science et la technologie. Et donc leur place dans la société. Il effectue une critique de la science en mettant en lumière le biais très répandu de ne voir celle-ci que comme seule et unique manière de faire face aux défis à que l’humanité doit relever. Aurélien Barrau plaide donc pour un questionnement de ce qu’est la science. Il énonce ce qu’il appelle « l’hypothèse K. », un laisser-faire entraînant une prolifération technique exponentielle non maitrisée. Entre perte de sens, foi dans le technosolutionnisme et manque de vision du monde, ce texte suggère de réinvestir la science sous d’autres modalités, prenant en compte le vivant. GoodPlanet Mag’ republie dans ses pages Débattre des bonnes feuilles extraites du livre L’Hypothèse K La science face à la catastrophe écologique. Il pointe du doigt le caractère hors de contrôle d’une technologie caractérisée par une forme de vacuité, au lieu de répondre aux enjeux de son temps, elle se développe pour se développer.

    Il n’est pas aberrant de penser la catastrophe écologique à l’aune d’un déséquilibre devenu intenable – au profit de la seconde – entre poussée artistique et pulsion technique. Si la première doit être ici comprise comme une épiphanie continuée de culture et de porosité aux innombrables visages de l’altérité, la seconde référerait davantage à un désir impérieux d’appropriation de la puissance d’agir. Un hubris inflationnaire. La spécificité de la production techno-logique tient en ceci qu’elle peut, en partie, s’affranchir de ses créateurs. Nous serions, partiellement, devenus les esclaves – au moins les serviteurs – résignés d’un mécanisme expressément parasitaire3. La symbiose s’est rompue.

    Plus fondamentale encore serait sans doute la conjecture d’un développement littéralement cancéreux de la production technique.

    Puisqu’en grec ancien karkinos désigne le crabe, cette proposition pourrait être nommée « hypothèse K. ».

    Les caractéristiques des cellules cancéreuses s’appliquent, pour l’essentiel, aux entités techniques dès lors que le « corps » dont elles sont issues est redéfini de façon à inclure les productions humaines dans une organicité hybride. Mutations, métastases, prolifération… Les cellules malignes vivent leurs propres mécanismes de sélection. Elles échappent à l’homéostasie comme à la sénescence.

    Elles ont évidemment besoin de l’hôte pour exister mais elles n’en dépendent plus que marginalement, jusqu’à son trépas. Ainsi en va-t-il, au moins en partie, de nos machines.

    L’idée est intéressante si elle dépasse la simple métaphore. Ce « tiers état » de la matière obéit à une logique spécifique. Pour malignes qu’elles soient, les cellules cancéreuses n’en demeurent pas moins évolutives et capables d’adaptation.

    Par certains aspects, elles constituent – dotées d’une forme d’immortalité perverse* – ce qui peut être pensé comme une « version plus avancée de nous-même5 ». Quoique profondément absurde. La cellule pathologique se fait obstinément individualiste, elle ne se soucie plus du corps qui l’héberge. Affronter le cancer, c’est « rencontrer une espèce parallèle, peut-être plus adaptée à la survie que nous le sommes nous-mêmes ».

    Quoique de façon détournée, la logique fondamentale de l’évolution prend ici sa forme paroxystique. La maladie n’est pas purement clonale : elle se révèle bien, comme l’avait suspecté Galien, fondamentalement systémique. Elle avance de façon souvent erratique et imprévisible. Étonnamment, tous les fondamentaux de la prolifération ingénierique sont réunis.

    L’après-guerre et la lutte contre les lobbies du tabac et de l’alcool ont montré que si l’élimination du carcinogène – c’est-à-dire des causes – constitue sans conteste la manière la plus efficace d’endiguer les cancers, elle se fait aussi la plus socialement complexe à implémenter.

    La situation se répète aujourd’hui avec les pollutions diverses qui contribuent significativement à diminuer l’espérance de vie, en particulier d’ailleurs en contribuant vraisemblablement à plus de 10 % des cancers.

    Ce qui ne manque pas d’ironie : le cancer technique relèverait presque, en ce sens, d’un méta-cancer puisque, entre autres méfaits, il se révèle profondément favorable à l’émergence de cancers biologiques ! Curieusement, et très inconséquemment, les mesures préventives – et le sentiment de privation de liberté qui les accompagne inexorablement – nous sont souvent beaucoup plus difficiles à accepter que les efforts curatifs, aussi désespérés ces derniers soient-ils parfois.

    La cellule cancéreuse peut donc être vue comme une « machine dérangée » : grossièrement, les oncogènes sont analogues à des accélérateurs coincés à fond et les suppresseurs tumoraux inactivés s’apparentent à des freins faisant cruellement défaut. Un automate fou, certes, mais pas inefficient. Insensé, mais pas impuissant. Dans sa quête frénétique – et réussie, tant que le patient ne succombe pas – d’immortalité, le cancer interroge la normalité en tant que telle. Parangon du paradoxe de Canguilhem : anormal ou anomal ?

    Pour toutes ces raisons, penser le développement technique comme un processus métastatique – c’est-à-dire « au-delà du calme » – ne relève peut-être pas d’une simple analogie. Plus que de similitudes, il s’agit, semble-t-il, d’une véritable homologie.

    Ce nouveau cancer se baptiserait : prométhome.

    Les braises étaient malignes.

    Si ce diagnostic est juste, quelques importantes leçons peuvent en être tirées. L’analyse de Donella Meadows10 montre que face à la catastrophe écologique, seule l’identification des « points leviers » permet d’espérer une issue décente. Ceux-ci ne peuvent être reconnus que si l’agencement complexe des interdépendances est mis en lumière. Encore faudra-t-il, in fine, les utiliser dans le « bon » sens : Meadows a beau jeu de rappeler que la croissance économique a été, depuis longtemps, comprise comme étant un levier essentiel mais que, hélas, c’est presque toujours du côté délétère de la bascule que nous continuons d’appuyer !

    Quels enseignements l’oncologie nous offre-t-elle ? Quelles clefs la compréhension des cancers biologiques donne-t-elle pour appréhender le techno-cancer, le prométhome ?

    D’abord, le cancer n’est pas toujours autonome. La croissance peut être soutenue et propagée par la fonction hormonale de l’hôte. Se cache ici un ressort important, une forme d’hétéronomie auto-induite qui peut aider à combattre le pathogène. Les complices sont parfois cachés dans la citadelle et il convient de le garder en mémoire. Chacun est à soi-même son cheval de Troie et l’homo homini lupus vaut à l’échelle des civilisations. À ceci près que le loup a pris la figure de la proie.

     Ensuite, et plus profondément, l’histoire de la médecine montre que la seule intervention ayant jamais permis de réduire drastiquement la mortalité d’une maladie est la prévention.

    Face à un carcinome pulmonaire comme face à un techno-cancer, il s’agit d’un levier extraordinairement puissant mais nécessitant d’affronter, d’une part, les groupes de pression et les inerties systémiques et, d’autre part, obligeant à mettre sur la table la question délicate, pour ne pas dire taboue, de la valeur d’une vie. Cette approche simple et presque évidente, singulièrement efficace pour contrer, par anticipation, le développement mortifère, s’est avérée, en pratique, être l’une des plus difficiles à mettre en place. La volonté délibérée de l’industrie de la cigarette, par exemple, de semer le doute pour neutraliser l’évidence des faits fut mise en lumière par un rapport interne de la FTC en 1969. La même astuce fut utilisée par nombre de pétroliers à l’origine d’un large pan de la désinformation alimentant le climatonégationnisme.

    Elle demeure l’arme essentielle de toute une technosphère craignant plus que la peste l’émergence d’une réflexion sur le sens et sur les finalités. Dans ce cas, il s’agit moins d’un choix délibéré de cacher les risques que d’un désir farouche de ne surtout pas penser les significations. Ce qui revient in fine au même. Le cynisme crasse ayant laissé place à une délictueuse frivolité. Au seuil de la désinvolture.

    De l’intelligence artificielle aux nouvelles générations de téléphonie mobile, en passant par les gadgets connectés, l’unique question qui n’est jamais discutée par les experts et les expertes, et qui serait pourtant la seule méritant de l’être véritablement, se résumerait à : « Veut-on le faire ? » L’hypothèse implicite d’une évidente désirabilité de toute forme d’artificialisation n’est pas seulement fausse, elle est proprement coupable. Nous inventerons quelques « contre-mesures » pour amoindrir tel ou tel effet secondaire délétère mais nous n’envisageons jamais sérieusement la prévention.

    Quand les machines ou les programmes sont en croissance tumorale, pratiquement plus rien ne peut être entrepris.

    Le Sénat français a récemment autorisé l’activation à distance des microphones et caméras des téléphones portables, à l’insu de leurs utilisateurs, dans le cadre de certaines enquêtes. Nouveau foyer métastatique donc : le coeur de l’intimité, livré à Google comme à la police.

    Signe de l’imminence de la phase terminale ?

    Il n’est évidemment ni utile ni souhaitable de « détruire » l’arsenal technique qui nous est aujourd’hui accessible. Cela fait maintenant partie du monde et personne ne souhaite « revenir à l’âge des cavernes », suivant l’expression consacrée. Mais il est possible d’anticiper les nouveaux foyers malins. Il est, à tout le moins, autorisé d’envisager de prévenir le déploiement du cancer plus que de s’engouffrer dans les modalités d’un guérir incertain.

    L’approche symptomatique ne fonctionne jamais au long cours, l’investigation doit devenir étiologique. Et téléologique. Autrement dit : sans penser les causes et les fins, traiter les seuls signaux externes relève d’une prise en charge réanimatoire sans ambition thérapeutique claire.

    NOTE 

    *  Des cultures de cellules cancéreuses ont permis de poursuivre le développement de ces dernières plusieurs dizaines d’années après la mort du patient.

    Extrait de L’Hypothèse K La science face à la catastrophe écologique par Aurélien Barrau, 2023, éditions Grasset

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici.

  • Le prince William honore cinq innovateurs environnementaux

    Le prince William honore cinq innovateurs environnementaux

    Le prince William a honoré mardi cinq innovateurs environnementaux avec son prix Earthshot lors d’une cérémonie au Theatre at Médiacorp à Singapour.

    L’initiative Earthshot Prize vise à soutenir le développement de solutions aux plus grands problèmes de la planète, comme le changement climatique, la déforestation et les déchets.

    Les cinq gagnants – sélectionnés par un jury comprenant le naturaliste et présentateur de télévision britannique David Attenborough – ont reçu chacun un million de livres (1,2 million de dollars).

    « Je choisis de croire que les générations futures considéreront cette décennie comme le moment où nous avons pris des mesures collectives pour notre planète », a déclaré le prince William, héritier du trône britannique, lors de l’assemblée.

    L’événement était co-animé par l’actrice britannique Hannah Waddingham et l’acteur américain Sterling K. Brown. L’actrice australienne Cate Blanchett, l’acteur hongkongais Donnie Yen et l’actrice sud-africaine Nomzamo Mbatha étaient parmi les stars à fouler le tapis vert.

    La chanteuse américaine Bebe Rexha, le groupe indie-pop britannique Bastille et le groupe de rock américain OneRepublic figuraient parmi les artistes à monter sur scène.

    Fondé par le prince en 2020, le nom du Earthshot Prize s’inspire du projet « Moonshot » du président américain John F. Kennedy dans les années 1960 visant à envoyer un homme sur la Lune.

    Un gagnant est sélectionné dans chacune des cinq catégories du prix parmi 15 finalistes, choisis parmi plus de 1 100 nominés.

    Cette année, Accion Andina, une initiative populaire œuvrant dans toute l’Amérique du Sud pour restaurer et protéger les écosystèmes forestiers de la cordillère des Andes, a remporté le prix pour « Protéger et restaurer la nature ».

    La société GRST, basée à Hong Kong, a remporté le prix « Améliorer la qualité de notre air », pour avoir développé un moyen de construire et de recycler des batteries lithium-ion moins polluantes et utilisant davantage de composants recyclables.

    Le prix pour « Construisez un monde sans déchets » a été attribué à S4S Technologies, qui fournit des séchoirs à énergie solaire et des équipements de transformation des aliments aux petits agriculteurs indiens afin de réduire le gaspillage des récoltes.

    Le programme marin de l’organisation américaine à but non lucratif WildAid a remporté le prix « Raviver nos océans » pour ses efforts visant à mettre fin à la pêche illégale et à promouvoir la conservation des océans.

    Boomitra, un marché de crédits carbone qui récompense les agriculteurs pour leurs pratiques de gestion durable des terres, a reçu le prix « Corriger le climat ».

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Le prince William s’entretient avec l’actrice autralienne Cate Blanchett lors de la cérémonie le 7 novembre 2023 de remise du prix Earthshot à Singapour. © AFP MOHD RASFAN
  • Le soleil brille sur l’énergie albanaise

    Le soleil brille sur l’énergie albanaise

    La terre est salée, le soleil tape, et dans quelques semaines les 234.828 panneaux solaires de la centrale de Karavasta seront branchés au circuit électrique. Et l’Albanie pourra continuer à vanter son électricité 100% verte.

     

    C’est l’entreprise Voltalia, dont la famille Mulliez est le principal actionnaire, qui a construit en moins de deux ans ce qui deviendra la plus grande centrale solaire des Balkans occidentaux.

    Installée sur 200 hectares en bordure du parc national de la lagune de Karavasta, des terrains fournis par le gouvernement albanais, la centrale pourra produire 140 Mega Watts, de quoi fournir en électricité plusieurs centaines de milliers de foyers.

    Petit pays de bord de mer, l’Albanie a connu des coupures d’électricité quotidiennes entre la fin de la dictature en 1991 et les années 2000. Si la situation s’est améliorée, le pays connait encore des crises énergétiques régulières.

    Avec 99% de la production d’électricité assurée par des centrales hydroélectriques, l’Albanie craint les sécheresses, et les infrastructures datant parfois de la dictature ont du mal à suivre le développement du pays et les millions de touristes qu’il accueille désormais chaque année. En 2022, une étude officielle avait ainsi alerté sur l’état des barrages – et des projets de nouveaux barrages ont été annulés, contestés par des ONG environnementales.

    Les milliers d’heures d’ensoleillement annuel de Karavasta devraient permettre une production stable.

    Dès cet hiver, explique Constantin von Alvensleben, responsable de Voltalia pour l’Albanie, « 100 % de l’énergie produite par la centrale solaire de Karavasta sera revendue à la société nationale albanaise, qui la distribuera à son tour via la société de distribution albanaise OSHEE.

    Si l’Albanie génère un surplus d’énergie électrique, elle pourra exporter l’électricité vers des utilisateurs de pays voisins tels que la Grèce, l’Italie, le Kosovo, le Monténégro ou la Macédoine du Nord ».

    Si l’électricité est à 100% verte, l’Albanie produit aussi chaque année environ 650.000 tonnes de pétrole brut exportées en grande partie vers l’Union européenne, dans des conditions dénoncées par beaucoup d’organisations environnementales.

    Grenouilles et pélicans

    La centrale de Karavsta est installée sur des terres salées et incultivables – une rareté en Europe, explique Luca Anthouard, ingénieur sur le projet, ce qui a permis cette centrale « de grande envergure par rapport aux standards européens ».

    Et ce sol convient bien aux panneaux installés ici, « qu’on appelle bi-faciaux parce qu’ils captent l’énergie des rayonnements directs du soleil mais aussi le diffus dû à la réverbération du sol », ajoute-t-il.

    La terre craquelée hébergeait, avant le chantier, de petites grenouilles vertes – les Pelophylax shqipericus, ou Grenouilles d’Albanie. « Une espèce protégée », explique Vilma Terpollari, conseillère en environnement auprès de Voltalia.

    Elle sera chargée de vérifier que le batraciens reviennent en nombre sur le site. Pour cela, explique-t-elle, « nous avons rédigé des projets spécifiques pour protéger cette espèce et créé de nouveaux habitats pour qu’elle puisse revenir et se reproduire ici ».

    Sur les préfabriqués qui parsèment la centrale, des photos de cette petite grenouille au dos barré d’une ligne vert fluo incitent les ouvriers à faire attention.

    Plus haut, c’est la ligne qui transporte l’électricité de la centrale vers la station de redistribution qui pourrait perturber les oiseaux.

    Non loin, la réserve naturelle héberge pélicans frisés et flamands roses, et la région est sur la carte des migrations de nombreuses espèces.

    « Voltalia a installé des détourneurs d’oiseaux », souligne Mme Terpollari, « une première en Albanie ». Ces tours permettent de signaler aux oiseaux qu’ils doivent faire un détour.

    Quant aux habitants des villages alentours, 53 familles ont dû quitter leur logement pour permettre la construction de la centrale et de la ligne. « Elles seront remboursées par l’Etat, en accord avec la loi », explique Ramatlen Bollobani, conseiller social de Voltalia.

    L’entreprise s’est engagée à ajouter de l’argent « pour atteindre la valeur du marché de leur bien, y compris la production agricole ». Seule une famille contesterait son éviction.

    Article publié avec l’aimable autorisation du GoodPlanet Mag’. Article source ici. ©Vue aérienne des panneaux solaires de la centrale photovoltaïque de Karavasta, le 4 octobre 2023 en Albanie © AFP Adnan Beci