Catégorie : Zéro déchet

  • Plastique biodégradable: ne pas s’emballer trop vite

    Plastique biodégradable: ne pas s’emballer trop vite

    Bouteilles de rhum Bacardi, emballages de bonbons Skittles, bouteilles d’eau de designer : des entreprises mettent au point des emballages en plastique biodégradable, présentés comme plus respectueux de l’environnement mais qui pourraient s’avérer une fausse bonne idée.

    En l’absence de définition universelle du « plastique biodégradable » et faute de centres de traitement adaptés, des observateurs craignent que l’arrivée sur le marché de ces nouveaux matériaux ne contribue à l’inverse à augmenter cette pollution.

    « Les gens ont tendance à croire qu’ils contribuent à la protection de la planète en achetant des produits en plastique biodégradable, mais ce n’est pas du tout le cas », alerte Gaëlle Haut, coordinatrice européenne de la Fondation Surfrider, une association environnementale.

    D’un côté, les plastiques classiques, produits par l’industrie pétrochimique à base de sources fossiles, peuvent persister dans la nature pendant des centaines d’années.

    A l’inverse, les plastiques biodégradables, conçus à partir de polymères spécifiques issus de sources végétales, animales ou de pétrole, peuvent se décomposer rapidement sous l’action de micro-organismes. Mais à condition de les éliminer via un compostage industriel ou domestique adapté, explique Mme Haut.

    Certains experts redoutent que ces conditions échappent aux consommateurs et que ces derniers soient conduits à se débarrasser de ces plastiques directement dans la nature.

    « Les gens pourraient se dire : +j’ai oublié mon sac en plastique biodégradable dans la forêt après un pique-nique, mais ce n’est pas grave car il sera biodégradé dans la nature+ », s’inquiète Moira Tourneur, responsable du plaidoyer à Zero Waste France.

    Or les plastiques biodégradables qui finissent leur course dans les milieux naturels se décomposent en microparticules, à des horizons temporels différents selon les écosystèmes.

    Ces « microplastiques » infiltrent les sols, les rivières et les océans, posant un risque sanitaire pour les animaux qui les ingèrent. Ils peuvent même se frayer un passage jusqu’à l’intérieur du corps humain via notre alimentation.

    Pour éviter la décomposition néfaste du plastique biodégradable dans la nature ou dans des décharges non-adaptées, des observateurs préconisent le développement de nouveaux centres de compostage et de collecte.

    Bon nombre d’experts sont également favorables aux propositions visant à réglementer l’utilisation des termes « biosourcé », « biodégradable », « compostable » ou « durable », employés sur les emballages en plastique.

    « Beaucoup de confusion »

    Les consommateurs ont en effet parfois du mal à se repérer dans la terminologie.

    « Il y a beaucoup de confusion sur le marché », confirme Philippe Dewolfs, directeur commercial de TUEV Autriche, l’une des principales entreprises proposant aux marques une certification « biodégradabilité » en échange d’une rémunération.

    Ajoutant à la confusion, les plastiques biosourcés ne sont pas nécessairement compostables ou biodégradables, avertit M. Dewolfs.

    Pour être qualifié de « biosourcé », le plastique doit contenir une matière organique: maïs, fécule de pomme de terre, pulpe de bois ou canne à sucre. Mais on peut parfois y trouver des matériaux dérivés de combustibles fossiles qui ne sont pas nécessairement biodégradables.

    À l’inverse, les plastiques dit « biodégradables » peuvent ne pas contenir de matière organique du tout, mais uniquement des polymères issus du pétrole répondant à certains critères de biodégradation.

    Ces plastiques sont conçus pour se décomposer en dioxyde de carbone (CO2), en eau et en biomasse, au cours d’un processus de compostage. Ou, plus rarement, dans des décharges, mais à condition que des paramètres spécifiques d’humidité et de micro-organismes y soient réunis.

    Pour l’instant, la marque de spiritueux Bacardi affirme que sa bouteille biodégradable arrivera dans les rayons en 2023. Le géant de la confiserie Mars-Wrigley a de son côté annoncé le lancement imminent d’emballages de bonbons Skittles biodégradables aux États-Unis.

    Une start-up californienne, Cove, a même commercialisé ce qu’elle présente comme la première bouteille d’eau en plastique biodégradable au monde.

    Aucune de ces entreprises n’a répondu aux sollicitations d’interview de l’AFP.

    En attendant, les gouvernements doivent éduquer le public sur les plastiques biodégradables et sanctionner les entreprises qui font des déclarations trompeuses, recommande Gaëlle Haut de Surfrider Europe: « si on laisse aux entreprises le soin de décider de ce qu’elles font, c’est la jungle ».

    Article publié avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur, Le GoodPlanet Mag’. Article source ici.
    ©Une plage polluée par le plastique © AFP LAKRUWAN WANNIARACHCHI
  • Plastique: une technologie française en « une » de Nature

    Plastique: une technologie française en « une » de Nature

    La technologie mise au point par la société française Carbios pour recycler le PET, l’un des plastiques les plus communs, par voie biologique, fait jeudi la « une » de Nature, l’une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde.

     

    L’article, co-signé par le Toulouse Biotechnology Institute (Insa Toulouse/Inrae/CNRS) et par le groupe de chimie verte basé à Clermont-Ferrand, explique comment leur technologie permet de décomposer le PET en ses composants de base en utilisant « des enzymes gloutons ».

    En avril 2018, des chercheurs américains et britanniques avaient déjà eu les honneurs de la presse scientifique avec une publication sur l’utilisation d’enzymes pour dégrader les plastiques.

    Carbios avait alors indiqué que ses recherches étaient bien plus avancées, mais avait précisé que sa priorité était alors de protéger sa technologie avec des brevets, avant d’envisager une publication dans une revue scientifique de référence.

    La technologie de Carbios et de l’institut scientifique toulousain permet de décomposer 90% du PET en dix heures. Les matières premières ainsi récupérées peuvent servir à fabriquer du PET neuf.

    C’est une avancée majeure en matière d’économie circulaire, dans la mesure où le PET (polytéréphtalate d’éthylène) est l’un des plastiques les plus utilisés dans le monde, notamment pour la fabrication de bouteilles et de fibres polyester.

    La méthode de Carbios et de l’institut de Toulouse est 100 fois plus efficace que les méthodes concurrents annoncées jusqu’ici, ce qui « illustre la force de la collaboration publique/privée française pour porter la recherche fondamentale et appliquée au meilleur niveau international », se félicitent les deux entités dans un communiqué.

    Photos©CreativeCommon
    Article publié avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur, GoodPlanet Mag’
    Pour en savoir plus: www.goodplanetinfo

     

  • Le retour de la consigne en France?

    Le retour de la consigne en France?

    Les représentants des fabricants et distributeurs de boissons se déclarent favorables à la mise en place de la consigne des bouteilles plastique et canettes aux fins de recyclage, dans une tribune parue il y a quelques jours sur le jdd.fr.

     

    Le projet de loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire a été présenté mercredi dernier au conseil des ministres par la secrétaire d’Etat à la Transition écologique Brune Poirson, qui soutient un système de consigne.

    La consigne pour le recyclage des emballages de boissons est nécessaire à une économie vraiment circulaire, estiment les signataires de la tribune.

    Le dispositif actuel ne permet pas de faire progresser assez vite le tri et le recyclage de nos déchets ménagers. Il ne permet pas d’atteindre les objectifs nationaux et européens de 90% de collecte pour recyclage des bouteilles en plastique et de 30% d’intégration de matière recyclée, écrivent-ils.

    Les signataires représentent Boissons énergisantes France (BEF), Boissons rafraîchissantes de France (BRF), la Maison des eaux minérales naturelles (MEMN), la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), la Fédération nationale des boissons (FNB), la Confédération nationale du commerce de gros et international (CGI), le Syndicat des eaux de sources (SES), le Syndicat national du lait de consommation, l’Union nationale interprofessionnelle des jus de fruit et enfin Citeo.

    Seuls les pays ayant adopté un système de consigne pour recyclage atteignent, voire dépassent, l’objectif de 90% de collecte. En Finlande, 91% des bouteilles en plastique PET consignées sont retournées ; 90% au Danemark et 97% en Allemagne. Cette réalité oblige à étudier sérieusement cette solution pour la France, expliquent-ils.

    La mise en place de la consigne pour recyclage s’inscrirait dans un contexte plus large d’évolutions du modèle de collecte sélective et de tri, disent-ils, évoquant la généralisation de la collecte des biodéchets d’ici à 2025, l’harmonisation nationale des couleurs des bacs ou la généralisation d’un tri séparé du papier-carton.

    Ce « saut de performance » cependant « ne sera possible que si tous les acteurs engagent des discussions ».

    Des fédérations professionnelles du recyclage ont de fait exprimé des réserves sur la consigne. La Fnade, la fédération des entreprises du recyclage et du traitement des déchets, se préoccupe du « coût associé » à sa mise en place. La fédération Federec préconise plutôt un nouveau mode de tri « clarifié et simplifié ».

    A propos de la consigne, « je ne crois pas à une solution à la va-vite », a déclaré Mme Poirson au JDD. « Le principe est arrêté car c’est le seul qui garantit des niveaux de collecte très élevés, mais il reste à déterminer le comment. Est-ce qu’il faut une consigne pour le recyclage, pour le réemploi, uniquement pour les emballages plastiques ou aussi pour le verre  ? ».

    Pour elle, « cette loi marquera un vrai tournant écologique » et constituera « une réponse au débat stérile entre croissance et décroissance ».

    Le projet de loi veut notamment renforcer le principe du pollueur-payeur .

    Des pans entiers de notre économie ne prennent pas en charge le traitement de leurs déchets, supporté par les collectivités, donc par les impôts locaux : les articles de bricolage, de jardinage, de sport, les jouets, les mégots… Ça va changer, dit-elle.

    On produit l’équivalent de 5  tonnes de déchets par an et par personne (…) Un des secteurs qui doivent réagir, c’est la construction, ajoute-t-elle, relevant que 600  kilos sont des déchets ménagers, 700  kilos des déchets d’entreprise. Tout le reste vient du BTP .

    Article publié avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur, le Magazine GoodPlanet
    Photo@Déchets à recycler (emballages) by cap21photo is licensed under CC BY-NC-SA 2.0
    Pour en savoir plus: www.goodplanet.org
  • Cultures comestibles et solidarité dans le 19ème arrondissement de Paris

    Cultures comestibles et solidarité dans le 19ème arrondissement de Paris

    Depuis 2018, l’association ESPACES et la Fondation GoodPlanet mettent en place le projet «Cultures comestibles et solidarité dans le 19ème arrondissement de Paris». Ce projet, financé par l’entreprise KONE, investit 3 jardins du 19ème arrondissement de Paris –jardins Hérold, Riquet et Villette– afin qu’ils deviennent des lieux incontournables de lien social et de sensibilisation à l’écologie dans leur quartier respectif.

     

    Sensibiliser au jardinage écologique et au compostage

    Une fois par semaine, l’association Espaces anime un atelier dans le jardin Hérold afin de sensibiliser le public au lien entre jardinage écologique et compost.

    L’association a distribué 32 «bio-seaux» aux habitants des trois quartiers, dans lesquels chaque foyer peut jeter ses déchets organiques. Trois nouveaux points de collecte ont été installés afin de récolter le contenant des bio-seaux pour en faire du compost. Depuis octobre 2018, ce sont 322 kg de biodéchets qui ont été collectés!

    Le compost est fabriqué dans le jardin partagé. Les ateliers hebdomadaires sont l’occasion d’expliquer à tous ses bienfaits et son entretien.

    Lutter contre le gaspillage alimentaire

    Chaque semaine, un salarié d’Espaces collecte les fruits et légumes invendus des commerçants du quartier. Ces produits ne peuvent plus être vendus car sont abimés ou ne respectent pas les canons de beauté de la distribution mais sont toujours bons à consommer! L’association organise un atelier «Cuisinez les restes du frigo» deux fois par mois, afin d’apprendre aux petits et grands à cuisiner ces fruits et légumes laissés pour compte. Depuis octobre, ce sont ainsi 255 kg d’invendus qui ont été sauvés de la poubelle pour passer à la poêle.

    Lien social et insertion

    L’équipe d’Espaces œuvre au quotidien pour favoriser les rencontres dans le quartier en proposant 4 demi-journées de permanences au jardin solidaire Hérold :

    • Le mercredi de 14h à 17h
    • Le vendredi de 9h à 12h et de 14h à 17h
    • Le samedi de 14h à 17h

    Ces temps de permanences permettent de sensibiliser le public au jardinage écologique. Les habitants sont invités à semer leurs graines et à entretenir le jardin, accompagnés par les éco-animateurs. L’objectif du jardin partagé est de recréer du lien entre les habitants du quartier. Les bénévoles et habitants se réunissent régulièrement lors de repas partagés !

    Afin d’entretenir le jardin et faire vivre les activités de collecte, deux éco-animateurs en insertion ont été recrutés. L’un est chargé des activités de jardinage et compostage. La seconde éco-animatrice effectue les tournées de collecte des bio-déchets et invendus des marchés.

     

    Pour plus d’infos sur le programme Action Carbone Solidaire ici
    Article publié avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur, le Magazine GoodPlanet
    Photo@CC0Domaine public
    Pour en savoir plus : www.goodplanet.org
  • Liban: le défi de la gestion des déchets

    Liban: le défi de la gestion des déchets

    Au Liban, la gestion des déchets solides représente un enjeu écologique de taille, menaçant l’environnement et la santé des libanais. L’équipe de l’association Follow’Her a pu constater l’ampleur du problème et aller à la rencontre des solutions sur le terrain.

     

    Des déchets rarement recyclés

    Il suffit d’un chiffre pour comprendre l’urgence de la situation au Liban: 77% des déchets solides des ménages sont jetés dans des décharges à ciel ouvert ou dans les rues. Un non-sens quand on sait que 89% de ces déchets pourraient être facilement compostés ou recyclés(1).

    À cela s’ajoute un contexte géographique particulier : dans ce pays côtier très urbanisé, les décharges sont souvent situées en pleine ville ou en bord de mer. Une partie des déchets finissent donc dans les rues ou dans la mer, ce qui va même jusqu’à augmenter la superficie des côtes. De nouvelles parcelles de terrain ont été ainsi générées sur 200 000 m². Cela engendre de nombreux problèmes sanitaires et environnementaux, notamment la détérioration de la qualité de l’air et de l’eau. Cette situation menace également le cadre de vie des habitants, gênés par les décharges et les nombreux déchets jonchant les rues des villes libanaises.

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    Le gouvernement peine à répondre aux contestations

    En 2015, des manifestations éclatent dans tout le pays à la suite d’une première vague de revendications à Naamé, où la plus grande décharge du Liban est complètement saturée. Certains habitants de Naamé décident de bloquer l’entrée de la décharge, empêchant tout le système de collecte de tri de Beyrouth et de ses environs de fonctionner. Les rues de la capitale se remplissent de déchets et la crise éclate : plusieurs milliers d’activistes, en soutien aux habitants de Naamé, se réunissent au sein du collectif « Vous puez » et organisent des manifestations de grande ampleur.

    Le mouvement est fortement réprimé par les forces de l’ordre, mais le gouvernement annonce qu’il envisage plusieurs solutions, dont l’ouverture d’autres décharges et l’exportation des déchets en Russie. La plupart de ces projets n’ont pas encore été mis en place et les décharges existantes continuent de s’étendre. À titre d’exemple, la décharge côtière de Tripoli, qui ne devait pas excéder 12m de hauteur, mesure actuellement 35m.

    Aujourd’hui, l’État libanais souhaite construire des incinérateurs pour stopper l’expansion des décharges. Les activistes écologiques dénoncent ce projet, qu’ils considèrent comme polluant et peu adapté au type de déchets générés par les libanais, et prônent un recours au tri et au recyclage pour résoudre la crise. Selon Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais, la majorité des régions libanaises sont pourvues d’usines de tri secondaire pour les déchets ménagers, mais la plupart sont fermées ou sous-utilisées, faute de sensibilisation des populations au tri à la source. Des campagnes de sensibilisation assorties de la réouverture de ces sites permettraient de recycler la majeure partie des déchets et de réduire le problème des décharges.

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    De belles initiatives se développent au sein de la société civile

    Au-delà de ces contestations, plusieurs initiatives privées ont également développé des solutions à leur échelle pour réduire le problème des déchets. C’est par exemple le cas de Recycle Beirut(2), une entreprise sociale collectant et triant des déchets recyclables dans la capitale, en employant principalement des femmes réfugiées syriennes. Indépendante de la municipalité, cette entreprise fait payer un forfait mensuel aux habitants qui souhaitent que leurs déchets soient collectés chez eux. Bien qu’impressionnante, cette initiative n’est malheureusement accessible qu’aux foyers aisés.

    D’autres projets, comme arcenciel(3), tentent de collaborer avec les municipalités pour rendre leur solution accessible à tous. Cette grande association, qui agit sur de nombreuses problématiques sociales et environnementales, a pu mettre en place trois sites de tri des déchets en partenariat avec des municipalités, mais déplore le manque de sensibilisation des habitants.

    C’est justement sur cet aspect que travaille l’association Green Track(4), avec laquelle l’équipe Follow’Her a travaillé pendant un mois. L’association est née dans le quartier de Jabal Mohsen à Tripoli, une zone très touchée par les récents conflits, et où certaines femmes inactives désiraient s’engager dans leur communauté pour résoudre le problème des déchets. Grâce à cette équipe de “green women”, l’association a sensibilisé tout le quartier au tri à la source et y a déjà mis en place un véritable système de collecte et de tri des déchets recyclables. Pour financer ce système, Green Track a développé une deuxième activité : l’association aide municipalités et entreprises à sensibiliser au tri à la source pour mettre en place des projets de recyclage.

    Enfin, sur le plan technique, citons Cedar Environnemental(5) qui a également développé une solution destinée aux municipalités. Cette entreprise construit des centres de tri et de compostage et les vend aux municipalités comme une alternative écologique aux décharges.

    Le défi de ces initiatives : la collaboration avec les pouvoirs publics

    Malheureusement ces projets peinent à s’étendre, bloqués par le manque de volonté politique. Les intérêts des pouvoirs publics locaux sont en effet souvent liés à ceux des organismes de collecte existant, ainsi qu’à ceux de l’Etat, qui souhaite encourager la mise en place d’incinérateurs. A Tripoli, de forts soupçons de corruption planent sur la mairie : celle-ci aurait récolté d’importants fonds pour mettre en place un projet de collecte et de tri similaire à celui de Green Track, toutefois le projet n’a jamais vu le jour.

    Ces initiatives émanant de la société civile restent donc de faible ampleur, faute de soutien politique. Pour elles, le défi est de collaborer avec les pouvoirs publics, malgré la corruption, afin d’étendre leur action et leur impact.

    (1). Source : Rapport sur la gestion des déchets solides au Liban réalisé par Sweep Net et publié par la GIZ en 2014.
    (2). http://www.recyclebeirut.com/
    (3). https://www.arcenciel.org/activities/centres-de-tri-pour-les-dechets-recyclables/
    (4). https://www.facebook.com/greentrack.lb/
    (5). http://cedarenv.com/
    Photos@AssociationFollow’Her
    Pour en savoir plus: Follow’Her
  • Guatemala: des vélos recyclés en machines multi-usages

    Guatemala: des vélos recyclés en machines multi-usages

    Danha Alvarado, 18 ans, pédale pour moudre du maïs, juchée sur l’une des créations d’une communauté maya du Guatemala, qui recycle des vélos usagés pour en faire des machines fonctionnant à la seule force du mollet.

     

    La petite entreprise « Maya Pedal » –fondée il y a une vingtaine d’années à San Andres Itzapa (à 30 km à l’ouest de la capitale Guatemala)– propose 21 machines différentes à son catalogue. Celles-ci peuvent moudre, faire des jus de fruit, pomper de l’eau d’un puits, égrener le maïs, et toutes sortes d’autres tâches sans que les familles d’agriculteurs modestes qui les utilisent ne dépensent carburant ou électricité.

    L’atelier est rempli de pièces détachées de bicyclettes usagées, importées majoritairement des Etats-Unis.

    Chaque machine a été inventée au fur et à mesure des besoins exprimés par les gens,

    explique Mario Juarez, l’un des fondateurs de « Maya Pedal ». C’est un bénévole canadien venu aider la communauté autochtone qui a permis l’essor de la production en obtenant un financement de l’association Pedal Power de Vancouver, rappelle-t-il.

    Les « bicimaquinas » (bici-machines) de « Maya Pedal » sont maintenant copiées à l’étranger pour d’autres communautés soutenues par des ONG, expose fièrement Mario Juarez.

    Ces « bicimaquinas » sont soit données à des familles dans le besoin grâce à des parrainages, soit vendues pour des prix allant de 75 à 725 dollars.

    Une famille de la communauté de San Andrés Itzapa utilise jusqu’à trois de ces engins pour égrener le maïs, le concasser et pour pomper l’eau d’un puits profond de 33 mètres.

    Marta Gurrion, 30 ans, explique qu’avant d’avoir une machine il leur fallait un jour entier pour égrener à la main 100 kilos de maïs, contre 700 kilos quotidiens à présent.

     

    Article publié avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur, le Magazine GoodPlanet
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  • En Saône-et-Loire, une usine change les déchets en biogaz

    En Saône-et-Loire, une usine change les déchets en biogaz

    Dans une usine de la périphérie de Chagny, en Saône-et-Loire, 300 tonnes d’ordures ménagères sont déchargées chaque jour pour être transformées en biogaz: la « méthanisation » est l’une des filières d’énergie verte soutenues par le gouvernement.

     

    À partir des déchets de 360.000 habitants, l’usine fabrique « un gaz de ville à 99% » qui sera injecté dans le réseau de transport, résume Philippe Testevuide, directeur de cette usine gérée par une filiale d’EDF, Dalkia Wastenergy, qui emploie une vingtaine de personnes.

    « La production de l’année dernière aurait pu alimenter une ville de 6.000 habitants, toutes énergies confondues » soit « 22,6 GWh », fait valoir le responsable. L’usine de tuiles voisine est la principale consommatrice du gaz, qui se retrouve chez les particuliers lorsque celle-ci est à l’arrêt.

    Dans un hangar, un immense tas de sacs poubelles éventrés déborde de déchets du quotidien. A l’aide d’une pelle mécanique, un employé met de côté les objets qui ne devraient pas s’y trouver: ici une roue de voiture, là un aspirateur.

    Un peu plus loin, deux immenses tubes horizontaux, les malaxeurs, tournent sur eux-mêmes pour ouvrir les sacs et dégrader la matière organique. Puis un tri mécanique enlèvera les « déchets incompatibles ». Le verre ou la ferraille seront renvoyés dans des filières de recyclages.

    Au moins 40% (des poubelles) sont récupérables et méthanisables, explique M. Testevuide: la matière organique, comme par exemple les épluchures ou les aliments périmés, produiront naturellement du biogaz en fermentant pendant 21 jours dans deux silos appelés « digesteurs ».

    C’est comme un estomac de vache!, lance le directeur du site, avant d’ajouter que les résidus de matière organique, mélangés à des déchets verts broyés, deviendront du compost qui servira aux agriculteurs de la région.

    Mais plus de la moitié du contenu des poubelles ne peut être transformé en gaz, notamment le plastique, et termine enfoui sur un site de 32 hectares qui jouxte l’usine. En 2017, près de 37.000 tonnes ont fini sous les collines recouvertes de gazon de cet endroit qui stocke des déchets depuis 1995.

    Un nouveau « casier » se remplit d’ailleurs depuis le mois de juin. Au fond de cette gigantesque fosse à ciel ouvert, un véhicule de chantier est nécessaire pour compacter l’amoncèlement de déchets produits en six mois.

    L’usine, baptisée Ecocea, appartient au SMET 71, l’entreprise publique qui traite les ordures ménagères produites par 344 communes de l’est du département de Saône-et-Loire et du sud de la Côte-d’Or.

    Lors de sa mise en service fin 2015, il s’agissait de la première injection de biométhane dans le réseau de transport de gaz en France, selon le gestionnaire du réseau GRTgaz.

    Il y a quelques années, l’Etat ne favorisait pas trop le biogaz. Il semblerait aujourd’hui que la tendance s’inverse, se félicite le président du SMET 71 Dominique Juillot, précisant que l’organisme public a investi « 44 millions d’euros » dans ce projet, grâce notamment à l’emprunt.

    La France s’est fixé comme objectif d’avoir 10% de sa consommation totale de gaz fournie par du gaz vert à l’horizon 2030, contre moins de 0,1% aujourd’hui, une filière dans laquelle elle est très en retard par rapport à d’autres pays comme l’Allemagne.

    La méthanisation permet de produire du gaz à partir de la fermentation de résidus de déchets ménagers mais aussi de l’agriculture, notamment. Fin septembre, 67 sites injectaient du biométhane dans le réseau de gaz avec une capacité de production équivalente à la consommation de plus de 80.000 foyers.

    A Chagny, le président du SMET 71 Dominique Juillot voudrait aller plus loin en utilisant, suggère-t-il, une partie des déchets qui partent encore à l’enfouissement pour alimenter un réseau de chaleur. « En espérant qu’un jour on enfouisse plus rien. Mais ça nécessitera un tri beaucoup plus sérieux. »

     

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  • Un week-end zéro déchet à la Fondation GoodPlanet!

    Un week-end zéro déchet à la Fondation GoodPlanet!

    Le week-end des 10 et 11 novembre prochains, venez profiter d’un week-end sur le thème zéro déchet à la Fondation GoodPlanet.

     

    En France, un foyer produit environ 1,5 tonnes de déchets par an. Environ 2/3 de ces déchets sont incinérés ou déversés dans des décharges.

    Pour réagir à cette surconsommation et à la pollution environnementale, un nouveau mode de vie éco-responsable a vu le jour: le Zéro Déchet !

    Durant deux jours, découvrez la démarche et les astuces pour consommer moins mais mieux et de façon plus responsable. Ré-apprenez à consommer pour réduire au maximum votre production de déchets et découvrez celles et ceux qui revalorisent les produits et matières premières d’abord destiné(e)s à la poubelle.

    « Nous pensons qu’il est primordial pour répondre aux défis écologiques actuels, que chacun s’impose une manière de vie responsable et respectueuse de l’environnement. Et cela passe également par le zéro déchet. », explique la Fondation.

    C’est en menant un combat collectif que nous pourrons obtenir un résultat significatif pour notre planète. Il est temps d’agir!

    Pour plus d’informations sur la programmation du week-end, cliquez ici

     

    Article publié avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur, le Magazine GoodPlanet
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  • Réflexions sur l’avenir des déchets urbains et les nouvelles urbanités

    Réflexions sur l’avenir des déchets urbains et les nouvelles urbanités

    Dans le monde urbain d’aujourd’hui, et les grandes villes en particulier, les déchets et avec eux la problématique de l’hygiène de la ville, sont l’une des préoccupations majeures, avec la lutte pour le climat, la mobilité et la sécurité.

     

    Réduire – Recycler – Réutiliser, les 3R, ont été depuis la naissance de la journée de la terre en 1970 au cœur de la démarche guidant la gestion des déchets dans la vie urbaine. En 2010, l’équipe de recherche de la Darden School of Business de l’Université de Virginie aux USA, a proposé de rajouter un 4e R, comme «Re Think». Leur proposition était de « re penser » autrement les déchets. Quel bilan pouvons-nous faire, depuis que la population urbaine dans le monde est passée de 36% à 56% aujourd’hui, soit une augmentation de presque 3 milliards d’urbains ? Aussi, comment se projeter dans la ville de demain sur la question de la gestion des déchets, dans un monde, non seulement massivement urbanisé, mais également hyper-connecté, et ayant totalement changé ses modes de vie et habitudes de consommation ? Où en sommes-nous du «zéro déchet», à l’heure du défi planétaire majeur, de la lutte pour le climat, quand nos villes sont sérieusement menacées par des canicules survenant de plus en plus tôt et plus intensément ? Il est de notre devoir de scientifiques d’aborder ce sujet, sereinement, loin des imprécations, des phrases stigmatisantes, des attaques personnelles ou des formules biaisées, guidées davantage par la démagogie ou le «bashing» plutôt que par l’étude des réalités d’aujourd’hui et l’anticipation des mutations à venir.

    La Directive Cadre Européenne de 2008 impose l’élaboration d’un plan national de prévention des déchets. À l’échelle de la France, celui-ci a vu le jour pour la période 2014 – 2020, et la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV) de 2015 est venue imposer une réduction des déchets ménagers de l’ordre de 10% à l’horizon 2020, et un taux de valorisation matière de 65% en 2015. L’objectif de fond affiché est de passer d’un modèle linéaire «produire, consommer, jeter» à une économie circulaire «consommer moins et concevoir des produits aptes au réemploi et au recyclage».

    Si l’on compare avec la propreté et la politique à ce sujet d’une société telle que la société japonaise, ce que certains, impressionnés par un séjour de quelques jours affectionnent de faire bruyamment, il faut en réalité remonter au premier Basic Act for Etablishing a Sound Material-Cycle Society de 2000. Celui-ci décrit la démarche pour aller vers «une société respectueuse du cycle des matériaux, caractérisée par une consommation de ressources naturelles et un impact sur l’environnement réduits».  Mais cette loi, est elle-même issue directement d’un processus enclenché en 1970 avec le Waste Management Act and Public Cleansing Law et son évolution majeure de 1994, avec le Basic Environment Plan and Basic Environment Law qui précise que «le gouvernent vise l’atteinte d’une société zéro-déchets à terme et qu’il se doit d’adopter les mesures appropriées à cette fin». L’appropriation d’une autre logique de vie avec les déchets au Japon, – et c’est le cas d’une ville-monde telle Tokyo, dont la propreté est légendaire -, est impossible à comprendre, si l’on ne s’intéresse pas également à ce que signifie l’enracinement d’une pratique spirituelle, qui est à la convergence du Shintoïsme (animiste) et du Bouddhisme (Zen), rendant actif et engagé l’urbain par un besoin vital de sa propreté et de celle des objets et des lieux qui lui sont familiers, voire de culte. Une transmission trans-générationnelle est aussi cultivée dans la prolongation de ces pratiques, lors des fêtes telle le Matsuri, qui, urbaine et massivement suivie à Tokyo, témoigne de sa puissance. C’est pour la même raison que les images des supporters de l’équipe de football japonaise ont fait le tour de monde lors de la récente coupe du monde en Russie : ils nettoyaient systématiquement après chaque match les vestiaires et les tribunes.

    Concernant cet aspect essentiel d’une urbanité puisant dans le bien commun, c’est le cas aussi des villes du nord de l’Europe, porteuses d’une approche avec l’environnement issue de ses racines protestantes, luthériennes, allant de pair avec une certaine rigueur dans la pratique de son «hygiène de vie» en incluant l’hygiène urbaine. En effet, l’adhésion de la population aux politiques mises en place, pour certains depuis des décennies, dans des pays comme le Danemark, l’Islande, la Finlande, la Norvège, la Suède, l’Autriche, l’Allemagne, les Pays-Bas ont donné des résultats efficaces. La Suède, par exemple est proche du zéro enfouissement, avec pour l’essentiel du recyclage, de l’organique composté et un faible pourcentage en incinération, qui l’amène même à devoir importer du déchet afin de faire tourner ses incinérateurs qui alimentent pratiquement 20% des foyers urbains suédois en chauffage et produisent une part non négligeable des besoins du pays en électricité. En Allemagne, depuis 15 ans maintenant, la ré-introduction du Pfand, la consigne, et la généralisation des Pfandautomat, a développé massivement, après des premières réticences, un geste devenu banal : ramener les bouteilles réutilisables, en verre ou plastique spécial, et les bouteilles et canettes à usage unique, en aluminium ou en plastique, contre la restitution de la caution prise lors de l’achat. Le taux de collecte et de performance du recyclage approche le 99%. Par ailleurs, de nombreuses villes du Nord, engagées dans la lutte pour le climat, produisent une eau du robinet de qualité, luttant ainsi contre les bouteilles à usage unique. Des produits comme le SodaStream permettent aussi de fabriquer sa propre eau gazeuse, en se passant des bouteilles.

    Si nous prenons sur la même durée de 50 ans, une autre ville-monde telle Paris, la poubelle des ménages a plus que doublé de volume, passant de 239 kilos par habitant en 1940 à presque 500 kilos. À ce jour en 2018, il s’agit de 3.000 tonnes de déchets ménagers par jour, soit plus d’un million de tonnes urbaines générées par an dont 79% sont incinérés, 3 % partent en décharge et 18 % sont en réalité recyclés. Le verre, quant à lui, est à 65 % recyclé, bénéficiant d’un tri spécifique avec des containers urbains ad hoc et d’une filaire très structurée gérant cette source, dont nous avons aussi à apprendre. Depuis 10 ans, nous observons une stabilisation, voire une légère diminution de la production de déchets par habitant, ayant frôlé la barre de 600 kg/habitant en 2000.

    Quels sont les éléments nouveaux au cœur de la génération des déchets ménagers de 2,3 millions d’habitants de Paris intra-muros ? Le doublement du volume par habitant est étroitement lié à trois facteurs majeurs de ce qui est devenue la vie urbaine actuelle; ils reflètent très clairement les transformations de son mode de vie : les produits sur-emballés, et en premier lieu les aliments, les plats préparés et avec eux les portions individuelles de toutes sortes, les biens d’équipement de la vie connectée, avec les téléphones, l’électroménager et tout type de bien de cette nature en sur-offre et en sur-consommation.

    Une analyse objective, nous permet de constater que l’une des difficultés majeures de la gestion des déchets à Paris, en comparaison avec d’autres villes-monde, est en réalité le peu de sensibilité de l’urbain parisien et au travers du temps, à ce qui est le cycle de vie de ses propres déchets. Comprendre les racines de ces comportements est indispensable pour tracer des voies pour le futur. Le sujet est complexe en réalité et il ne suffit pas, loin de là, de lancer des anathèmes en s’horrifiant des déchets pris en photos ici ou là.

    En réalité, si nous faisons l’archéologie du parisien et des liens avec ses déchets, il est victime de ce qui a fait sa force au XIXe siècle, avec la ténacité du Préfet Eugène Poubelle. Son arrêté de 1884, prévoyait trois bacs dans l’immeuble, l’un pour les matières putrescibles ; un deuxième pour le papier et chiffons et un troisième pour le verre, la faïence, et coquillages.

    Après les sursauts liés aux nouveaux modèles économiques, charges et déplacements des métiers tels les chiffonniers et autres, le paysage urbain est resté figé avec cet objet qui a hérité de son nom, la poubelle de l’immeuble avec son ramassage périodique, journalier dans le cas de Paris pour les déchets ménagers et assimilés. C’est un modèle qui s’est imposé et qui perdure jusqu’à nos jours. Le financement aujourd’hui passe, pour l’habitant, par la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) qui comme la taxe foncière, est calculée sur la valeur locative cadastrale des propriétés bâties.

    De vocation ingénieure et inventive, la France, y compris sa vie municipale concernant l’hygiène urbaine, a fait l’objet depuis longtemps d’une approche souvent technique et par la suite technologique dans le traitement des déchets urbains. La «bataille pour l’hygiène» au travers des temps citadins s’est révélée un chemin semé d’embûches, qu’elles soient technologiques, mais aussi financières et avec beaucoup d’arrières pensées politiques, pour citer l’excellent ouvrage du chercheur Stéphane Frioux, secrétaire du Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (RUCHE) «Les batailles de l’hygiène. Villes et environnement de Pasteur aux Trente Glorieuses, Paris, PUF, 2013». À cet égard, j’invite le lecteur souhaitant approfondir le sujet à visionner sa conférence de Janvier 2017, à l’Institut d’Études Avancées de Paris (IEA) : «Paris : capitale de l’hygiène publique ?»

    La réelle difficulté constatée aujourd’hui est l’incapacité pour le citoyen urbain hyper- connecté de basculer sur un autre modèle de collecte et de gestion de ses déchets, quand la vie urbaine, l’ubiquité massive, le développement d’une culture de masse de la consommation, la généralisation du commerce électronique, la métropolisation, la densification, sont allés de pair avec une explosion du déchet, généré dans ses actes les plus banaux de sa vie d’urbain parisien.

    La réalité de la vie citadine quotidienne est étroitement liée à ses déchets, qui sont la source majeure d’interaction entre les activités humaines et son environnement le plus immédiat. Compte-tenu que la gestion des déchets, est porteuse d’enjeux complexes et variés, de nature sociale, économique, culturelle, environnementale, géographique et politique…, l’urgence – de manière paradoxale – est moins dans ses composantes techniques (modes de collecte, d’évacuation et de mise en décharge), qui sont en général assez bien maitrisées et en permanente évolution, que dans sa composante sociale – culturelle urbaine.

    À l’aube d’une nouvelle décennie, pour la ville responsable de leur collecte, il y a un nouvel impératif concernant les déchets, une autre déclinaison du « R » mais de nature radicalement différente : Refuser ! Il ne s’agit plus uniquement de favoriser une éventuelle réduction (dont toutes les statistiques tendent à montrer l’impasse culturelle de sa réalisation) étant donné l’absence d’une vraie prise de conscience par l’urbain de la portée de cette problématique, en raison de son mode de vie et de consommation, avec peu de discernement et de réel engagement. Cet autre « R » se veut être porteur d’une culture de l’urbanité pour faire émerger d’autres changements, un autre mode de fonctionnement équivalent in fine à celui provoqué en son temps par le Préfet Eugène Poubelle.

    Au-delà de réduire les déchets par leur réemploi, leur recyclage et leur traitement, il s’agit de ne plus assister l’urbain chez lui, en bas de son immeuble, mais d’impacter son mode de vie et la politique locale de ramassage. Ainsi, la suppression de la vieille collecte en bas du lieu d’habitation, et avec elle, les tournées des camions immeuble par immeuble, s’imposeront à terme. Ceci, afin que l’urbain devienne un citoyen actif dans le choix de ses déchets, et qu’à la source le citoyen-consommateur, s’implique pour consommer autrement. Ce refus vise à transformer le citoyen qui dépose ses déchets dans le bac de son immeuble, pour l’inciter à aller les déposer dans les lieux de mutualisation, en remettre d’autres dans les consignes, diminuer ses charges, reformuler les process à la source, se rémunérer par ses apports éventuels en cas de réutilisation ou simplement participer à une économie de proximité, à la vie aussi de la ville du ¼ d’heure. C’est porter le «bien commun» de son intérieur, chez lui, -qui passe aussi par ses déchets- jusqu’au lien avec les autres, à l’extérieur de son lieu d’habitation et de manière participative. C’est aussi libérer la voirie et l’espace public des contraintes des tournées porte-à-porte et leurs conséquences au niveau du trafic. C’est repenser les circuits de mutualisation et collecte. Bref, c’est repenser, non pas le cycle de vie du déchet, mais son cycle de naissance pour imaginer d’autres comportements urbains dans l’altérité, pour que dès sa source, il ne soit plus un déchet mais des matières urbaines à ré-acheminer.

    Les Trilib’ se posent comme une voie nouvelle avec l’usage de l’espace public, de voirie, qui en récupérant également la place des stationnements pour les voitures, viendrait inciter l’habitant à amener ses déchets en les triant. C’est une voie prometteuse, pour régénérer une autre conscience urbaine face aux déchets.

    Voilà un enjeu à débattre, avec sérénité, hauteur et qualité, bien loin des photos-spectacles et de phrases comparatives, démagogiques, tapageuses et surtout vides de sens : donner de l’urbanité à la gestion de ses déchets pour contribuer à la qualité de la vie urbaine.

     

    Professeur des Universités, Carlos Moreno est spécialiste du contrôle intelligent des systèmes complexes. Passionné par la science, le progrès et la créativité il œuvre pour la convergence entre les disciplines scientifiques et les acteurs de l’éco système de l’innovation. Des industries aux start-up, il place la transversalité au cœur de sa démarche. Scientifique mais également entrepreneur, c’est l’un des pionniers dans les plateformes numériques orientées par les usages. Ses travaux ont donné lieu à une approche originale de la Smart City, la ville vivante ou Living City qui place l’humain et la vie, via les services et les pratiques, au cœur des enjeux. Une ville centrée sur le citoyen dont il est l’un des animateurs reconnus sur la scène nationale et internationale.
    Article publié avec l’aimable autorisation de La Tribune
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  • De déchets toxiques à mobilier: les mégots désormais recyclés

    De déchets toxiques à mobilier: les mégots désormais recyclés

    Dans le monde, 137.000 mégots sont jetés dans la nature chaque seconde, une pollution qui peut mettre jusqu’à 15 ans à disparaître.

     

    Une entreprise du Finistère s’attaque au problème en recyclant ces déchets bourrés de substances chimiques toxiques.
    Nichée dans une petite zone artisanale d’une commune proche de Brest, l’entreprise MéGo recycle les mégots après les avoir débarrassés de la quasi-totalité (entre 90 et 100 %) des près de 4.000 substances chimiques qu’ils renferment, dont 50 sont réellement toxiques comme la nicotine.

    Nous sommes la seule entreprise en France à recycler des mégots de cigarettes, se félicite Bastien Lucas, qui a créé l’entreprise il y a deux ans.

    Depuis, elle a recyclé quatre tonnes de mégots, soit 9,5 millions de filtres. Dans un premier temps, les mégots sont broyés pour séparer les résidus des cendres, tabac et papier des filtres. Ces derniers sont ensuite lavés dans plusieurs bains d’eau, en circuit fermé, puis séchés et à nouveau broyés avant un thermocompressage. Résultat: des plaques d’acétate de cellulose marron, parsemées de marbrures, avec lesquelles l’entreprise fabrique des bancs à installer dans des zones fumeurs autour de cendriers.

    Si votre matériau est abimé, si quelqu’un a gravé, s’est acharné dessus, on n’a plus qu’à le broyer à nouveau, pour pouvoir à nouveau le thermocompresser et créer une nouvelle plaque, fait valoir Estelle Chabard, étudiante en ingénierie des matériaux et stagiaire chez MéGo.

    Grâce à des partenariats, la société collecte des mégots dans toute la France, mais aussi en Belgique, auprès de quelque 150 clients, essentiellement des entreprises, mais également des villes dont Paris, Castres, Nantes, Grenoble ou encore Plougonvelin, dans le Finistère.

    Ne plus jeter son mégot par terre

    Dans cette petite commune littorale, l’entreprise a fourni six cendriers disposés en bordure de plage, devant l’auto-école ou près du cinéma.

    On avait énormément de mégots par terre et notamment sur la plage, explique Christine Calvez, adjointe au développement durable. Je ne vais pas vous dire que c’est parfait mais c’est nettement mieux et je pense que dans la tête des gens, ça y est, on commence à réfléchir -on ne jette pas le mégot par terre-, ajoute l’élue de la commune qui verse 220 euros par trimestre à MéGo pour la collecte du contenu de ses cendriers.

    À terme, on s’y retrouve car on dépense moins en nettoyage, souligne-t-elle.

    C’est vraiment le sens le plus profond de notre activité, d’amener les fumeurs à ne plus jeter leurs mégots de cigarette par terre et de démontrer que cette matière est recyclable, souligne Bastien Lucas lors d’une visite de l’unité de recyclage de Bourg-Blanc, où l’odeur de tabac froid est particulièrement prenante.

    Plusieurs initiatives similaires commencent à émerger dans le monde et notamment au Canada, en Inde ou en Tunisie.

    En Europe, les mégots sont essentiellement recyclés en acétate de cellulose, tandis qu’en Asie, ils sont transformés en laine de roche ou de verre pour l’isolation des bâtiments, explique Pierre Félix Pieri, fondateur de la société Gumégo, installée à Bastia et partenaire de MéGo pour la collecte.

    Depuis les années 1980, les mégots représentent entre 30 et 40 % de la totalité des déchets ramassés annuellement le long des côtes et dans les zones urbaines, note l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans un rapport de 2017.

    Outre le fait que le tabac tue plus de sept millions de personnes chaque année dans le monde, il est ainsi également à l’origine d’une importante pollution -un seul mégot pollue 500 litres d’eau-, souligne le rapport, qui préconise un retour aux cigarettes sans filtre, pas plus dangereuses pour la santé que celles avec filtre, contrairement à ce qu’à voulu faire croire l’industrie du tabac dans les années 1950 lorsqu’elle a lancé ce nouveau produit.

    De son côté, la Commission européenne a proposé fin mai de nouvelles règles pour réduire la pollution des océans, dont l’obligation pour les fabricants de cigarettes de prendre en charge une partie des frais de collecte et de recyclage des mégots.

    Photo©CreativeCommons