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Bruxelles vise une baisse de 90% d’émissions en 2040
Par GoodPlanet Mag' | 07 février 2024 | Mis à jour à 09:02
Le Monde est vert
| Bruxelles a publié mardi sa feuille de route climatique pour 2040, esquissant une transition « juste » et « garantissant la compétitivité » industrielle, sur fond de résistances croissantes aux normes environnementales à quatre mois des élections européennes.
Les Vingt-Sept se sont déjà fixé comme objectif de réduire de 55% leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 (en 2020, la baisse atteignait 31%), pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Comme cible intermédiaire, la Commission européenne recommande de viser en 2040 une baisse nette de 90%, ce qui reviendrait à poursuivre le même rythme de réduction que sur la période 2020-2030.
« L’action climatique nécessite une planification dès maintenant (..) C’est un marathon, pas un sprint, et nous devons nous assurer que tout le monde franchit la ligne d’arrivée », a déclaré le commissaire au Climat Wopke Hoekstra devant le Parlement européen.
« Leadership dans les industries vertes et transition juste sont les deux face d’une même pièce », a abondé le vice-président de la Commission Maros Sefcovic.
Si « équité, solidarité et politiques sociales doivent permettre aux ménages à faible revenu d’effectuer une transition efficace », d’autres conditions politiques sont nécessaires: « garantir la compétitivité » des industriels, des « conditions de concurrence équitables » à l’international, des « emplois stables et pérennes »…
Des pistes esquissées dans les grandes lignes: l’exécutif européen était tenu d’actualiser ses projections dans les six mois suivant la COP28 de décembre, mais n’a dévoilé mardi qu’une « communication » générale, contexte pré-électoral oblige.
La prochaine Commission issue du scrutin de juin aura la lourde tâche de soumettre aux Etats et au Parlement européen renouvelé une proposition législative formelle.
« Dialogue ouvert »
Prônant « un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes », Bruxelles entend désamorcer les inquiétudes sur l’impact socio-économique d’un verdissement à marche forcée: son « Green Deal » est devenu un épouvantail pour l’opinion.
Après les transports, l’énergie et l’industrie, cet ensemble de législations environnementales s’est fracassé sur les sujets agricoles face à l’âpre opposition d’eurodéputés de droite et des agriculteurs, tandis que des dirigeants réclamaient « une pause réglementaire » pour soulager entreprises et ménages.
A l’approche des élections, où est attendue une montée de l’extrême droite et des nationalistes, le débat sur les normes environnementales – au coeur des récentes manifestations agricoles – s’avère politiquement explosif.
Si le verdissement de l’agriculture (11% des émissions européennes) est mentionné, le texte supprime le potentiel de baisse des émissions agricoles figurant dans un document antérieur, et juge « plus efficace » de cibler l’ensemble de la chaîne agro-alimentaire.
« La politique climatique devient compliquée, émotionnelle, risquée (…) Pour être socialement acceptable et politiquement viable, il faudra des actions fortes dès les prochaines années: nouveau financement vert, gouvernance renforcée sur l’énergie… », estime Simone Tagliapietra, de l’institut Bruegel.
« L’application des mesures déjà approuvées permettent à elles-seules de se rapprocher du -90% en 2040, mais cet objectif reste révolutionnaire, il nécessitera une décarbonation massive de secteurs où c’est difficile », prévient-il.
Bruxelles prévoit un « Pacte vert industriel », avec des réglementations, chaînes d’approvisionnement et financements adéquats, et surtout l’accès à une énergie décarbonée suffisante et abordable avec l’essor continu des renouvelables, de réseaux d’hydrogène, mais aussi de l’atome civil via les futurs petits réacteurs modulaires.
La production d’électricité devrait « être quasi-décarbonée dans la seconde moitié des années 2030 », tandis que la consommation de combustibles fossiles brûlés à fins énergétiques chuterait de 80% d’ici 2040.
« Poursuivre l’effort »
Enfin, les projections 2040 reposent largement sur le captage et le stockage d’importants volumes de carbone – au grand dam d’ONG fustigeant ces technologies « non prouvées » et l’absence de date de sortie des fossiles ou des subventions qui y sont liées.
« C’est aussi significatif qu’un objectif de prévention du cancer du poumon sans plan pour stopper le tabagisme », a déploré Silvia Pastorelli, de Greenpeace.
Marché du carbone, transports, taxe carbone aux frontières… Avec les législations déjà adoptées, « le job a été fait pour la période pré-2030, l’accélération se fait maintenant, ensuite ce sera une prolongation » des efforts, tempère Pascal Canfin, président (Renew, libéraux) de la commission Environnement au Parlement européen.
« Evidemment, il faut continuer. C’est un enjeu de l’élection », avertit-il.
Selon Bruxelles, les investissements requis sur la période 2031-2050 pourraient atteindre, annuellement, 660 milliards d’euros dans l’énergie et 870 milliards dans les transports: un coût colossal, associant investissements publics et fonds privés, mais à comparer au « coût de l’inaction » face aux dommages climatiques.